“Vraiment! observe Mathieu. Au lieu de nous fondre entre nous, plus nous vivons ensemble, plus on se sépare. Et penser qu’à Sicaminon il a dit qu’il nous faut être unis au troupeau. Comment le serons-nous, si entre pasteurs nous ne le sommes pas?”
“Alors, on ne doit pas parler? On ne doit jamais dire sa pensée? Nous ne sommes pas des esclaves, je crois.”
“Non, Judas, dit calmement le Zélote. Nous ne sommes pas esclaves, mais nous sommes indignes de le suivre parce que nous ne le comprenons pas.”
“Moi, je le comprends très bien.”
“Non. Tu ne le comprends pas. Et, comme toi, ne le comprennent pas, plus ou moins, tous ceux qui le critiquent.
Comprendre c’est obéir sans discuter parce que l’on est persuadé de la sainteté de Celui qui guide” dit encore le Zélote.
“Ah! mais tu fais allusion à l’intelligence de sa sainteté! Moi, je parlais de ses paroles. Sa sainteté est indiscutée et indiscutable” se hâte de dire l’Iscariote.
“Et tu peux séparer l’une de l’autre? Un saint possédera toujours la Sagesse, et ses paroles seront sages.”
“C’est vrai. Mais il fait des actes nuisibles. Certainement par excès de sainteté, je l’accorde. Mais le monde n’est pas saint, et Lui se crée des ennuis.
255.4 - Par exemple ce philistin et cette grecque, crois-tu qu’ils nous soient utiles?”
“Mais, si je dois nuire, je me retire. J’étais venu avec l’idée de l’honorer et de faire quelque chose de juste” dit Hermastée, blessé.
“Tu Lui donnerais de la douleur en t’en allant pour ce motif” lui répond Jacques d’Alphée.
“Je Lui laisserai croire que j’ai changé d’idée. Puis, je le saluerai et… je m’en irai.”
“Non, vraiment! Toi, tu ne t’en vas pas. Il n’est pas juste qu’à cause du nervosisme d’autrui, le Maître perde un bon disciple” s’emporte Pierre.
“Mais s’il veut s’en aller pour si peu, c’est signe qu’il n’est pas sûr de sa volonté. Laisse-le donc s’en aller” répond l’Iscariote.
Pierre perd patience:
“Je Lui ai promis, quand il m’a donné Marziam, de devenir paternel avec tout le monde, et il me déplaît de manquer à ma promesse. Mais tu m’y obliges. Hermastée est ici, et il y reste, Sais-tu ce que je dois te dire? C’est toi qui troubles la volonté des autres et les rends indécis, Tu es une cause de séparation et de désordre. Voilà ce que tu es. Et sois-en honteux.”
“Qui es-tu, toi? Le protecteur des…”
“Parfaitement! Tu as bien dit. Je sais ce que tu veux dire. Protecteur de la femme voilée, protecteur de Jean d’En-Dor, protecteur d’Hermastée, protecteur de cette esclave, protecteur de tous les autres qu’a trouvés Jésus et qui ne sont pas de magnifiques exemplaires des paons du Temple, ceux qui sont fabriqués avec le mortier sacré et les toiles d’araignées du Temple, les mèches malodorantes des lumières du Temple, ceux qui sont comme toi, en somme, pour rendre plus claire la parabole, car si le Temple est beaucoup, à moins que je ne sois devenu un imbécile, le Maître est plus que le Temple, et c’est à Lui que tu manques…”
255.5 - Il crie si fort que le Maître s’arrête et se retourne et il va revenir en arrière, quittant les femmes.
“Il a entendu! Maintenant il va être affligé!” dit l’apôtre Jean.
“Non, Maître. Ne viens pas. Nous discutions… pour tromper l’ennui de la route” dit tout de suite Thomas.
Mais Jésus reste arrêté de façon qu’on le rejoigne.
“De quoi discutiez-vous? Encore une fois dois-je vous dire que les femmes vous sont supérieures?”
Le doux reproche touche tous les cœurs. Ils se taisent en baissant la tête.