287.5 - Jésus demande calmement: “Et après?” Le marchand se secoue, le regarde, perplexe et puis il dit: “Et après? Ce sera tout. Après viendra la mort… C’est triste, mais c’est ainsi.”
“Et tu quitteras toute activité? Tout magasin? Toute affection?”
“Mais, Seigneur! Moi, je ne le voudrais pas. Mais comme je suis né, je dois aussi mourir. Et je devrai tout quitter” et il pousse un soupir capable par son vent de pousser en avant la caravane…
“Mais qui te dit qu’après la mort on quitte tout?”
“Qui? Mais les faits! Quand on est mort… plus rien. Plus de mains, plus d’yeux, plus d’oreilles…”
“Tu n’es pas seulement mains, yeux et oreilles.”
“Je suis un homme. Je le sais. J’ai autres choses. Mais tout finit avec la mort. C’est comme le coucher du soleil. Son coucher le fait disparaître…”
“Mais l’aurore le recrée ou plutôt le ramène de nouveau. Tu es un homme, tu l’as dit. Tu n’es pas un animal comme celui que tu montes. Lui, une fois mort, est réellement fini. Toi, non. Tu as l’âme. Tu ne le sais pas? Tu ne sais même plus cela?”
Le marchand entend le triste reproche, triste et doux, et il baisse la tête en murmurant: “Cela, je le sais encore…”
“Et alors? Tu ne sais pas que l’âme survit?”
“Je le sais.”
“Et alors? Tu ne sais pas qu’elle a toujours une activité dans la vie de l’au-delà? Sainte, si elle est sainte. Mauvaise, si elle est mauvaise. Elle a ses sentiments. Oh! comme elle les a! D’amour, si elle est sainte. De haine, si elle est damnée. De la haine, pour qui? Pour les causes de sa damnation. Dans ton cas, les activités, les magasins, les affections uniquement humaines. D’amour, pour qui? Pour les mêmes choses. Et que de bénédictions sur les enfants et sur les activités des enfants peut apporter une âme qui est dans la paix du Seigneur!”
L’homme est pensif. Il dit ensuite:
“Il est tard. Je suis vieux désormais.” Et il arrête le mulet.
Jésus sourit et répond: “Moi, je ne te force pas. Je te conseille” et il se retourne pour regarder les apôtres qui, pendant l’arrêt avant d’entrer dans la ville, aident les femmes à descendre et prennent leurs sacs.
287.6 - La caravane repart s’empressant d’entrer par la porte que gardent deux tours dans la ville affairée.
Le marchand revient vers Jésus: “Veux-tu encore rester avec moi?”
“Si tu ne me renvoie pas, pourquoi ne devrais-je pas le vouloir?”
“Pour ce que je t’ai dit. À Toi, saint, je dois inspirer le dégoût.”
“Oh! non! Je suis venu pour ceux qui sont comme toi. Je vous aime parce que c’est vous qui en avez le plus besoin. Tu ne me connais pas encore. Mais je suis l’Amour qui passe en mendiant l’amour.”
“Alors, tu ne me hais pas?”
“Je t’aime.”
Un éclair traverse le fond des yeux de l’homme. Mais il dit avec un sourire: “Alors nous allons rester ensemble. À Gérasa, je vais m’arrêter trois jours pour affaires. Là, je laisse les mulets pour les chameaux. J’ai la correspondance des caravanes dans les endroits de plus long parcours et j’ai un serviteur pour s’occuper des bêtes que je laisse à cet endroit. Et Toi, que vas-tu faire?”
“J’évangéliserai pendant le sabbat. Je t’aurais quitté si tu ne t’étais pas fermé car le sabbat est sacré pour le Seigneur.”
L’homme plisse le front, réfléchit, et comme à regret se montre d’accord: ”…Oui… C’est vrai. Il est sacré pour le Dieu d’Israël. Il est sacré. Il est sacré.” Il regarde Jésus… “Je te le consacrerai, si tu permets.”
“À Dieu. Pas à son Serviteur.”
“À Dieu et à Toi, en t’écoutant. Je ferai aujourd’hui les affaires et pendant la matinée de demain. Et puis, je t’écouterai. Viens-tu maintenant à l’hôtellerie?”
“Forcément. J’ai les femmes, et ici je suis inconnu.”
“Voici la mienne. C’est la mienne parce qu’ici sont mes écuries d’une année à l’autre. Mais j’ai de vastes pièces pour les marchandises. Si tu es d’avis…”
“Dieu t’en récompense. Allons.”