“Non. Toi, reste où tu es. Je le veux, Moi” dit Jésus d’une voix dominatrice et avec un tel éclair dans les yeux, et une maîtrise dans toute sa personne qui empêche presque de le regarder.
Et puis, plus doucement:
“Toi, reste où tu es. Et si quelqu’un ne supporte pas ton voisinage qu’il s’en aille, lui seulement.”
Et Jésus se remet en route en se dirigeant vers la partie occidentale de la ville.
242.5 – “Maître!” crie le romain corpulent et âgé qui a défendu Marie-Madeleine.
Jésus se retourne.
“Ils t’appellent Maître, et moi aussi je te donne ce nom. Je désirais t’entendre parler. Je suis à moitié philosophe, à moitié jouisseur, mais tu pourrais, Toi, peut-être faire de moi un homme honnête.”
Jésus le regarde fixement et dit:
“Je quitte la ville où règne la bassesse de l’animalité humaine et où le mépris est souverain.” Et il se remet à marcher.
L’homme, derrière, suant et se fatiguant car le pas de Jésus est alerte, et lui est gros et vieillot, alourdi aussi par les vices. Pierre qui s’est retourné en avertit Jésus.
“Laisse-le marcher. Ne t’en occupe pas.”
Peu après, c’est l’Iscariote qui dit:
“Mais cet homme nous suit. Ce n’est pas bien!”
“Pourquoi? Par pitié ou pour un autre motif?”
“Pitié de lui? Non. C’est parce que un peu plus en arrière le scribe de tout à l’heure nous suit avec d’autres juifs.”
“Laisse-les faire. Mais il aurait mieux valu que tu aies pitié de lui que de toi.”
“De Toi, Maître.”
“Non, de toi, Judas. Sois franc pour te rendre compte de tes sentiments et pour les reconnaître.”
“Moi, j’ai vraiment pitié de ce vieil homme. On se fatigue, sais-tu, à te suivre?” dit Pierre tout en sueur.
“Pour suivre la Perfection, on se fatigue toujours, Simon.”
L’homme les suit infatigable, en cherchant à rester près des femmes, auxquelles pourtant il n’adresse jamais la parole.
242.6 – Marie-Madeleine pleure silencieusement sous son voile.
“Ne pleure pas, Marie” lui dit la Madone pour la réconforter en lui prenant la main. “Après, le monde te respectera, ce sont les premiers jours qui sont les plus pénibles.”
“Oh! Ce n’est pas pour moi! Mais pour Lui. Si je devais Lui faire du mal, je ne me le pardonnerais pas. Tu as entendu le scribe, ce qu’il a dit? Moi, je le compromets.”
“Pauvre fille! Mais ne sais-tu pas que ces paroles sifflent comme autant de serpents autour de Lui, avant même que tu n’aies pensé à venir vers Lui? Simon m’a dit qu’ils l’accusaient de cela dès l’an dernier parce qu’il avait guéri une lépreuse, autrefois pécheresse La Belle de Corozaïn, il y a un an en effet (juillet-août). Cf. EMV 94. , qu’il avait vue au moment du miracle et puis plus jamais par la suite, une femme plus âgée que moi, qui suis sa mère. Mais, ne sais- tu pas qu’il a dû s’enfuir de “La Belle Eau” parce qu’une de tes sœurs, malheureuse, y était allée pour se racheter Aglaé. Cf. EMV 133. ?