“À quoi? Pour initier à la sainteté, il n’est pas besoin de pèlerinages. Une cellule ou une lande déserte, un pic sur la montagne ou une maison solitaire suffit pour cela. Il suffit que chez celui qui enseigne il y ait austérité et sainteté, et en celui qui écoute la volonté de se sanctifier. Voilà ce que j’enseigne, et rien d’autre.”
“Mais les miracles qu’ils font eux, les disciples, que sont-ils, sinon des prodiges et…”
“Et volonté de Dieu. Cela seulement. Et plus ils deviendront saints, et plus ils en feront. Par l’oraison, le sacrifice et l’obéissance à Dieu. Pas autrement.”
“En es-tu sûr?” demande un scribe en tenant son menton dans sa main et en regardant Jésus par-dessous. Et son ton est discrètement ironique et même compatissant.
“Moi, je leur ai donné ces armes et cette doctrine. Si ensuite, parmi eux, et ils sont si nombreux, il se trouve quelqu’un qui s’abaisse à d’indignes pratiques, par orgueil ou autre chose, ce n’est pas de Moi que sera venu le conseil. Je peux prier pour essayer de racheter le coupable. Je peux m’imposer de dures pénitences expiatoires pour obtenir de Dieu qu’Il l’aide particulièrement par les lumières de sa sagesse à voir l’erreur. Je peux me jeter à ses pieds pour le supplier, de tout mon amour de Frère, de Maître, d’Ami, de quitter la faute. Et je ne penserais pas m’avilir en le faisant, car le prix d’une âme est tel qu’il vaut la peine de subir n’importe quelle humiliation pour obtenir cette âme. Mais je ne peux faire plus que cela. Et si malgré cela, la faute continue, mes yeux et mon cœur de trahi et incompris Maître et Ami répandront pleurs et sang.”
Quelle douceur et quelle tristesse dans la voix et dans l’aspect de Jésus!
Scribes et pharisiens se regardent entre eux. Tout un jeu de regards, mais ils ne disent rien d’autre sur ce sujet.
300.4 - Au contraire ils demandent au jeune Daniel s’il se souvient ce que c’est que la mort, ce qu’il a éprouvé en revenant à la vie, et ce qu’il a vu dans l’intervalle entre la vie et la mort.
“Moi, je sais que j’étais mortellement malade et j’ai souffert l’agonie. Oh! quelle chose redoutable! Ne m’y faites pas penser!… Et pourtant un jour viendra où je devrai la souffrir de nouveau! Oh! Maître!…”
Il le regarde terrorisé, pâle à la pensée de devoir mourir de nouveau. Jésus le réconforte doucement en disant:
“La mort en elle-même est expiation. Toi, en mourant deux fois, tu seras complètement purifié des taches et tu jouiras tout de suite du Ciel. Que cette pensée pourtant te fasse vivre en saint, pour qu’il n’y ait en toi que des fautes involontaires et vénielles.”
Mais les pharisiens reviennent à l’attaque:
“Mais qu’as-tu éprouvé en revenant à la vie?”
“Rien. Je me suis trouvé vivant et sain comme si je m’étais éveillé d’un long et lourd sommeil.”
“Mais tu te rappelais que tu étais mort?”
“Je me souvenais que j’avais été très malade, jusqu’à l’agonie. C’est tout.”
“Et qu’est-ce que tu te rappelles de l’autre monde?”
“Rien. Il n’y a rien. Un trou noir, un espace vide dans ma vie… Rien.”
“Alors, pour toi, il n’y a pas de Limbes, pas de Purgatoire, pas d’Enfer?”
“Qui dit qu’il n’y en a pas? Bien sûr qu’il y en a. Mais moi, je ne m’en souviens pas.”
“Mais es-tu sûr d’avoir été mort?”
Tous les gens de Naïm bondissent:
“S’il était mort? Et que voulez-vous de plus? Quand nous l’avons mis sur la civière, il commençait déjà à sentir mauvais. Et puis! Avec tous les baumes et toutes les bandelettes un géant même en serait mort.”
“Mais toi, tu ne te souviens pas d’être mort?”
“Je vous ai dit que non.”