238.6 – Capharnaüm est un désert. y règnent en maîtres le vent, la pluie, le tonnerre, les éclairs, et maintenant la grêle qui résonne et rebondit sur les terrasses et les façades. Le lac est effrayant tant il en impose. Les maisons voisines sont giflées par les vagues car la petite plage n’existe plus. Les barques, tirées à l’abri près des maisons, semblent naufragées tant elles sont remplies d’eau que chaque vague va rejoindre en faisant déborder celle qui y est déjà.
Ils entrent en courant dans le jardin, devenu un énorme marécage où flottent des débris sur l’eau agitée, et de là dans la cuisine où tout le monde est rassemblé. Marthe pousse un cri aigu quand elle voit sa sœur que Marie tient par la main.
Elle se jette à son cou sans remarquer comme elle se mouille en le faisant, elle l’embrasse, l’appelle:
“Miri, Miri, ma joie!”
Peut-être était-ce le diminutif qui leur servait quand Marie-Madeleine était toute petite.
Marie pleure, penchée, la tête sur l’épaule de sa sœur, couvrant le vêtement sombre de Marthe d’un lourd voile d’or, unique chose qui brille dans la cuisine obscure où brûle seulement un feu de brindilles pour dissiper les ténèbres que n’arrive pas à vaincre une petite lampe allumée.
Les apôtres sont stupéfaits et aussi le maître de maison et sa femme qui se sont montrés, au cri de Marthe, mais qui après un moment de curiosité compréhensible se retirent discrètement.
238.7 – Quand la fureur des embrassements s’est un peu calmée, Marthe pense de nouveau à Jésus, à Marie, à l’étrangeté de leur arrivée tous ensemble et elle demande à sa sœur, à la Madone, à Jésus, et je ne saurais dire à qui avec plus d’insistance:
“Mais comment? Comment se fait-il que nous soyons tous ensemble?”
“L’orage, Marthe, approchait. Je suis allé avec Simon, Jacques et ton serviteur à la rencontre des deux voyageuses.”
Marthe est tellement étonnée qu’elle ne réfléchit pas au fait que Jésus allait ainsi avec assurance à leur rencontre et elle ne demande pas:
“Mais tu savais?”
C’est Thomas qui le demande à Jésus, mais il n’obtient pas de réponse, car Marthe dit à sa sœur:
“Mais, comment se fait-il que tu sois avec Marie?”
Marie-Madeleine baisse la tête. La Madone vient à son secours en la prenant par la main et en disant:
“Elle est venue chez moi comme une voyageuse qui s’en va où on peut lui enseigner le chemin pour arriver à son but. Et elle m’a dit: “Apprends-moi comment faire pour appartenir à Jésus”. Oh! Comme elle a une volonté vraie et complète, elle a tout de suite compris et appris cette sagesse! Et moi, je l’ai trouvée tout de suite prête pour la prendre par la main, comme je fais, afin de la conduire à Toi, mon Fils, à toi, bonne Marthe, à vous, frères disciples, et pour vous dire: “Voici la disciple et la sœur qui ne donnera que de surnaturelles joies à son Seigneur et à ses frères”. Veuillez me croire et l’aimer tous, comme Jésus et moi nous l’aimons.”
238.8 – Alors les apôtres s’approchent pour saluer la nouvelle sœur, Il n’est pas exclu qu’il y ait de la curiosité… mais comment faire?! Oui, ce sont encore des hommes…
C’est avec son bon sens que Pierre dit:
“Tout va bien. Vous les assurez de votre aide et de votre amitié sainte. Mais il faudrait penser que la Mère et la sœur sont trempées… Nous le sommes nous aussi, à vrai dire… Mais pour elles c’est pire. Leurs cheveux dégouttent comme les saules après l’ouragan, les vêtements sont salis par la boue et trempés. Faisons du feu, demandons des vêtements, préparons de la nourriture chaude…”
Tout le monde se met au travail et Marthe conduit dans la chambre les deux voyageuses trempées, pendant qu’on active le feu et qu’on étend devant la flamme les manteaux, les voiles, les vêtements absolument trempés. Je ne sais pas comment ils y arrivent… Je sais que Marthe, qui a retrouvé son allant d’excellente maîtresse de maison, va et vient, pleine d’empressement avec des chaudrons d’eau chaude, des tasses de lait fumant, des vêtements prêtés par la propriétaire pour venir au secours des deux Marie…