283 – Syntica parle de sa rencontre avec la Vérité

22 septembre 1945

Le samedi 22 septembre 1945

283.1 – Jésus est assis dans la cour à portiques qui se trouve à l’intérieur de la maison de Béthanie, la cour que j’ai vue remplie de disciples le matin de la Résurrection de Jésus. Assis sur un siège de marbre couvert de coussins, le dos appuyé au mur de la maison, entouré des maîtres de maison, des apôtres et des disciples Jean et Timon, plus Joseph et Nicodème, et des pieuses femmes, il écoute Syntica qui, debout devant Lui, semble répondre à quelque question qu’il a posée. Tous, plus ou moins intéressés, écoutent dans des poses variées, les uns assis sur des sièges, d’autres sur le sol, d’autres debout, d’autres appuyés aux colonnes ou au mur.

“…c’était une nécessité, pour ne pas sentir tout le poids de ma condition. C’était ne pas être persuadée, un refus d’être persuadée de penser que j’étais seule, esclave, exilée de ma patrie, penser que ma mère et mes frères que mon père et la si tendre et douce Ismène n’étaient pas pour toujours perdus. Mais que si même le monde entier s’acharnait à nous séparer, comme Rome nous avait séparés et vendus, nous, qui étions libres, comme des bêtes de somme, un endroit nous aurait réunis, au-delà de la vie. Penser que notre vie n’est pas seulement une matière, une matière qu’on enchaîne, mais qu’elle a à l’intérieur une force libre qu’aucune chaîne ne tient captive, sauf la volonté de vivre dans le désordre moral et la ripaille.

Vous appelez cela: “péché”. Celui et ceux qui étaient mes lumières dans l’obscurité de ma nuit d’esclave expliquent cela d’une autre façon. Mais eux aussi admettent qu’une âme clouée au corps par des passions mauvaises et corporelles, n’arrive pas à ce que vous, vous appelez le Royaume de Dieu, et nous la vie commune dans l’Hadès avec les dieux. Et par conséquent il faut éviter de tomber dans la matérialité et s’efforcer d’atteindre la liberté du corps, en se donnant un héritage de vertu pour posséder une immortalité heureuse et être réunis à ceux qu’on a aimés.

Penser que rien n’empêche l’âme des morts d’assister l’âme des vivants, et sentir par conséquent auprès de soi l’âme maternelle, retrouver son regard et sa voix quand elle parle à l’âme de sa fille, et pouvoir dire: “Oui, mère, pour venir vers toi, oui. Pour ne pas troubler ton regard, oui. Pour ne pas mettre des larmes dans ta voix, oui. Pour ne pas endeuiller l’Hadès où tu es en paix, oui. C’est pour tout cela que je garderai mon âme libre, l’unique possession que j’aie et que personne ne peut m’enlever et que je veux conserver pure pour pouvoir soumettre ma raison à la vertu. Penser ainsi c’était liberté et joie. Et c’est ainsi que je voulais penser et agir. Parce que c’est une philosophie tronquée et fausse de penser, et puis d’agir d’une manière qui n’est pas conforme à la pensée.

Penser ainsi, c’était se reconstruire une patrie, même dans l’exil, une patrie intime dans le moi, avec ses autels, sa foi, sa croyance, ses affections… Une patrie grande, mystérieuse, et pas telle pourtant, dans ce mystère de l’âme qui sait qu’elle n’ignore pas l’au-delà même si présentement elle le connaît comme un marin, au milieu de la vaste mer, dans un matin brumeux connaît les détails de la côte: confusément, comme une ébauche avec à peine quelque point qui se dessine nettement et qui, pourtant, suffit, oh! suffit au navigateur fatigué que les tempêtes ont tourmenté, pour dire: “Voilà, c’est le port, c’est la paix”: La patrie des âmes, le lieu d’où elles viennent… le lieu de la Vie. Parce que la vie prend naissance de la mort…

283.2 – Oh! cela, je ne l’ai compris qu’à moitié, tant que je n’ai pas connu une de tes paroles, Après… après, ce fut comme si un rayon de soleil eût frappé le diamant de ma pensée. Tout fut lumière, et

j’ai compris jusqu’où étaient arrivés les maîtres grecs et comment ensuite ils s’étaient perdus, car il leur manquait une donnée, une seule pour résoudre exactement le théorème de la Vie et de la Mort. Cette donnée: le Vrai Dieu, Seigneur et Créateur de tout ce qui existe!

Puis-je le nommer avec mes lèvres païennes?

Oui, je le peux, parce que c’est de Lui que je viens comme tous. Car Lui en a mis la capacité dans l’esprit de tous les hommes et, chez les plus sages, une intelligence supérieure qui les fait paraître vraiment des demi-dieux par une puissance qui dépasse les limites de l’humanité. Oui, parce que c’est Lui qui leur a fait écrire ces vérités qui déjà sont de la religion sinon divine comme la tienne, du moins morale, et capable de garder les âmes “vivantes” non pas pour la durée du séjour ici, sur la terre, mais pour toujours.

Depuis j’ai compris ce que veut dire: “C’est par la mort que la vie prend naissance”. Celui qui l’a dit était comme quelqu’un pas tout à fait ivre, mais bien d’une intelligence alourdie. Il a dit une parole sublime, mais ne l’a pas comprise entièrement. Moi, ô Seigneur, pardonne mon orgueil, j’ai compris mieux que lui et, depuis ce moment, j’en suis heureuse.”

“Qu’est-ce que tu as compris?”

“Que cette existence n’est que le principe embryonnaire de la vie et que la vraie Vie commence quand la Mort nous enfante… à l’Hadès comme païenne, à la Vie éternelle comme croyante en Toi. Ai-je mal parlé?”

“Tu as bien parlé. Femme” approuve Jésus.

283.3 – Nicodème interrompt:

“Mais comment as-tu pu être informée des paroles du Maître?”

“Celui qui a faim cherche la nourriture, seigneur. Moi, je cherchais ma nourriture. Lectrice, grâce à ma culture, à ma belle voix, à ma prononciation, je pouvais lire beaucoup dans les bibliothèques de mes maîtres. Mais je n’étais pas encore rassasiée. Je sentais qu’il y avait autre chose, au-delà des murs historiés de la science humaine et, comme prisonnière dans une prison d’or, je battais les murs, je forçais les portes pour sortir, pour trouver… Quand je suis venue en Palestine avec le dernier maître, je craignais de tomber dans les ténèbres… au contraire, j’allais vers la Lumière. Les paroles des serviteurs de Césarée étaient comme autant de coups de pics qui effritaient les murs, en ouvrant des fissures de plus en plus grandes par où pénétrait ta Parole. Et moi, je les recueillais, ces paroles et ces connaissances et, comme un enfant enfile des perles, je les alignais, je m’en faisais un ornement, j’en tirais de la force afin d’être toujours plus purifiée pour recevoir la Vérité. Je me rendis compte qu’en me purifiant j’aurais trouvé. Et dès la terre. Je voulus être pure, même au prix de ma vie, pour la rencontre avec la Vérité, avec la Sagesse, avec la Divinité. Seigneur, je dis des paroles folles. Eux me regardent étonnés. Mais c’est Toi qui me les as demandées…”

“Parle, parle, C’est nécessaire.”

“Avec force et tempérance, j’ai résisté aux pressions extérieures. J’aurais pu être libre et heureuse, selon le monde. Il m’aurait suffi de le vouloir. Mais je n’ai pas voulu troquer la sagesse contre le plaisir, car sans la sagesse, il ne sert à rien d’avoir les autres vertus. Lui, le philosophe, l’a dit: “La justice, la tempérance et la force, si elles n’ont pas pour compagne la sagesse, c’est comme un décor peint, une vraie vertu d’esclaves, sans rien de solide ni réel”. Moi, je voulais avoir des choses réelles. Le maître, imbécile, parlait de Toi en ma présence. Alors, ce fut comme si les murs devenaient un voile. Il suffisait de vouloir pour déchirer le voile et s’unir à la Vérité. Je l’ai fait.”

283.4 – “Tu ne savais pas que tu nous aurais trouvés” dit l’Iscariote.

“Je savais croire que le dieu "dieu". Dans l'original, le mot est écrit avec une minuscule à la différence de toutes les autres citations de l'épisode. récompense la vertu. Moi, je ne voulais pas l’or, ni les honneurs, ni la liberté physique, pas même cette dernière. Mais je voulais la Vérité. C’était elle que je demandais à Dieu, ou bien de mourir. Je voulais que me fût épargné l’avilissement de devenir “un objet” et davantage encore de consentir à l’être.

Je renonçais à tout ce qui est corporel, en te cherchant, ô Seigneur, car les recherches, quand elles passent par les sens, sont toujours imparfaites - et tu l’as vu quand, pour t’avoir vu, je me suis enfuie, trompée par mes yeux - alors, je me suis abandonnée à Dieu qui est au-dessus de nous et en nous et qui informe l’âme de Lui. Et je t’ai trouvé parce que mon âme m’a conduite à Toi.”

“La tienne est une âme païenne” dit encore l’Iscariote.