“Tu ne dois pas t’étonner en voyant Samarie au sein d’Israël”
286.6 – Un silence… Les yeux sombres de Syntica regardent fixement le profil serein de Jésus. Elle le regarde avec intensité, mais elle ne parle pas. Jésus sent ce regard et se tourne pour la regarder.
“Tu n’as rien trouvé à ton goût?”
“Non, Seigneur. Je suis arrivée au point de ne savoir plus concilier le passé avec le présent, les idées d’auparavant avec celles de maintenant. Et il me semble que c’est pour ainsi dire une trahison, car mes anciennes idées m’ont vraiment aidée à avoir celles de maintenant. Ton apôtre parlait bien… Cependant ma ruine est une heureuse ruine.”
“Qu’est-ce qui est en ruines pour toi?”
“Toute la foi dans l’Olympe païen, Seigneur. Et pourtant je suis un peu troublée, parce qu’en lisant votre Écriture - Jean me l’a donnée et je la lis parce que sans connaissance il n’y a pas de possession - j’ai trouvé qu’il y a même dans votre histoire… des commencements, dirai-je, il y a des faits qui ne sont pas très différents des nôtres. Maintenant, je voudrais savoir…”
“Je t’ai dit: demande et je répondrai.”
“Est-ce que tout est erreur dans la religion des dieux?”
“Oui, femme. Il n’y a qu’un Dieu qui ne provient pas d’autres dieux, qui n’est pas soumis aux passions ni aux besoins humains, un Dieu Unique, Éternel, Parfait, Créateur.”
“Moi, je le crois. Mais je veux pouvoir répondre non pas sous une forme qui n’admet pas la discussion, mais sous une forme qui discute pour convaincre, pour répondre aux questions que d’autres païens pourraient me poser. Moi, par moi-même et grâce à ce Dieu bienfaisant et paternel, je me suis donnée des réponses informes mais suffisantes pour donner la paix à mon esprit. Mais j’avais la volonté d’arriver à la Vérité. D’autres la chercheront avec moins d’angoisse que moi, et pourtant tous devraient désirer cette recherche. Je n’ai pas l’intention de rester inerte auprès des âmes. Ce que j’ai eu, je voudrais le donner. Pour donner, je dois savoir. Permets-moi de savoir et je te servirai au nom de l’amour. Aujourd’hui, en route, pendant que je contemplais les montagnes, et certains aspects me ramenaient vivantes à la mémoire les chaînes de l’Hellade Hellade (Hellas en grec) désigne les provinces centrales de la Grèce ancienne, dans lesquelles se trouvent Athènes, par opposition au Péloponnèse, presqu'ile où se trouvait Sparte. et l’histoire de la Patrie, par association d’idées se présentaient à moi le mythe de Prométhée Prométhée était un Titan, divinités géantes antérieures aux dieux de l'olympe. Il créa les hommes à partir de restes de boue transformés en roches. Il provoqua la colère de Zeus, le roi des dieux, en volant le savoir divin (feu sacré de l'olympe) qu'il rendit aux hommes. Pour cela, il fut condamné à avoir éternellement le foie dévoré par les corbeaux. Syntica fait le rapprochement avec la chute de Lucifer. , celui de Deucalion Fils du titan Prométhée, fut le seul mortel à survivre au déluge. Il repeupla la terre avec sa femme Pyrrha en jetant des pierres par-dessus leurs épaules. Ici le rapprochement se fait avec Noé. … Vous avez vous aussi quelque chose de semblable dans le foudroiement de Lucifer, dans l’infusion de la vie dans l’argile et dans le déluge de Noé. Légères concomitances, mais qui sont pourtant un souvenir… Maintenant, dis-moi: comment avons-nous pu les connaître s’il n’y a pas eu de contacts entre nous et vous, si vous les avez eues certainement avant nous, et nous aussi les avons eues, et s’il n’y a pas moyen de remonter à leur origine? Nous sommes dans l’ignorance maintenant, pour tant de choses. Comment alors, il y a des millénaires, avons-nous eu des légendes qui rappellent vos vérités?” “Femme, moins que d’autres tu devrais me le demander. Tu as lu en effet des œuvres qui pourraient par elles seules répondre à ta question.
286.7 – Toi, aujourd’hui, par associations d’idées, tu es passée du souvenir de tes montagnes natales au souvenir des mythes natals et à leur comparaison. N’est-ce pas? Pourquoi cela?”
“Parce que ma pensée en se réveillant, s’est souvenue.”
“Très bien. Même les âmes des plus anciens qui ont donné une religion à ta terre se sont souvenues. Confusément comme peut le faire quelqu’un qui est, imparfait, séparé de la religion révélée. Mais elles se sont toujours souvenues.
Dans le monde il y a beaucoup de religions. Eh bien, si nous avions ici, en un tableau net, toutes leurs particularités, nous verrions qu’il y a comme un fil d’or perdu dans l’abondante boue, un fil qui a des nœuds où sont renfermées des parcelles de la Vérité vraie.”
“Mais ne venons-nous pas tous d’un même cep? Tu le dis. Alors, pourquoi les anciens des anciens venant du cep originel n’ont-ils pas su apporter avec eux la Vérité? N’est-ce pas une injustice de les en avoir privés?”
“Tu as lu la Genèse, n’est-ce pas? Qu’as-tu trouvé? Au début un péché complexe embrassant les trois états de l’homme: matière, pensée et esprit Genèse 3,1-24. . Ensuite un fratricide Genèse 4,1-16. , puis un double homicide pour contrebalancer l’œuvre d’Hénoch de garder la lumière dans les cœurs Genèse 4,23-24. , puis la corruption par union sensuelle des fils de Dieu avec les filles du sang Genèse 6,1-4. . Et malgré la purification du déluge Genèse 7,17-24. et la réfection de la race à partir d’une semence bonne, non pas à partir de pierres comme le disent vos mythes, ni à partir du vol du feu vital par une œuvre humaine Genèse 9,1-17. , mais par infusion du Feu vital par l’œuvre de Dieu, s’était animée la première argile modelée par Dieu à son image et à forme humaine Genèse 2,7. , voilà de nouveau le ferment de l’orgueil, l’outrage à Dieu: “Nous atteignons le ciel Genèse 11,4. ” et la malédiction divine: “Qu’ils soient dispersés et ne se comprennent plus Genèse 11,7-8. ”… Et le cep unique, comme l’eau qui en heurtant un rocher se divise en ruisseaux qui ne se réunissent plus, voilà qu’il se divisa, la race devint des races. L’Humanité, mise en fuite par son péché et par punition divine, voilà qu’elle se disperse et ne se réunit plus, emportant avec elle la confusion que l’orgueil avait créée. Mais les âmes se souviennent: Quelque chose reste en elles toujours, et les plus vertueuses et les plus sages entrevoient une lumière bien que faible dans les ténèbres des mythes: la lumière de la Vérité. C’est ce souvenir de la Lumière vue avant la vie qui remue en elles des vérités où se trouvent les bribes de la Vérité révélée. M’as-tu compris?”
“En partie. Mais maintenant je vais y réfléchir. La nuit est l’amie de celui qui réfléchit et se recueille en lui-même.”
“Alors allons nous recueillir chacun en nous-mêmes. Allons, amis. La paix à vous, femmes, La paix à vous, mes disciples. La paix à toi, Alexandre Misace.”
“Adieu, Seigneur. Dieu soit avec Toi” dit le marchand en s’inclinant…