“On dirait qu’on avance sur un char sans roues” dit le petit.
“Non, sur un char au-dessus des nuages. Regarde! On dirait que l’on marche au-dessus du ciel. Voilà, voilà que nous montons sur un nuage!” dit Marie en voyant la barque enfoncer sa pointe dans un endroit qui reflète un nuage cotonneux. Et elle esquisse un sourire.
Mais le soleil dissipe la brume et, bien que ce soit un pâle soleil de novembre, les nuages deviennent dorés et le lac en donne un reflet brillant.
“Oh! c’est beau! Maintenant nous marchons sur le feu. Oh! que c’est beau! que c’est beau!”
Et l’enfant bat des mains. Mais la fillette se tait et puis éclate en sanglots. Tout le monde lui demande pourquoi ces pleurs. Au milieu des sanglots, elle explique:
“Maman disait une poésie, un psaume, je ne sais, pour nous garder bons pour que nous puissions encore prier avec tant de chagrin… et elle disait cette poésie d’un Paradis qui sera comme un lac de lumière, d’un doux feu où il n’y aura que Dieu et la joie et où iront tous ceux qui sont bons Peut-être le psaume 103 (104) : Bénis le Seigneur, ô mon âme ; Seigneur mon Dieu, tu es si grand ! … … après que sera venu le Sauveur… Ce lac d’or m’en a fait souvenir… Maman!”
Matthias pleure aussi et tous compatissent.
299.5 - Mais voilà que s’élève, au-dessus du murmure de voix variées et au-dessus de la lamentation des deux orphelins, la douce voix de Jésus.
“Ne pleurez pas, votre maman vous a conduits vers Moi et elle est ici avec vous, pendant que je vous porte chez une mère qui n’a pas d’enfants. Elle sera si contente d’avoir deux braves enfants à la place du sien qui se trouve là où est votre maman. Car elle aussi a pleuré, vous savez? Son petit est mort comme votre maman est morte…”
“Oh! Alors nous irons chez elle et son petit ira chez notre maman!” dit Marie.
“C’est tout à fait cela et vous serez tous heureux.”
“Comment est-elle cette femme? Que fait-elle? Est-elle paysanne? A-t-elle un bon maître?”
Les petits montrent de l’intérêt.
“Elle n’est pas paysanne, mais elle a un jardin plein de roses et elle est bonne comme un ange. Elle a un bon mari. Lui aussi vous aimera bien.”
“Tu crois, Maître?” demande Matthieu un peu incrédule.
“J’en suis certain, et vous vous en persuaderez. Il y a quelque temps Kouza voulait Marziam pour en faire un chevalier.”
“Ah! pour cela, non!” crie Pierre.
“Marziam sera un chevalier du Christ. Seulement cela, Simon. Sois tranquille.”
Le lac redevient gris. Il s’élève un vent léger qui plisse le lac. La voile se tend, la barque file en vibrant. Mais les enfants ne rêvent qu’à leur nouvelle maman au point qu’ils n’éprouvent plus de peur.
299.6 - On passe Magdala avec ses maisons blanches dans la verdure. On passe la campagne entre Magdala et Tibériade. Voilà les premières maisons de Tibériade.
“Où, Maître?”
“Au petit port de Kouza.”
Pierre vire et donne des ordres au mousse. La voile est descendue pendant que la barque accoste au petit port et puis y entre, en s’arrêtant au petit môle, suivi de l’autre barque. Elles sont à côté l’une de l’autre comme deux canetons fatigués. Tout le monde descend, et Jean court en avant pour avertir les jardiniers.
Les petits se serrent timidement à Jésus, et Marie demande en soupirant et en tirant le vêtement de Jésus:
“Mais sera-t-elle vraiment bonne?”