“Mais tu ne devais pas le lui donner dans cette maison, publiquement…” Lui reproche l’Iscariote.
“Mais je ne vois pas en quoi je me suis trompé.”
“En ceci: tu sais ce que sont les pharisiens, combien d’arguties ils ont en tête, comme ils te surveillent, comme ils te calomnient, comme ils te haïssent. Il y en avait un, à Capharnaüm, qui était un ami et c’était Simon. Et tu appelles dans sa maison une prostituée pour profaner sa maison et scandaliser l’ami Simon.”
“Je ne l’ai pas appelée, Moi. Elle y est venue. Ce n’était pas une prostituée, c’était une repentie. Cela change beaucoup. Si on n’avait pas de dégoût de l’approcher avant et de toujours la désirer, même en ma présence, maintenant qu’elle n’est plus une chair mais une âme, on ne doit pas avoir de dégoût de la voir entrer pour s’agenouiller à mes pieds et pleurer, en s’accusant, s’humiliant dans une humble confession publique que renferment ces pleurs. Simon le pharisien a eu sa maison sanctifiée par un grand miracle: “la résurrection d’une âme”. Sur la place de Capharnaüm, il y a maintenant cinq jours, il me demandait: “Tu as fait ce seul miracle?” et il répondait lui-même: “Certainement pas” et il avait un grand désir d’en voir un. Je le lui ai donné. Je l’ai choisi pour être le témoin, le paranymphe de ces fiançailles de l’âme avec la Grâce. Il doit en être fier.”
“Au contraire, il en est scandalisé. Peut-être tu as perdu un ami.”
“J’ai trouvé une âme. Cela vaut la peine de perdre l’amitié d’un homme, sa pauvre amitié d’homme, pour rendre à une âme l’amitié avec Dieu.”
“C’est inutile. Avec Toi, on ne peut obtenir une réflexion humaine. Nous sommes sur la terre, Maître! Rappelle-le-toi. Et ce sont les lois et les idées de la terre qui prédominent. Tu agis suivant la méthode du Ciel, tu te meus dans ton Ciel que tu as dans le cœur, tu vois tout à travers les clartés du Ciel. Mon pauvre Maître! Comme tu es divinement incapable de vivre parmi nous qui sommes pervers!” Judas l’Iscariote l’embrasse, admiratif et désolé, disant pour terminer: “Et je m’en afflige, parce que tu te crées tant d’ennemis par excès de perfection.”
“Ne t’en afflige pas, Judas. Il est écrit qu’il en est ainsi. Mais comment sais-tu que Simon est offensé?”
“Il n’a pas dit qu’il est offensé, mais à Thomas et à moi, il a fait comprendre que ce n’est pas une chose à faire. Tu ne devais pas l’inviter dans sa maison, où il n’entre que des personnes honnêtes.”
“Bien! Pour l’honnêteté des gens qui vont chez Simon, n’en parlons pas” dit Pierre.
“Et je pourrais dire que la sueur des prostituées a coulé plusieurs fois sur le dallage, sur les tables, et ailleurs chez Simon le pharisien” dit Mathieu.
“Mais pas publiquement” réplique l’Iscariote.
“Non, avec une hypocrisie attentive à le cacher.”
“Tu vois qu’il change alors.”
“C’est un changement aussi l’entrée d’une prostituée qui entre pour dire: “Je laisse mon péché infâme” au lieu de celle qui entre pour dire: “Me voici à toi pour accomplir ensemble le péché”
“Mathieu a raison” disent-ils tous.
“Oui il a raison. Mais eux ne pensent pas comme nous et il faut en venir à des compromis avec eux, s’adapter à eux pour les avoir comme amis.”
“Cela jamais, Judas. En matière de vérité, d’honnêteté, de conduite morale, il n’y a pas d’adaptation ni de compromis” dit Jésus d’une voix de tonnerre. Et il termine: “Du reste, je sais que j’ai bien agi, et en vue du bien. Cela suffit.
237.4 - Allons congédier ces gens fatigués.”
Et il s’en va vers ceux qui, éparpillés sous les arbres, regardent dans sa direction, anxieux de l’entendre.
“La paix à vous tous qui, pendant des stades et à la canicule, êtes venus entendre la Bonne Nouvelle. En vérité je vous dis que vous commencez à comprendre ce qu’est le Royaume de Dieu, combien précieuse est sa possession et combien il est heureux de lui appartenir. Et pour vous toute fatigue perd la valeur qu’elle a pour les autres, parce que l’âme commande en vous et dit à la chair: “Réjouis-toi que je t’accable. C’est pour ton bonheur que je le fais. Quand tu seras réunie à moi, après la résurrection finale, tu m’aimeras dans la mesure où je t’ai piétinée et tu verras en moi ton second sauveur”. N’est-ce pas ce que dit votre esprit? Mais bien sûr qu’il le dit!
Vous maintenant vous basez vos actions sur l’enseignement de mes paraboles lointaines. Mais maintenant je vous donne d’autres lumières pour vous rendre toujours plus énamourés de ce Royaume qui vous attend et dont la valeur est sans mesure.
Écoutez: Un homme était allé par hasard dans un champ pour prendre du terreau et le porter dans son jardin. Voilà qu’en creusant avec fatigue la terre dure, il trouve sous une couche de terre un filon de métal précieux. Que fait alors cet homme? Il recouvre de terre sa découverte. Il n’hésite pas à travailler davantage encore, car la découverte en vaut la peine. Et puis, il va chez lui, rassemble toutes ses richesses en argent et en objets, et ces derniers il les vend pour avoir beaucoup d’argent. Puis il va trouver le propriétaire du champ et lui dit:
“Ton champ me plaît. Combien en veux-tu?”
“Mais il n’est pas à vendre” dit l’autre.