“Maudit menteur! Pourquoi nous as-tu dit qu’il n’était pas ici? Tu es son complice? Te moquer ainsi de nous, les saints d’Israël, pour favoriser… Qui? Que sais-tu de Lui? Qu’est-ce qu’il est pour toi?”

“Qu’est-ce qu’il est? Ce que vous n’êtes pas. Mais je n’ai pas menti. Il est venu peu de temps après votre arrivée. Il ne s’est pas caché et moi, je ne le cache pas. Mais comme ici je suis le maître, je vous dis à l’instant: “Sortez de ma maison!” Ici on ne fait pas injure au Nazaréen. Vous comprenez? Et si vous ne comprenez pas les paroles, je pourrai vous parler par des gestes, chacals que vous êtes!”

L’hôtelier musclé paraît si décidé à l’action que les deux pharisiens changent de ton et se font rampants comme des chiens menacés de la cravache.

“Mais nous le cherchions pour le vénérer! Que crois-tu? Ce qui nous a rendus furieux, c’est la pensée de ne pouvoir le voir par ta faute. Nous, nous savons qui il est. Le Messie saint et béni vers lequel nous ne sommes pas dignes de lever le regard. Nous la poussière, Lui la gloire d’Israël. Conduis-nous à Lui. Notre cœur brûle du désir d’entendre sa parole.”

L’hôtelier leur rend la monnaie de leur pièce en répondant:

“Oh! tiens donc! Comment ai-je pu penser qu’il n’en était pas ainsi, moi qui connais de réputation la justice des pharisiens! Mais bien sûr, vous êtes venus pour l’adorer! Vous brûlez de ce désir! Je vais le Lui dire. J’y vais… Non, par Satan! Ne me suis pas! Et toi non plus, ou je vous cogne l’un contre l’autre, vieilles momies venimeuses, au point de vous faire rentrer l’un dans l’autre. Restez ici. Toi, ici où je te plante, et toi là. Je regrette de ne pouvoir vous enfoncer dans la terre jusqu’au cou afin de me servir de vous comme d’un pieu pour y attacher les porcs qu’il me faut tuer”

Et unissant le geste à la parole, il prend d’abord le pharisien le plus maigre par-dessous les bras, le soulève, et puis le plante par terre si violemment que si le sol n’avait pas été aussi dur il y aurait pénétré au moins jusqu’à la cheville. Mais le sol est dur et, après une forte secousse, l’homme reste debout comme un pantin.

Puis l’hôtelier s’empare de l’autre et, bien qu’il soit plutôt obèse, il le soulève et le redescend avec la même furie et comme il réagit et se débat, au lieu de le planter debout, il le plaque, assis, par terre: un vrai paquet de chair et d’étoffes… Et il s’en va, en disant un vilain mot qui se perd dans les lamentations des deux et les éclats de rire d’un grand nombre de gens.

Il entre dans un couloir, passe dans une petite cour, monte un escalier, pose le pied sur une galerie à portique et de là, dans une vaste pièce où Jésus, avec tous les siens et le marchand, achève le repas.

“Il est arrivé deux des quatre pharisiens. Vois un peu. Pour l’instant, je les ai remis en place. Ils voulaient me suivre, je n’ai pas voulu. Ils sont maintenant en bas, dans la cour, où il y a beaucoup de malades et d’autres aussi.”

“J’y vais tout de suite. Merci, Fara. Tu peux aller.”

293.3 - Tout le monde se lève, mais Jésus ordonne aux disciples de rester où ils sont et de même les femmes, sauf sa Mère, Marie de Cléophas, Suzanne et Salomé. Voyant la peine qui paraît sur les visages de ceux qui sont exclus, il dit:

“Allez sur la terrasse, vous entendrez aussi bien.”

Il sort avec les et les quatre femmes. Il refait le chemin fait par l’hôtelier et entre dans la grande cour. Les gens lèvent la tête pour voir et les plus malins montent sur le tas de paille, sur les chars arrêtés sur un côté, sur le bord des bassins…

Les deux pharisiens vont à sa rencontre, tout obséquieux. Jésus les salue de son salut habituel, comme s’ils étaient ses plus fidèles amis. Cependant il ne s’arrête pas pour répondre à leurs questions onctueuses:

“Êtes-vous si peu nombreux? Et sans disciples? Ils t’ont donc abandonnés?”

Jésus, tout en marchant, répond avec sérieux:

“Pas d’abandon. Vous venez d’Arbel où vous avez rencontré ceux qui m’ont précédé, et en Judée vous avez rencontré Judas de Simon, Thomas, Nathanaël et Philippe.”

Le pharisien corpulent n’ose plus le suivre et il s’arrête tout à coup, rouge comme de la braise. L’autre, plus effronté, insiste:

“C’est vrai. Mais justement nous savions que tu étais avec des disciples fidèles et avec les femmes et nous étions étonnés de te voir avec si peu de monde. Nous voulions voir tes nouvelles conquêtes pour nous féliciter avec Toi”

Et il rit d’un rire faux.

“Mes nouvelles conquêtes? Les voilà!”

Et Jésus trace devant Lui un demi-cercle montrant les foules venant pour la plus grande partie de l’au-delà du Jourdain, c’est-à-dire de ces régions où se trouve Bozra. Et puis sans laisser au pharisien le temps de répliquer, il commence à parler.

293.4 - “Des gens m’ont cherché "Des gens m'ont cherché…" est une citation d'Isaïe 65,1. La suite du discours fait référence aux versets qui suivent. Voir aussi la note n°5 suivante. qui d’abord ne s’enquéraient pas de Moi. Des gens m’ont trouvé, qui d’abord ne me cherchaient pas. Et j’ai dit: “Me voici, me voici” à une nation qui n’invoquait pas mon Nom. Gloire au Seigneur qui met la vérité sur la bouche des prophètes! Vraiment, en voyant cette foule qui se serre autour de Moi, j’exulte dans le Seigneur parce que je vois accomplies les promesses que l’Eternel m’a faites quand Il m’a envoyé dans le monde. Ces promesses que Moi-même j’ai allumées, avec le Père et le Paraclet, dans la pensée, dans la bouche, dans le cœur des prophètes, ces promesses que j’ai connues avant d’être Chair et qui m’ont encouragé à revêtir une chair. Et qui me donnent la force. Oui. Me réconfortent contre toute haine, rancœur, doute et mensonge. Ils m’ont cherché ceux qui d’abord ne s’enquéraient pas de Moi. Ils m’ont trouvé ceux qui ne me cherchaient pas. Pourquoi, au contraire, m’ont-ils repoussé ceux auxquels j’avais tendu les mains en leur disant: “Me voici”? Et pourtant ces derniers me connaissaient alors que les premiers ne me connaissaient pas. Et alors?

Voici la clef du mystère.