“À vous qui êtes des maîtres, je dis: commentez entre vous le chapitre suivant, le neuvième du second livre d’Esdras, en vous rappelant combien de fois Dieu a usé jusqu’ici de miséricorde envers vous, et dites en vous frappant la poitrine, comme si c’était une prière, la conclusion du chapitre Néhémie 9,34-38. Nous sommes en grande détresse. À cause de tout cela, nous prenons un ferme engagement, et par écrit. Sur le document scellé figurent nos chefs, nos lévites et nos prêtres. .”

“Bien dit, bien dit, Maître! Et tes disciples, ils le font?”

“Oui. C’est la première chose que j’exige.”

“Tous? Même les homicides qui sont dans tes rangs?” Ils sont sur la piste – sur dénonciation de Judas – de Jean d'En-Dor, un galérien évadé, devenu disciple de Jésus.

“Vous sentez l’odeur du sang?”

“C’est une voix qui crie vers le Ciel.”

“Efforcez-vous alors de ne pas imiter ceux qui le répandent.”

“Nous ne sommes pas des assassins!”

Jésus les fixe en les transperçant de son regard. Ils n’osent pas ajouter un mot pendant quelque temps, mais ils suivent le groupe qui revient à la maison de Philippe qui croit devoir les inviter à entrer en prenant part au banquet.

“Très volontiers! Nous serons plus longtemps avec le Maître” disent-ils avec de grandes révérences.

Mais arrivés dans la maison, ils semblent des limiers… Ils regardent, jettent dans toutes les directions des regards furtifs, posent des questions astucieuses aux serviteurs et jusqu’à la petite vieille qui me semble attirée par Jésus comme le fer par l’aimant. Mais elle répond vivement:

“Moi, hier, je n’ai vu qu’eux. Vous rêvez. Moi, je les ai accompagnés ici, et en fait de Jean, il n’y avait que ce garçon blond et bon comme un ange.”

Ils foudroient la petite vieille en l’insultant et se tournent dans une autre direction.

Mais un serviteur, sans leur répondre directement, se penche sur Jésus qui est assis et parle avec le maître de maison, et il Lui demande: “Où est Jean d’En-Dor? Ce seigneur le cherche.”

Le pharisien foudroie du regard le serviteur et le traite d’imbécile. Mais Jésus est au courant de leurs intentions et il faut y remédier comme on peut. Le pharisien dit donc:

“C’était pour nous féliciter de ce miracle de ton enseignement, Maître, et te faire honneur pour cette conversion.”

“Jean est pour toujours au loin et le sera de plus en plus.”

“Il est retombé dans son péché?”

“Non. Il monte vers le Ciel. Imitez-le, et dans l’autre vie vous le trouverez.”

Les quatre ne savent plus que dire et prudemment parlent d’autre chose. Les serviteurs annoncent que les tables sont prêtes et tout le monde passe dans la salle du festin.

FIN DU TOME 4 DE LA NOUVELLE ÉDITION.

[…] Le texte suivant n'existe que dans l'édition de 1985. Il est maintenant inséré dans Les Cahiers de 1945 à 1950, à la date du jour (4 octobre 1945) dont on a ici des extraits. C’est vrai. L’espoir s’allume plus vivement… Et par qui serai-je recueillie? Moi qui suis si mal et qui suis rongée par la torture de Satan comme par un ver rongeur? Il ne me donne pas de trêve. Ne pouvant me prendre autrement, il me prend ainsi: il insinue que c’est moi qui écris et que ce n’est pas Jésus qui montre et qui dicte. Il sait que s’il pouvait me persuader je me replierais dans la désolation et dans la terreur d’avoir péché et que j’aurais peur de la mort et du Jugement. Oh! s’il me torture! Il m’abasourdit tellement par ses propos ininterrompus que moi, lorsque Jésus met fin à la vision et à ses paroles, je perds toute possibilité de jouir de ce qui est ma vie, c’est-à-dire de ce surnaturel qui m’enveloppe et fait de moi un “porte-parole”.

À vous qui lisez, paraissent-ils si beaux ces épisodes? Autrefois, j’avais aussi ces impressions. Maintenant, à part le côté artistique, je n’éprouve rien d’autre. C’est inutilement que je cherche et cherche encore les phrases qui au moment où elles m’étaient dites m’élevaient vers la béatitude. C’est inutilement que je pense et repense aux attitudes dont la douceur m’avait tant frappée pendant que je les voyais… Tout est éteint, tout est cendre. Le Paradis, car c’est un paradis, a perdu sa splendeur ou plutôt il s’ouvre tant que dure mon service journalier de porte-parole, en m’inondant de toute sa lumière, de son chant, de sa douceur, de sa joie. Et puis, le travail terminé, voilà que tout se ferme hermétiquement et que je suis enveloppée et submergée par la brume et l’obscurité sans autre voix que celle du Doute et de la Négation qui me pique et me raille, N’est-ce pas une grande peine cela?

Et pourtant je ne veux pas désespérer et dire: “Je laisse tomber, car c’est mon œuvre”. Non, ce n’est pas mon œuvre! Surtout maintenant, épuisée et accablée par tant de choses, en ignorant tant d’autres, je ne pourrais faire cela. Moi, dans l’état de faiblesse physique où je me trouve et de tristesse morale, je ne pourrais qu’éprouver de la nausée pour cela et je n’écrirais rien. Matériellement impossibilité de penser, moralement dégoûtée de penser…