285.5 – Ils remontent sur le char et reviennent. Maintenant c’est Lazare qui est très silencieux et pensif, et Jésus lui en demande la raison.

“Je pense que je perds Syntica. J’étais attiré par sa science et sa bonté…”

“C’est Jésus qui l’acquiert…”

“C’est vrai, c’est vrai. Quand te reverrai-je, Maître?”

“Au printemps.”

“Plus jusqu’au printemps? L’an passé tu étais chez moi pour les Encénies…”

“Cette année je contente les apôtres. Mais l’an prochain je serai beaucoup avec toi. Je te le promets.”

Béthanie apparaît sous le soleil d’octobre. Ils sont sur le point d’arriver lorsque Lazare arrête le cheval pour dire:

“Maître, tu fais bien d’éloigner l’homme de Kérioth. J’ai peur de lui. Il ne t’aime pas. Il ne me plaît pas. Il ne m’a jamais plu. C’est un sensuel et un avide. Aussi il est capable d’arriver à n’importe quel péché: Maître, c’est lui qui t’a dénoncé…”

“En as-tu les preuves?”

“Non.”

“Alors ne juge pas. Tu n’es pas très expert en fait de jugement. Rappelle-toi que tu jugeais ta Marie inexorablement perdue… Ne dis pas que c’est grâce à Moi. C’est elle qui m’a d’abord cherché.”

“C’est vrai cela aussi. Mais, enfin, méfie-toi de Judas.”

Peu après ils entrent dans le jardin où les apôtres les attendent avec curiosité.

285.6 – L’absence des quatre apôtres et surtout de Judas rend plus intime et plus épanoui le groupe de ceux qui restent. C’est vraiment une famille, dont les chefs sont Jésus et Marie, celle qui en tournant le dos à Béthanie en une sereine matinée d’octobre, se dirige vers Jéricho pour passer sur la rive opposée du Jourdain. Les femmes se groupent autour de Marie et il ne manque qu’Annalia au groupe des femmes disciples, c’est-à-dire des trois Marie, Jeanne, Suzanne, Élise, Marcelle, Sara et Syntica. Groupés autour de Jésus, Pierre, André, Jacques et Jude d’Alphée, Mathieu, Jean et Jacques de Zébédée, Simon le Zélote, Jean d’En-Dor, Hermastée et Timon, alors que Marziam, sautant comme un chevreau, fait la navette entre les deux groupes qui avancent à quelques mètres l’un de l’autre. Chargés de sacs pesants, ils vont joyeux sur la route doucement ensoleillée, dans le repos solennel de la campagne.

285.7 – Jean d’En-Dor avance péniblement sous le poids qui charge ses épaules. Pierre s’en aperçoit et dit:

“Donne-le donc, puisque tu as voulu reprendre ce fardeau. Tu en avais la nostalgie?”

“C’est le Maître qui me l’a ordonné.”

“Oui? Oh! par exemple! Pourquoi donc?”

“Je ne sais pas. Hier soir il m’a dit: “Reprends tes livres et suis-moi avec eux. En prévision sans doute de l'exil qui va intervenir.

“Oh! très bien, très bien!… Mais si Lui l’a dit, c’est certainement une bonne chose. Peut-être est-ce pour cette femme. Que de choses elle sait, hein? Les sais-tu, toi aussi?”

“À peu près autant qu’elle. Elle est très instruite.”

“Mais tu ne peux pas continuer à nous suivre avec ce fardeau, hein?”

“Oh! je ne crois pas, mais je ne sais pas. Mais je peux encore le porter…”

“Non, mon ami. Je tiens à ce que tu ne sois pas malade. Tu n’es pas bien, le sais-tu?”