“Mais, si nous ne t’aimons pas, nous, qui peut t’aimer?” Il y a, pour ainsi dire, de l’indignation parmi les apôtres et les disciples qu’agitent le soupçon et la douleur.

Jésus abaisse les paupières sur ses yeux. Il cache même son regard pour ne pas donner une indication. Mais il fait l’acte plein de résignation, de douceur et de tristesse des mains qui s’ouvrent avec les paumes en dehors, son acte d’aveu résigné, de constatation résignée, et il dit:

“Il devrait en être ainsi. Mais il n’en est pas ainsi. Beaucoup encore ne se connaissent pas, mais Moi, je les connais et j’en ai pitié.”

“Oh! Maître, Maître! Mais ce ne sera pas moi, hein?” demande Pierre en allant tout près de Jésus, écrasant le pauvre Marziam entre lui et le Maître, et jetant ses bras courts et musclés sur les épaules de Jésus, qu’il saisit et secoue, fou de terreur d’être quelqu’un qui n’aime pas Jésus.

Jésus rouvre les yeux, lumineux et pourtant tristes, et regarde le visage interrogateur et effrayé de Pierre et il lui dit:

“Non, Simon de Jonas. Ce n’est pas toi. Tu sais aimer et tu sauras toujours plus aimer. Tu es ma Pierre, Simon de Jonas, une bonne pierre. C’est sur elle que j’appuierai les choses qui me sont les plus chères, et je suis certain que tu les soutiendras sans connaître le trouble.”

“Moi, alors?”

“Moi?”

“Moi?” Les questions se répètent comme un écho de bouche en bouche.

“Paix! Paix! Restez tranquilles, et efforcez-vous de posséder tous l’amour.”

280.5 – “Mais qui de nous sait aimer le plus?”

Jésus tourne son regard successivement vers tous: une caresse souriante… puis il abaisse son regard sur Marziam, toujours serré entre Lui et Pierre, et écartant un peu Pierre, et tournant le visage de l’enfant vers la petite foule, il dit:

“Voilà celui qui sait aimer le plus parmi vous, L’enfant. Mais ne tremblez pas vous qui avez déjà de la barbe sur les joues et même des fils d’argent dans les cheveux. Quiconque renaît en Moi devient “un enfant”. Oh! allez en paix! Dites les louanges de Dieu qui vous a appelés car vous voyez réellement de vos yeux les prodiges du Seigneur.

Bienheureux ceux qui verront également ce que vous voyez. Car je vous assure que beaucoup de prophètes et de rois ont désiré ardemment voir ce que vous voyez et ne l’ont pas vu, et que beaucoup de patriarches auraient voulu savoir ce que vous savez et ne l’ont pas su, et que beaucoup de justes auraient voulu entendre ce que vous entendez et n’ont pas pu l’entendre. Mais désormais ceux qui m’aimeront connaîtront toutes choses.”

“Et ensuite? Quand tu t’en seras allé, comme tu dis?”

“Ensuite vous parlerez pour Moi. Et puis… Oh! les grandes foules, pas pour le nombre, mais pour la grâce de ceux qui verront, sauront et entendront, ce que maintenant vous voyez, savez, entendez! Oh! les grandes, les foules aimées de mes “petits-grands”! Yeux éternels, esprits éternels, oreilles éternelles!

Comment puis-je vous expliquer, à vous qui m’entourez, ce que sera de vivre de manière éternelle, plus qu’éternelle, sans mesure, de ceux qui m’aimeront et que j’aimerai jusqu’à abolir le temps, et ils seront “les citoyens d’Israël” même s’ils vivent quand Israël ne sera plus qu’un souvenir de nation et ils seront les contemporains de Jésus vivant en Israël. Et ils seront avec Moi, en Moi, jusqu’à connaître ce que le temps a effacé et ce que l’orgueil a confondu.

Quel nom leur donnerai-je? Vous apôtres, vous disciples, les croyants seront appelés “chrétiens”. Et ceux-ci? Quel nom auront-ils? Un nom qui ne sera connu qu’au Ciel. Quelle récompense auront-ils dès cette terre? Mon baiser, ma parole, la tiédeur de ma chair. Tout, tout, tout Moi-même. Moi, eux. Eux, Moi. La communion totale…

Allez. Moi, je reste à me délecter l’esprit dans la contemplation de ceux qui, dans l’avenir, me connaîtront et m’aimeront sans réserve. La paix soit avec vous.”