“Parle, alors, car nous sommes tous ici pour mendier une de tes paroles ou l’une de tes grâces.”

“Je parlerai, pour qu’on ne dise pas que je suis prévenu contre ceux qui sont honnêtes dans leurs convictions.”

“Elles sont mortes, celles que j’avais. Mais c’est vrai. J’étais honnête, je croyais servir Dieu en te combattant.”

“Tu es sincère, et pour cela tu mérites de comprendre Dieu qui n’est jamais mensonge. Mais tes convictions ne sont pas encore mortes. C’est Moi qui te le dis. C’est comme du chiendent qu’on a brûlé. En surface il semble détruit et en vérité il a subi un rude assaut qui l’a affaibli. Mais les racines sont vivantes, mais le terrain les nourrit, mais la rosée les invite à mettre de nouvelles tiges et celles-ci de nouvelles feuilles. Il faut surveiller pour que cela n’arrive pas ou tu seras de nouveau envahi par le chiendent.

272.3 – Israël a la vie dure!”

“Israël doit donc mourir? C’est une plante mauvaise?”

“Il doit mourir pour ressusciter.”

“Une réincarnation spirituelle?”

“Une évolution spirituelle. Il n ‘y a pas de réincarnation d’aucune sorte.”

“Il y en a qui y croient.”

“Ils sont dans l’erreur.”

“L’hellénisme a mis en nous aussi ces croyances. Et les savants s’en repaissent et s’en glorifient comme d’une très noble nourriture.”

“Contradiction absurde, pour ceux qui crient à l’anathème pour la négligence de l’un des six cent treize préceptes mineurs.”

“C’est vrai. Mais… c’est ainsi. On prend plaisir à imiter ce que pourtant on hait.”

“Alors imitez-Moi, puisque vous me haïssez. Ce sera mieux pour vous.”

Le scribe doit par force esquisser un sourire devant cette sortie de Jésus. Les gens sont bouche bée à écouter et ceux qui sont loin se font répéter par les plus proches les paroles des deux.

“Mais Toi, entre nous, que penses-tu de la réincarnation?”

“C’est une erreur. Je l’ai dit.”

“Il y en a qui soutiennent que les vivants proviennent des morts et les morts des vivants, parce que qui existe ne peut se détruire.”

“Ce qui est éternel, en effet, ne se détruit pas. Mais, dis-moi. Selon toi le Créateur a t-il des limites à Lui-même?”

«Non, Maître. Le penser serait l’amoindrir.”

“Tu l’as dit. Et est-il possible alors de penser que Lui permet la réincarnation d’un esprit parce qu’il ne pourrait y avoir qu’un nombre donné d’esprits?”

“On ne devrait pas le penser, et pourtant il y en a qui le pensent.”

“Et, ce qui est pire, on le pense en Israël. Cette pensée de l’immortalité de l’esprit qui est déjà grande, même si elle est unie chez un païen à une erreur d’appréciation inexacte sur la façon dont se produit cette immortalité, devrait être parfaite en Israël. Au contraire, chez ceux qui l’admettent d’après les termes de la thèse païenne, elle devient une pensée amoindrie, rabaissée, coupable. Ce n’est pas la gloire d’une pensée qui se montre digne d’admiration pour avoir frôlé par elle seule la Vérité et qui, par conséquent, témoigne de la nature composite de l’homme comme elle l’est chez le païen à cause de son intuition d’une vie immortelle de la chose mystérieuse qu’on appelle l’âme et qui nous distingue des brutes.

Mais c’est une dégradation de la pensée qui, connaissant la Divine Sagesse et le Dieu Vrai, devient matérialiste, même dans une chose aussi profondément spirituelle.