La marche recommence avec la montée d’une colline qui barre la vallée dans laquelle elle déverse les eaux de ses petits ruisseaux maintenant réduits à un filet d’eau ou à des pierres brûlées par le soleil, mais la route est bonne, ouverte d’abord au milieu de bois d’oliviers, puis d’autres arbres, qui entrelacent leurs branches en formant une galerie verte au-dessus de la route. Ils atteignent le sommet qui est couronné d’un bois dont on entend le bruissement, un bois de frênes, si je ne me trompe. Et là ils s’assoient pour se reposer et prendre de la nourriture.

Et avec la nourriture et le repos, ils jouissent d’une vue charmante, car le panorama est merveilleux avec la chaîne du Carmel à la gauche quand on regarde vers l’ouest. C’est une chaîne très verte où l’on découvre toutes les plus belles tonalités de vert. Là où elle finit, c’est la mer qui scintille, découverte, sans limites, qui s’étend, avec son drap agité par de légères vagues, vers le nord. Elle baigne les rivages qui, de l’extrémité du promontoire formé par les contreforts du Carmel, montent vers Ptolémaïs et les autres villes, pour finalement se perdre dans une légère brume du côté de la Syro-Phénicie. Par contre, on ne voit pas la mer au sud du promontoire du Carmel car la chaîne plus haute que les collines où ils se trouvent en cache la vue.

Ci-dessus le dessin de Maria Valtorta sur lequel on peut lire les noms de Sycaminon et de Mérala.

Les heures passent dans l’ombre bruissante du bois bien aéré. Certains dorment, d’autres parlent à mi-voix, d’autres regardent. Jean s’éloigne de ses compagnons en montant le plus haut possible pour mieux voir. Jésus s’isole dans un endroit couvert pour prier et méditer. Les femmes, à leur tour, se sont retirées derrière le rideau ondulant d’un chèvrefeuille tout en fleurs. Là, elles se sont rafraîchies à une source minuscule qui, réduite à un filet d’eau, forme dans la terre une flaque qui n’arrive pas à se changer en ruisseau. Puis les plus âgées se sont endormies, fatiguées, alors que Marie très Sainte avec Marthe et Suzanne parlent de leurs maisons lointaines et que Marie dit qu’elle voudrait bien avoir ce beau buisson tout en fleurs pour orner sa petite grotte.

247.4 – Marie-Madeleine, qui avait dénoué ses cheveux, ne pouvant en supporter le poids, les rassemble de nouveau et dit:

“Je vais vers Jean maintenant qu’il est avec Simon, pour regarder avec eux la mer.”

“J’y vais moi aussi” répond Marie très Sainte.

Marthe et Suzanne restent auprès de leurs compagnes endormies.

Pour rejoindre les deux apôtres, elles doivent passer près du buisson où Jésus s’est isolé pour prier.

“Mon Fils trouve son repos dans la prière” dit doucement Marie.

Marie-Madeleine lui répond:

“Je crois qu’il Lui est indispensable aussi de s’isoler pour garder sa merveilleuse maîtrise que le monde met à dure épreuve. Tu sais, Mère?

J’ai fait ce que tu m’as dit. Toutes les nuits je m’isole plus ou moins longtemps pour rétablir en moi-même le calme que troublent beaucoup de choses. Je me sens beaucoup plus forte après.”

“Plus forte maintenant, plus tard tu te sentiras heureuse. Crois-le aussi, Marie: dans la joie comme dans la douleur, dans la paix comme dans la lutte, notre esprit a besoin de se plonger tout entier dans l’océan de la méditation pour reconstruire ce qu’abattent le monde et les vicissitudes de la vie et pour créer de nouvelles forces pour s’élever toujours davantage. En Israël, nous usons et abusons de la prière vocale. Je ne veux pourtant pas dire qu’elle soit inutile et mal vue de Dieu. Mais je dis pourtant que beaucoup plus utile à l’esprit est l’élévation mentale vers Dieu, la méditation où, en contemplant sa divine perfection et notre misère, ou celle de tant de pauvres âmes, non pas pour les critiquer mais pour les plaindre et les comprendre, et pour remercier le Seigneur qui nous a soutenues pour nous empêcher de pécher, ou nous a pardonnées pour ne pas nous laisser par terre, nous arrivons à prier réellement, c’est-à-dire à aimer. Parce que l’oraison pour être réellement ce qu’elle doit être, doit être amour. Autrement c’est une agitation des lèvres d’où l’âme est absente.”

247.5 – “Mais, est-il permis de parler à Dieu quand on a les lèvres souillées par tant de paroles profanes? Moi, dans mes heures de recueillement que je passe comme tu me l’as enseigné, toi, mon très doux apôtre, je fais violence à mon cœur qui voudrait dire à Dieu: Je t’aime…”

“Non! Pourquoi?”

“Parce qu’il me semble que je ferais une offrande sacrilège en offrant mon cœur…”

“Ne fais pas cela, ma fille, ne le fais pas. Ton cœur, avant tout, est consacré à nouveau par le pardon du Fils, et le Père ne voit que ce par don. Mais, même si Jésus ne t’avait pas encore pardonné, et si toi, dans une solitude ignorée, qui peut être aussi bien matérielle que morale, tu criais vers Dieu: “Je t’aime, Père, pardonne mes misères parce qu’elles me déplaisent à cause de la douleur qu’elles te donnent”, crois bien, ô Marie, que le Dieu Père t’absoudrait de Lui-même et que cher Lui serait ton cri d’amour. Abandonne-toi, abandonne-toi à l’amour. Ne lui fais pas violence. Laisse-le même devenir violent comme un incendie. L’incendie consume tout ce qui est matériel mais ne détruit pas une molécule d’air, car l’air est incorporel. Au contraire il le purifie des minuscules déchets que les vents y apportent, le rend plus léger. Il en est ainsi de l’amour pour l’esprit. Il consumera plus rapidement la matière de l’homme, si Dieu le permet, mais il ne détruit pas l’esprit. Au contraire il en augmente la vitalité et le fait pur et agile pour monter vers Dieu.

247.6 – Vois-tu Jean là-bas? C’est vraiment un garçon. Mais pourtant c’est un aigle. Il est le plus fort de tous les apôtres, car il a compris le secret de la force, de la formation spirituelle: l’amoureuse méditation.”

“Mais lui est pur. Moi… Lui c’est un jeune garçon. Moi…”

“Regarde alors le Zélote. Ce n’est pas un garçon. Il a vécu, il a lutté, il a haï. Il le reconnaît sincèrement. Mais il a appris à méditer. Et lui aussi, crois-moi, est bien haut. Tu vois? Ils se cherchent tous les deux, parce qu’ils se ressemblent. Ils ont atteint le même âge parfait de l’esprit et par le même moyen: l’oraison mentale. C’est par elle que le garçon est devenu viril en son esprit et c’est par elle que celui qui était déjà vieux et fatigué est revenu à une forte virilité. Et tu connais un autre qui, sans être apôtre sera et même est très avancé à cause de sa tendance naturelle à la méditation qui, depuis qu’il est l’ami de Jésus, est devenue en lui une nécessité spirituelle? Ton frère.”

247.7 – “Mon Lazare?…Oh! Mère! Dis-le-moi, toi qui sais tant de choses parce que Dieu te les montre, comment me traitera Lazare à la première rencontre? Avant, il se taisait, méprisant, mais il le faisait parce que moi, je ne supportais pas les observations. J’ai été très cruelle avec mon frère et ma sœur… Maintenant je le comprends. Maintenant qu’il sait qu’il peut parler, que me dira-t-il? Je crains de lui un franc reproche. Oh! certainement il me rappellera toutes les peines dont j’ai été la cause. Je voudrais voler vers Lazare, mais j’en ai peur. Auparavant j’y allais, mais les souvenirs de maman qui était morte, ses larmes présentes encore sur les objets dont elle se servait, les larmes répandues pour moi, par ma faute, rien ne m’émouvait. Mon cœur était cynique, effronté, fermé à toute voix qui n’était pas celle du “mal”. Mais maintenant je n’ai plus la force mauvaise du Mal et je tremble… Que me fera Lazare?”

“Il t’ouvrira les bras et t’appellera “sœur bien-aimée” plus avec son cœur qu’avec ses lèvres. Il est si bien formé en Dieu qu’il ne peut user que de cette manière. Ne crains pas. Il ne te dira pas un mot du passé. Lui, c’est comme si je le voyais, il est là-bas à Béthanie et les jours d’attente sont pour lui bien longs. Il t’attend pour te serrer sur son cœur, pour contenter son amour fraternel. Tu n’as qu’à l’aimer comme il t’aime, lui, pour goûter la douceur d’être nés d’un même sein.”

“Je l’aimerais même s’il m’adressait des reproches. Je les mérite.”

“Mais lui t’aimera seulement, sans plus.”

247.8 – Elles ont rejoint Jean et Simon qui parlent des futurs voyages et qui se lèvent, respectueux, quand arrive la Mère du Seigneur.

“Nous venons nous aussi pour louer le Seigneur pour les belles œuvres de sa création.”

“Mère, as-tu jamais vu la mer?”

“Oh! Je l’ai vue. Et alors elle était moins agitée, dans sa tempête, que mon cœur, et moins salée que mes larmes pendant que je fuyais le long de la côte de Gaza vers la Mer Rouge, avec mon Bébé dans mes bras et la peur d’Hérode qui me poursuivait Cf. EMV 35. . Et je l’ai vue au retour. Mais alors c’était le printemps sur la terre et dans mon cœur. Le printemps du retour dans la patrie. Et Jésus battait de ses petites mains, heureux de voir des choses nouvelles… Joseph et moi, nous étions heureux aussi, bien que la bonté du Seigneur nous eût rendu moins dur l’exil à Matarea, de mille manières.” Cf. EMV 36. .

Leur conversation se poursuit alors que je n’ai plus la possibilité de voir et d’entendre.