“C’est vrai, Marthe. Mais il faut qu’il en soit ainsi. Si elle n’affronte pas tout de suite le monde, et ne brise pas cet horrible tyran qu’est le respect humain, son héroïque conversion reste paralysée. Tout de suite et avec nous.”
239.4 – “Avec nous personne ne lui dira rien. Je te l’assure, Marthe, et aussi au nom de tous mes compagnons” promet Pierre.
“Mais, bien sûr! Nous l’entourerons comme une sœur. C’est ce qu’elle est, comme l’a dit Marie, et c’est cela qu’elle sera pour nous” confirme le Thaddée.
“Et puis!… Nous sommes tous pécheurs, et le monde ne nous a pas épargnés, nous non plus. Aussi nous comprenons ses luttes” dit le Zélote.
“Moi, je la comprends mieux que tous. Il est très méritoire de vivre dans les lieux où nous avons péché. Les gens savent qui nous sommes!… C’est une torture, mais c’est aussi une justice et une gloire d’y résister. Justement, parce qu’est évidente en nous la puissance de Dieu, nous amenons à des conversions, même sans ouvrir la bouche” dit Matthieu.
“Tu le vois, Marthe, que ta sœur est comprise de tous et aimée de tous. Et elle le sera toujours plus. Elle deviendra un signal indicateur pour tant d’âmes coupables et tremblantes. C’est une grande force pour les bons aussi. Car, lorsque Marie aura brisé les dernières chaînes de ses sentiments humains, elle sera un feu d’amour. Elle a seulement changé de direction l’exubérance de son senti- ment. Elle a reporté sur un plan surnaturel la puissante faculté d’aimer qu’elle possède, et ensuite elle accomplira des prodiges.
Je vous l’assure. Maintenant elle est encore troublée, mais vous la verrez, jour après jour, se pacifier et se fortifier dans sa nouvelle vie. Dans la maison de Simon Simon le pharisien, Voir EMV 236 , j’ai dit: “Il lui a été beaucoup pardonné parce qu’elle aime beaucoup”. Maintenant je vous dis qu’en vérité tout lui sera pardonné parce qu’elle aimera son Dieu de toute sa force, de toute son âme, de toute sa pensée, de tout son sang, de toute sa chair Deutéronome 6, 5. , jusqu’à l’holocauste.”
“Bienheureuse est celle de mériter ces paroles! Je voudrais les mériter moi aussi” soupire André.
“Toi? Mais tu les mérites déjà!
239.5 – Viens ici, mon pêcheur. Je veux te raconter une parabole qui semble faite justement pour toi.”
“Maître, attends. Je vais chercher Marie. Elle désire tant connaître ta doctrine!…”
Pendant que Marthe sort, les autres disposent les sièges de manière à faire un demi-cercle autour de celui de Jésus.
Les deux sœurs reviennent et reprennent leur place à côté de Marie très Sainte.
Jésus commence à parler:
“Des pêcheurs prirent le large et jetèrent à la mer leurs filets et après le temps nécessaire les tirèrent à bord. C’est avec beaucoup de fatigue qu’ils accomplissaient ainsi leur travail par ordre d’un maître qui les avait chargés de fournir sa ville de poissons de premier choix en leur disant aussi: “Pour les poissons nuisibles ou de mauvaise qualité, ne les transportez même pas à terre. Rejetez-les à la mer. D’autres pêcheurs les prendront. Comme ils travaillent pour un autre patron, ils les porteront à sa ville parce que là on consomme ce qui est nuisible et ce qui rend de plus en plus horrible la ville de mon ennemi. Dans la mienne: belle, lumineuse, sainte, il né doit entrer rien de malsain”.
Une fois le filet tiré à bord, les pêcheurs commencèrent le triage. Les poissons étaient abondants, d’aspect, de grosseur et de couleurs différents. Il y en avait de bel aspect mais dont la chair était pleine d’arêtes, d’un goût détestable dont la panse était remplie de boue, de vers, d’herbes en décomposition qui augmentaient le goût détestable de la chair des poissons. D’autres, au contraire, avaient un aspect désagréable, une gueule qui semblait le visage d’un criminel ou d’un monstre de cauchemar, mais les pêcheurs savaient que leur chair est exquise. D’autres, parce qu’ils étaient insignifiants, passaient inaperçus. Les pêcheurs travaillaient, travaillaient. Les paniers étaient déjà remplis de poissons exquis, et dans le filet il y avait des poissons insignifiants. “Maintenant, cela suffit. Les paniers sont pleins. Jetons tout le reste à la mer” dirent de nombreux pêcheurs.
Mais l’un d’eux qui avait peu parlé, alors que les autres vantaient ou tournaient en ridicule les poissons qui leur tombaient entre les mains, resta à fouiller dans le filet et parmi le menu fretin découvrit encore deux ou trois poissons qu’il mit par-dessus les autres dans les paniers. “Mais, que fais-tu?” demandèrent les autres. “Les paniers sont pleins, superbes. Tu les abîmes en mettant par-dessus, de travers, ce pauvre poisson-là. On dirait que tu veuilles le faire passer pour le plus beau”.
“Laissez-moi faire. Je connais cette race de poissons et je sais quel profit et quel plaisir ils donnent”.
C’est la parabole qui se termine avec la bénédiction du patron au pêcheur patient, connaisseur et silencieux qui a su distinguer dans la masse les meilleurs poissons.
239.6 – Maintenant écoutez l’application que j’en fais.
Le maître de la cité belle, lumineuse, sainte, c’est le Seigneur. La cité, c’est le Royaume des cieux. Les pêcheurs, mes apôtres. Les poissons de la mer, l’humanité où se trouvent toutes sortes de personnes. Les bons poissons, les saints.
Le maître de la cité affreuse, c’est Satan. La cité horrible, l’Enfer. Ses pêcheurs le monde, la chair, les passions mauvaises incarnées dans les serviteurs de Satan, soit spirituels c’est-à-dire les démons, soit humains qui sont les corrupteurs de leurs semblables. Les mauvais poissons, l’humanité indigne du Royaume des Cieux, les damnés.
Parmi ceux qui pêchent des âmes pour la Cité de Dieu, il y aura toujours ceux qui rivaliseront avec le savoir patient du pêcheur qui sait persévérer dans la recherche, justement dans les couches de l’humanité où ses autres compagnons plus impatients ont enlevé seulement ce qui paraissait bon à première vue. Et il y aura aussi malheureusement des pêcheurs qui, étant distraits et bavards, alors que le triage demande attention et silence pour entendre la voix des âmes et les indications surnaturelles, ne verront pas les bons poissons et les perdront. Et il y en aura qui, par trop d’intransigeance, repousseront aussi les âmes qui ne sont pas parfaites extérieurement mais excellentes pour tout le reste.
Que vous importe si un des poissons que vous capturez pour Moi, montre les signes des luttes passées, présente les mutilations produites par tant de causes, si elles ne blessent pas son esprit? Que vous importe si un de ceux-ci, pour se délivrer de l’Ennemi, s’est blessé et se présente avec ces blessures, si son intérieur manifeste la claire volonté de vouloir appartenir à Dieu?
Âmes éprouvées, âmes sûres. Plus que celles qui sont comme des enfants sauvegardés par les langes, le berceau, la mère et qui dorment rassasiés et bons ou sourient tranquilles, mais qui pourtant par la suite, avec la raison et l’âge et les vicissitudes de la vie qui se présentent, pourront donner de douloureuses surprises de déviations morales.