Mais l’homme offre une somme toujours plus forte, disproportionnée avec la valeur du champ et il finit par décider le propriétaire qui pense: “Cet homme est fou! Mais puisqu’il l’est, j’en profite. Je prends la somme qu’il m’offre. Ce n’est pas de l’usure, puisque c’est lui qui veut me la donner. Avec elle je m’achèterai au moins trois autres champs, et plus beaux” et il vend, convaincu d’avoir fait une affaire merveilleuse.

Mais, au contraire, c’est l’autre qui fait une bonne affaire, car il se prive d’objets qu’un voleur peut emporter ou que l’on peut perdre ou consommer, et il se procure un trésor qui, parce qu’il est vrai, naturel, est inépuisable.

Cela vaut donc la peine qu’il sacrifie ce qu’il a pour cette acquisition, en restant pendant quelque temps avec la seule possession du champ, mais en réalité il possède pour toujours le trésor qui y est caché.

Vous, vous l’avez compris et vous faites comme l’homme de la parabole. Quittez les richesses éphémères pour posséder le Royaume des Cieux. Vous les vendez aux imbéciles de ce monde, les leur cédez, acceptez qu’on se moque de vous pour ce qui, aux yeux du monde, paraît une sotte manière d’agir. Agissez ainsi, toujours, et un jour votre Père qui est dans les Cieux, avec joie vous donnera votre place dans le Royaume.

Retournez dans vos maisons avant que vienne le sabbat et, pendant le jour du Seigneur, pensez à la parabole du trésor qu’est le Royaume céleste. La paix soit avec vous.”

237.5 - Les gens s’éparpillent lentement sur les routes et les sentiers de campagne pendant que Jésus s’en va en direction de Capharnaüm dans le soir qui descend.

Il y arrive en pleine nuit. Ils traversent en silence la ville silencieuse au clair de la lune qui est la seule lampe qui existe pour les ruelles obscures et mal pavées. Ils entrent en silence dans le petit jardin à côté de la maison, croyant que tout le monde est au lit.

Mais, au contraire, une lampe luit dans la cuisine et trois ombres, rendues mobiles par le mouvement de la flamme, se projettent sur le muret blanc du four qui est tout près.

“Il y a des gens qui t’attendent, Maître. Mais cela ne peut pas aller ainsi! Maintenant je vais leur dire que tu es trop fatigué. Monte sur la terrasse en attendant.”

“Non, Simon. Je vais à la cuisine. Si Thomas a retenu ces personnes, c’est signe qu’il y a un motif sérieux.”

Mais, pendant ce temps, ceux qui sont à l’intérieur ont entendu le chuchotement et Thomas, le propriétaire de la maison, vient sur le seuil.

“Maître, il y a la dame habituelle. Elle t’attend depuis hier au coucher du soleil. Elle est avec un serviteur”

Puis, à voix basse:

“Elle est très agitée. Elle pleure sans arrêt…”

“C’est bien. Dis-lui devenir en haut. Où a-t-elle dormi?”

“Elle ne voulait pas dormir, mais finalement elle s’est retirée pour quelques heures vers l’aube, dans ma chambre. Le serviteur, je l’ai fait dormir dans un de vos lits.”

“C’est bien, il y dormira encore cette nuit et toi, tu dormiras dans le mien.”

“Non, Maître. J’irai sur la terrasse, sur des nattes. Je dormirai aussi bien.”

237.6 - Jésus monte sur la terrasse. Voilà Marthe qui monte, elle aussi.

“La paix à toi, Marthe.”

Un sanglot Lui répond.

“Tu pleures encore? Mais n’es-tu pas heureuse?”

De la tête Marthe fait signe que non.

“Mais pourquoi, donc? …”

Une longue pause, pleine de sanglots. Enfin, dans un gémissement: