314.8 – Syntica, à ce moment, s’agenouille aux pieds de Jésus en disant:
“Bénis-moi, consacre-moi pour que je sois fortifiée. Seigneur, Sauveur et Roi, ici, en présence de ta Mère, je jure et je promets de suivre ta doctrine et de te servir jusqu’à mon dernier soupir.
Je jure et je promets de me vouer à ta doctrine et à ceux qui te suivent, par amour pour Toi, Maître et Sauveur. Je jure et je promets que ma vie n’aura pas d’autre but, et que tout ce qu’est le monde et la chair est pour moi définitivement mort, alors qu’avec l’aide de Dieu et des prières de ta Mère, j’espère vaincre le démon pour qu’il ne m’induise pas en erreur et qu’à l’heure de ton Jugement je ne sois pas condamnée. Je jure et je promets que les séductions et les menaces ne me feront pas plier et que je m’en souviendrai, à moins que Dieu n’en dispose autrement. Mais j’espère en Lui et je crois en sa Bonté, ce qui me donne la certitude qu’il ne me laissera pas à la merci de forces obscures plus fortes que les miennes. Consacre ta servante, ô Seigneur, pour qu’elle soit défendue contre les embûches de tout ennemi.”
Jésus lui met les mains sur la tête, les paumes ouvertes comme font aussi les prêtres, et prie sur elle.
Marie conduit Jean auprès de Syntica et le fait agenouiller en disant:
“Lui aussi, mon Fils, pour qu’il te serve dans la sainteté et la paix.”
Et Jésus répète son geste sur la tête inclinée du pauvre Jean. Puis il le relève et fait lever Syntica, en mettant leurs mains dans les mains de Marie et en disant:
“Et que ce soit elle, la dernière qui vous caresse ici”.
Et il sort rapidement pour aller je ne sais où.
“Mère, adieu! Je n’oublierai jamais ces jours” gémit Jean.
“Moi non plus, je ne t’oublierai pas, fils chéri.”
“Moi aussi, Mère… Adieu. Permets-moi de t’embrasser encore. Oh! après tant d’années je m’étais rassasiée de baisers maternels! Maintenant, plus…” Syntica pleure dans les bras de Marie qui l’embrasse.
Jean sanglote sans retenue. Marie l’embrasse lui aussi. Maintenant, elle les a tous les deux dans ses bras, vraie Mère des chrétiens, et elle effleure de ses lèvres très pures la joue rugueuse de Jean, un baiser pudique, mais si affectueux. Et, avec le baiser restent les larmes de la Vierge sur la joue émaciée…
314.9 – Pierre entre:
“C’est prêt. Allons…” et il ne dit rien d’autre cause de l’émotion.
Marziam qui suit son père comme l’ombre suit le corps, s’attache au cou de Syntica et l’embrasse, il embrasse Jean et lui donne des baisers, des baisers… Mais il pleure lui aussi.
Ils sortent, Marie tenant Syntica par la main et Marziam à la main de Jean.
“Nos manteaux…” dit en pleurant Syntica, et elle va rentrer.
“Ils sont ici, ils sont ici. Vite, prenez…” dit Pierre rudement pour ne pas s’émouvoir mais, derrière les deux qui s’enveloppent da leurs manteaux, il essuie ses larmes avec le dos de la main…
Là-bas, au-delà de la haie, la lumière mouvante du char met une tache jaune dans l’air obscur… La pluie bruit dans les feuillages des oliviers, résonne sur le bassin plein d’eau… Un pigeon, éveillé par la lumière des lampes que les apôtres tiennent à l’abri des manteaux, tout bas pour éclairer les sentiers pleins de flaque d’eau, roucoule lamentablement…
Jésus est déjà près du char sur lequel on a tendu une couverture pour servir de capote.
“Allons, allons! Il pleut beaucoup!” dit Pierre pour les faire presser.
Et, pendant que Jacques de Zébédée remplace Porphyrée à la bride, lui, sans façons, soulève de terre Syntica et la pose sur le char et, avec encore plus de promptitude, il saisit Jean d’En-Dor et il le met dessus et il monte lui aussi, en donnant immédiatement au pauvre âne un coup de fouet si énergique que celui-ci se précipite en avant bousculant presque Jacques. Et Pierre insiste jusqu’à ce qu’ils se trouvent sur la vraie route à une bonne distance des maisons… Un dernier cri d’adieu suit ceux qui partent et qui pleurent sans se retenir…
Pierre arrête ensuite la monture hors de Nazareth, en attend Jésus et les autres qui ne tardent pas à les rejoindre en marchant rapidement sous la pluie battante.
Ils prennent une route à travers les jardins pour arriver de nouveau au nord de la ville, sans la traverser, Mais Nazareth est plongée dans la nuit et elle dort sous l’eau glacée de la nuit d’hiver… et je crois que le bruit des sabots de l’âne, peu sensible sur le terrain détrempé, en terre battue, n’est pas même perçu par des veilleurs éventuels…
La troupe avance dans le plus grand silence. Seuls les sanglots des deux disciples se font entendre, mêlés au bruit de la pluie sur le feuillage des oliviers.