Longtemps après, Jésus lève la tête, le regarde et demande:
“Et toi? Que vas-tu faire maintenant?”
“Je ne le sais pas encore… Le projet de rester à Machéronte est fini. Mais je voudrais encore rester près de la cour, pour savoir… et ainsi pouvoir te protéger.”
“Il te conviendrait mieux de me suivre sans atermoiement. Mais je ne te force pas. Tu viendras quand sera détruit, molécule après molécule, le vieux Manahen.”
“Je voudrais aussi enlever cette tête à cette femme. Elle n’est pas digne de la posséder…”
Jésus esquisse un pâle sourire et dit franchement:
“Et puis, tu n’es pas encore mort aux richesses humaines, mais tu m’es quand même cher. Je sais que je ne te perds pas, même si j’attends. Je sais attendre…”
“Maître, je voudrais te donner ma générosité pour te consoler… parce que tu souffres. Je le vois.”
“C’est vrai. Je souffre. Beaucoup! Beaucoup!…”
“Seulement pour Jean? Je ne crois pas. Tu le sais en paix.”
“Je le sais en paix et je le sens tout près.”
“Et alors?”
“Et alors!… Manahen, qu’est-ce que l’aube précède?”
“Le jour, Maître. Pourquoi le demandes-tu?”
“Parce que la mort de Jean précède le jour où je serai le Rédempteur. Et ce qu’il y a d’humain en Moi frémit à cette pensée… Manahen, je vais sur la colline. Toi reste pour recevoir ceux qui viennent, pour secourir ceux qui sont déjà venus. Reste jusqu’à mon retour. Puis… tu feras ce que tu voudras. Adieu.”
Et Jésus quitte la pièce. Il descend doucement l’escalier, traverse le jardinet, par derrière, il prend un sentier au milieu des jardins abandonnés et des vergers d’oliviers, de pommiers, de vignes et de figuiers. Il remonte la pente d’une petite colline d’où il disparaît à ma vue.