“Je me tairai… et cela me pèsera doublement…”
Jésus ne répond pas. Il laisse Jacques, à l’abri de son couvre-chef de lin, pleurer à son aise.
259.9 – Ils rencontrent un homme avec un malheureux enfant qu’il tient sur ses épaules.
“C’est ton fils?” demande Jésus.
“Oui. Il est né, en tuant la mère, dans cet état. Maintenant que ma mère aussi est morte, en allant au travail je l’emmène avec moi pour le surveiller. Je suis bûcheron. Je l’étends sur l’herbe, sur mon manteau, et pendant que je scie les arbres, lui s’amuse avec les fleurs, mon malheureux enfant!”
“C’est pour toi un grand malheur.”
“Hé! oui. Mais ce que Dieu veut, il faut l’accepter avec paix.”
“Adieu, homme. La paix soit avec toi.”
“Adieu. À vous aussi la paix.”
L’homme gravit la montagne, Jésus et Jacques descendent encore.
“Quel malheur! J’espérais que tu le guérirais” dit Jacques en soupirant.
Jésus ne semble pas avoir entendu.
“Maître, si cet homme avait su que tu es le Messie, peut-être il t’aurait demandé un miracle…”
Jésus ne répond pas.
“Jésus, me laisses-tu revenir en arrière pour le dire à cet homme? J’ai pitié de cet enfant. J’ai le cœur déjà si rempli de douleur. Donne-moi, au moins, la joie de voir guéri ce petit.”
“Vas-y, donc. Je t’attends ici.”
259.10 – Jacques part en courant. Il rejoint l’homme, il l’appelle:
“Homme, arrête-toi, écoute! Celui qui était avec moi, c’est le Messie. Donne-moi ton enfant pour que je le Lui porte. Viens, toi aussi, si tu veux, pour voir si le Maître va te le guérir.”
“Vas-y toi, homme. Je dois couper tout ce bois. Je suis déjà en retard à cause de l’enfant. Si je ne travaille pas, je ne mange pas. Je suis pauvre, et lui me coûte si cher. Je crois au Messie, mais il vaut mieux que tu Lui parles pour moi.”
Jacques se penche pour prendre l’enfant étendu sur l’herbe.
“Doucement, l’avertit le bûcheron, il souffre de partout.”
En effet, dès que Jacques essaie de le soulever, l’enfant pleure lamentablement.
“Oh! quelle peine!” soupire Jacques.
“Une grande peine, dit le bûcheron tout en sciant un tronc très dur, et il ajoute:
Ne pourrais-tu pas le guérir, toi?”
“Je ne suis pas le Messie, moi. Je ne suis qu’un disciple…”
“Eh bien? Les médecins s’instruisent auprès d’autres médecins. Les disciples auprès de leur Maître. Allons, sois bon, Ne le fais pas souffrir. Essaie, toi. Si le Maître avait voulu venir ici, il l’aurait fait. Il t’a envoyé ou bien parce qu’il ne veut pas le guérir, ou bien parce qu’il veut que ce soit toi qui le fasses.”
Jacques est perplexe. Puis il se décide. Il se redresse et prie comme il le voit faire à son Jésus et puis il commande:
“Au nom de Jésus Christ, Messie d’Israël et Fils de Dieu, sois guéri” et tout de suite après il s’agenouille en disant: “Oh! mon Seigneur, pardon! J’ai agis sans ta permission! Mais j’ai eu pitié de cet enfant d’Israël. Pitié, mon Dieu! Pour lui et pour moi, pécheur!”
Et il pleure abondamment, penché sur l’enfant étendu. Les larmes tombent sur les petites jambes tordues et inertes.
259.11 – Jésus débouche du sentier. Mais personne ne le voit, car le bûcheron travaille, Jacques pleure, l’enfant le regarde avec curiosité et puis, tendrement, demande:
“Pourquoi pleures-tu?
Et il tend une menotte pour le caresser et, sans s’en apercevoir, il s’assoit seul, se lève et embrasse Jacques pour le consoler. C’est le cri de Jacques qui fait se retourner le bûcheron qui voit son enfant debout sur ses jambes qui ne sont plus mortes ni tordues. Et, en se retournant, il voit Jésus.
“Le voilà! Le voilà!” crie-t-il en désignant par derrière Jacques qui se tourne et voit Jésus qui le regarde avec un visage éclairé par la joie.
“Maître! Maître! Je ne sais pas comment cela s’est fait… la pitié… cet homme… ce petit… Pardon!”
“Lève-toi. Les disciples ne sont pas plus que le Maître, mais ils peuvent faire ce que fait le Maître quand ils le font pour un motif saint. Lève-toi et viens avec Moi. Soyez bénis, tous les deux, et souvenez-vous que même les serviteurs de Dieu font les œuvres du Fils de Dieu”
Puis il s’en va en traînant vers Lui Jacques qui ne cesse de dire: “Mais comment ai-je pu? Je ne comprends pas encore. Avec quoi ai-je fait le miracle en ton nom?”
“Par ta pitié Jacques, Par ton désir de me faire aimer par cet innocent et par cet homme qui croyait et doutait en même temps. Jean, près de Jabnia, a fait un miracle par amour en guérissant un mourant par une onction et la prière. Ici, tu as guéri par tes pleurs et ta pitié, et par ta confiance en mon Nom. Tu vois comme c’est une chose paisible de servir le Seigneur quand il y a dans le disciple une intention droite? Maintenant marchons vite car cet homme nous suit. Ce n’est pas bien que tes compagnons soient informés de cela, pas encore. Bientôt, je vous enverrai en mon nom… (Jésus pousse un grand soupir) comme Judas de Simon brûle de le faire (Jésus soupire de nouveau). Et vous le ferez… Mais ce ne sera pas pour tous un bien. Vite, Jacques! Simon Pierre, ton frère et aussi les autres, souffriraient de savoir cela comme d’une partialité. Mais ce n’est pas cela. Il s’agit de préparer parmi vous douze quelqu’un qui sache guider les autres. Descendons dans le lit, couvert de feuilles, de ce torrent. Nous ferons perdre nos traces… Cela te déplaît pour l’enfant? Oh! Nous le retrouverons…”