Jésus réfléchit. Lazare se tait occupé seulement à la conduite du cheval. Quand ils sont bien dans la plaine, une plaine fertile déjà toute prête pour nourrir la semence du futur grain, aux vignobles déjà tout endormis comme une femme qui vient de mettre au jour son fruit et se repose de sa douce fatigue, Jésus lui fait signe d’arrêter. Et Lazare, obéissant, s’arrête et conduit le cheval sur un petit chemin secondaire qui mène à des maisons éloignées… et il explique: “Ici nous serons encore plus tranquilles que sur la grand-route. Ces arbres nous cachent à la vue de beaucoup.” En effet un bouquet d’arbres bas et feuillus fait office de paravent contre la curiosité des passants. Et Lazare se tient debout devant Jésus, dans l’attente.

“Lazare, il faut que j’éloigne Jean d’En-Dor et Syntica. Tu vois que la prudence le conseille et aussi la charité. Pour l’un et pour l’autre, ce serait une épreuve dangereuse, une souffrance inutile de connaître les persécutions lancées contre eux… et qui pourrait, au moins pour l’un d’eux, provoquer des surprises très pénibles.”

“Dans ma maison…”

“Non. Pas même dans ta maison. Ils ne seraient pas, peut-être, touchés matériellement. Mais ils seraient moralement humiliés. Le monde est cruel. Il brise ses victimes. Moi, je ne veux pas que ces deux belles énergies se perdent ainsi. Par conséquent, comme j’ai uni un jour le vieil Ismaël à Sara Le vieil Ismaël, abandonné est confié à la veuve Sarah lors du Sermon sur la Montagne. Cf. EMV 173.5. , maintenant je vais unir mon pauvre Jean à Syntica. Je veux qu’il meure en paix et qu’il ne soit pas seul, et avec l’illusion d’être envoyé ailleurs non parce que c’est “l’ancien galérien”, mais parce que c’est le disciple prosélyte qu’on peut envoyer ailleurs pour prêcher.le Maître. Et Syntica l’aidera… Syntica est une belle âme et sera une grande force dans l’Église future et pour l’Église future Syntica (Syntykhé) est mentionnée dans la lettre de saint Paul aux Philippiens comme une chrétienne de premier rang (Philippiens 4,2-4). Elle joua d'autre part un rôle prépondérant dans la fondation de l'Église d'Antioche, l'un des premiers sièges apostoliques, avant Rome. .

285.3 – Peux-tu me conseiller où les envoyer? Pas en Judée, en Galilée, ni même dans la Décapole, là où je vais et avec Moi les apôtres et les disciples. Pas dans le monde païen. Où, alors? Où pour qu’ils soient utiles et en sécurité?”

“Maître… moi… Mais-moi te conseiller!”

“Non, non. Parle. Tu m’aimes bien, tu ne trahis pas. Tu aimes ceux que j’aime, tu n’as pas de pensées étroites comme d’autres.”

“Moi… Oui. Je te conseillerais de les envoyer là où j’ai des amis. À Chypre ou en Syrie. Choisis. À Chypre j’ai des personnes sûres. Et en Syrie!… J’ai encore là-bas une petite maison dirigée par un intendant, fidèle plus qu’une brebis. Notre Philippe! Pour moi, il fera tout ce que je dis. Et, si tu me le permets, eux qu’Israël persécute et qui te sont chers, pourront se dire mes hôtes dès maintenant, en sécurité dans la maison… Oh! ce n’est pas un palais! C’est une maison où Philippe habite seul avec un petit-fils qui s’occupe des jardins d’Antigonio Antigonea ou Antigonée dans la nouvelle traduction. Le texte original n'utilise qu'Antigonio. . Les jardins que ma mère aimait. Nous les avons gardés en souvenir d’elle. Elle y avait apporté des plantes de ses jardins de Judée, c’étaient des essences rares… Maman… Avec elles que de bien elle faisait aux pauvres… C’était son fief secret… Ma mère… Maître, j’irai vite lui dire: “Réjouis-toi, bonne mère. Le Sauveur est sur la terre”. Elle t’attendait…”

Il y a deux traces de pleurs sur le visage souffrant de Lazare. Jésus le regarde et sourit.

Lazare se remet:

285.4 – “Mais parlons de Toi. L’endroit te paraît bon?”

“Oui. Et une fois de plus, je te remercie pour Moi et pour eux. Tu m’enlèves un grand poids…”

“Quand partiront-ils? Je le demande pour préparer une lettre pour Philippe. Je dirai que ce sont deux de mes amis d’ici qui ont besoin de paix. Et cela suffira.”

“Oui, cela suffira. Cependant, je t’en prie, que l’air lui-même ne sache pas tout cela. Tu le vois! Je suis espionné…”

“Je le vois. Je n’en parlerai même pas à mes sœurs. Mais comment feras-tu pour les conduire là? Tu as les apôtres avec Toi…”

“Maintenant je vais remonter jusqu’à Aëra sans Judas de Simon, Thomas, Philippe et Barthélemy. Pendant ce temps, j’instruirai à fond Syntica et Jean… pour qu’ils partent avec une grande provision de Vérité. Puis je descendrai au Mérom et de là à Capharnaüm. Et là… et là je renverrai encore les quatre avec d’autres missions, et alors je ferai partir les deux pour Antioche. J’y suis obligé…”

“À devoir craindre des tiens. Tu as raison… Maître, je souffre de te voir tourmenté…”

“Mais ta bonne amitié me réconforte tellement… Lazare, je te remercie… Après-demain je pars et j’emmène tes sœurs. J’ai besoin de nombreuses disciples pour que Syntica se confonde avec elles. Jeanne de Kouza vient aussi. De Méron, elle ira à Tibériade parce qu’elle y passera l’hiver. Ainsi le veut son mari pour l’avoir plus près de lui. Car Hérode revient à Tibériade pour quelque temps.”

“Il sera fait comme tu le désires. Mes sœurs sont à Toi, comme je le suis, moi, mes maisons, mes serviteurs, mes biens. Tout t’appartient, Maître. Uses-en pour le bien. Je te préparerai la lettre pour Philippe. Il vaut mieux que tu l’aies directement.”

“Merci, Lazare.”

“C’est tout ce que je puis faire… Si j’étais en bonne santé, je viendrais… Guéris-moi, Maître, et je viendrai.”

“Non, ami, j’ai besoin de toi comme tu es.”

“Même si je ne fais rien?”

“Même. Oh! mon Lazare!”

Jésus l’étreint et l’embrasse.