“Peux-tu en douter?”

Marie, tout en parlant, prépare des rafraîchissements pour les voyageurs, sourde aux paroles de toutes les personnes qui déclarent n’avoir besoin de rien.

“Laissons les femmes disciples en paix” dit Jésus et il ajoute: “Et allons par le pays.”

“Tu t’en vas? Peut-être mes autres fils viendront-ils?”

“Je reste toute la journée demain, Nous serons donc ensemble. Maintenant, je vais trouver des amis. La paix à vous, femmes. Mère, adieu.”

245.2 – Nazareth est déjà en émoi pour l’arrivée de Jésus et de Marie de Magdala qui le suit. Il y en a qui se précipite vers la maison de Marie d’Alphée, d’autres vers celle de Jésus pour voir, et trouvant cette dernière fermée, ils refluent tous vers Jésus qui traverse Nazareth, allant vers le centre du pays. La cité est toujours fermée au Maître. En partie ironique, en partie incrédule, avec quelques groupes de gens manifestement méchants dont les sentiments se révèlent par certaines phrases blessantes, la cité suit par curiosité, mais sans amour, son grand Fils qu’elle ne comprend pas. Même dans les questions qu’ils Lui posent, il n’y a pas d’amour mais de l’incrédulité et de la raillerie. Mais Lui ne montre pas qu’il les relève, et il répond avec douceur à ceux qui Lui parlent.

“Tu donnes à tout le monde, mais tu sembles un fils qui n’a aucun lien avec sa patrie, puisqu’à elle tu ne donnes rien.”

“Je suis ici pour donner ce que vous demandez.”

“Mais tu préfères ne pas être ici. Nous sommes peut-être plus pécheurs que les autres?”

“Il n’y a pas de pécheur, si grand qu’il soit, que je ne veuille convertir. Et vous, vous ne l’êtes pas plus que les autres.”

“Tu ne dis pas cependant que nous sommes meilleurs que les autres. Un bon fils dit toujours que sa mère est meilleure que les autres, même si elle ne l’est pas. C’est peut-être pour Toi une marâtre, Nazareth?”

“Je ne dis rien.

Le silence est une règle de charité envers les autres et envers soi-même, quand on ne peut dire que quelqu’un est bon et qu’on ne veut pas mentir. Mais la louange à votre égard viendrait bien vite si seulement vous veniez à ma doctrine.”

“Tu veux donc qu’on t’admire?”

“Non. Seulement que vous m’écoutiez et me croyiez pour le bien de vos âmes.”

“Et parle, alors! Nous t’écouterons.”

“Dites-moi sur quel sujet je dois vous parler.”

Un homme d’environ quarante, quarante-cinq ans, dit:

“Voilà. Je voudrais que tu entres dans la synagogue et que tu m’expliques un point.”

“Je viens tout de suite, Lévi.” Et ils vont à la synagogue alors que les gens se pressent derrière Jésus et le chef de la synagogue, remplissant subitement cette dernière.

245.3 – Le chef prend un rouleau et lit:

“Il fit monter la fille du Pharaon de la cité de David dans la maison qu’il lui avait fait construire, car il disait: ‘Ma femme ne doit pas habiter dans la maison de David, roi d’Israël, qui fut sanctifiée lorsque y entra l’arche du Seigneur 2 Chroniques 8,11. ”. Voilà, je voudrais que tu me dises si tu juges que cette mesure fut juste ou non, et pourquoi.”

“Sans aucun doute elle était juste car le respect pour la maison de David sanctifiée du fait que l’arche du Seigneur y était entrée, l’exigeait.”

“Mais le fait d’être l’épouse de Salomon ne rendait-il pas la fille du Pharaon digne d’habiter dans la maison de David? La femme ne devient-elle pas selon la parole d’Adam “os des os” du mari et “chair de sa chair”? Si elle est telle, comment peut-elle profaner si elle ne profane pas l’époux?”

“Il est dit dans le premier livre d’Esdras: “Vous avez péché en épousant des femmes étrangères et ajouté ce délit aux nombreux délits d’Israël Esdras 10,10. ”. Et une des causes de l’idolâtrie de Salomon est justement due à ces mariages avec des femmes étrangères. Dieu l’avait dit: “Elles, les étrangères, pervertiront vos cœurs jusqu’à vous faire suivre des dieux étrangers 1 Rois 11,2. ”. Les conséquences, nous les connaissons.”