Voyez comme le Seigneur est modéré dans ses volontés. il n’exige pas des conversions foudroyantes. il ne prétend pas à l’absolu d’un cœur. il sait attendre. il sait se contenter. Et pendant qu’il attend que celle qui est perdue retrouve le chemin, que la folle retrouve la raison, il se contente de ce que peut Lui donner la mère bouleversée. Je lui demande seulement: “Peux-tu pardonner?” Combien d’autres choses j’aurais eu à lui demander, pour la rendre digne du miracle si j’avais jugé comme les hommes! Mais je mesure divinement vos forces. Pour cette pauvre mère bouleversée, c’était déjà beaucoup d’arriver à pardonner, et je ne lui demande que cela à cette heure. Après, lui ayant rendu son fils, je lui dis: “Sois sainte et rends sainte ta maison”. Mais pendant qu’elle est bouleversée, je ne lui demande que le pardon pour la coupable. On ne doit pas tout exiger de celui qui, peu avant, était dans le néant des ténèbres. Cette mère serait ensuite venue à la lumière totale et, avec elle, l’épouse et les enfants. Sur le moment, à ses yeux aveuglés par les larmes, il fallait faire arriver le crépuscule de la Lumière: le pardon, l’aube du jour de Dieu.

234.6 - De ceux qui étaient présents - je ne compte pas Judas, je parle des gens accueillis à cet endroit, pas de mes disciples - un seul ne serait pas venu à la Lumière. Ces défaites accompagnent les victoires de l’apostolat. Il y a toujours quelqu’un pour qui l’apôtre se fatigue vainement. Mais elles ne doivent pas, ces défaites, faire perdre courage.

L’apôtre ne doit pas prétendre tout obtenir. Contre lui existent des forces adverses qui portent une foule de noms et qui, comme les tentacules des pieuvres, ressaisissent la proie qu’il leur avait arrachée. Le mérite de l’apôtre reste le même. Malheureux l’apôtre qui dit: ” Je sais que là je ne pourrai convertir, et donc je n’y vais pas”. Celui-là est un apôtre sans valeur. Il faut y aller même s’il y en a qu’un sur mille qui se sauvera. La journée de l’apôtre sera fructueuse pour ce seul homme, comme elle le serait pour mille. Car il aura fait tout ce qu’il pouvait, et c’est cela que Dieu récompense.

Il faut aussi penser que là où l’apôtre ne peut faire de conversions parce que celui qu’on doit convertir est trop accaparé par Satan et que les forces de l’apôtre sont insuffisantes pour l’effort demandé, Dieu peut intervenir. Et alors? Qui est plus que Dieu? Psaume 76 (Hébreu 77),14 – "Dieu, ton chemin n'est que sainteté ! Quel dieu est aussi grand que Dieu ?"

234.7 - Autre chose que doit absolument pratiquer l’apôtre, c’est l’amour. L’amour manifeste. Pas seulement l’amour secret des Cœurs fidèles. Cela suffit pour les frères qui sont bons. Mais l’apôtre est un ouvrier de Dieu, et il ne doit pas se borner à prier: il doit agir. Qu’il agisse avec amour, un grand amour. La rigueur paralyse le travail de l’apôtre et le mouvement des âmes vers la Lumière. Pas de rigueur, mais de l’amour. L’amour c’est le vêtement d’amiante que les flammes des mauvaises passions ne peuvent attaquer. L’amour vous sature d’essences préservatrices qui empêchent la pourriture humano-satanique de pénétrer en vous. Pour conquérir une âme, il faut savoir l’aimer. Pour conquérir une âme, il faut l’amener à aimer. À aimer le Bien en repoussant tous ses pauvres amours de péché.

J’ai voulu l’âme de Marie. Et comme pour toi, petit Jean, je ne me suis pas borné à parler de ma chaire de Maître. Je suis descendu la chercher sur les chemins du péché. Je l’ai poursuivie et persécutée de mon amour. Douce persécution! Je suis entré, Moi la Pureté, où elle était, elle l’Impureté. Je n’ai pas redouté le scandale, ni pour Moi ni pour les autres. Le scandale ne pouvait entrer en Moi parce que j’étais la Miséricorde, et celle-ci pleure sur les fautes mais ne s’en scandalise pas. Malheureux le pasteur qui se scandalise et qui se retranche derrière ce paravent pour abandonner une âme!

Ne savez-vous pas que les âmes se relèvent plus facilement que les corps et que la parole de pitié et d’amour qui dit: “Ma sœur, relève-toi, pour ton bien” opère souvent le miracle? Je ne craignais pas le scandale d’autrui. Aux yeux de Dieu, mon action était justifiée. Aux yeux des bons, elle était comprise. L’œil malveillant en qui fermente la malice qui se dégage d’un intérieur corrompu, n’a aucune valeur. Il trouve des fautes même en Dieu. Il ne voit de parfait que lui-même. Je ne m’en souciais donc pas.

234.8 - Voici les trois conditions du salut d’une âme:

Être d’une grande intégrité pour pouvoir parler sans crainte d’être réduit au silence. Parler à toute une foule, de façon que notre parole apostolique qui s’adresse à elle qui se groupe autour de la barque mystique aille, par des ondulations qui s’étendent, toujours plus loin, jusqu’à la rive boueuse où sont couchés ceux qui stagnent dans la boue et ne se soucient pas de connaître la Vérité.

C’est le premier travail à faire pour briser la croûte de la glèbe dure et la préparer aux semailles. C’est le travail plus sévère, pour celui qui l’accomplit et pour celui qui le supporte parce que la parole doit, comme le soc tranchant, blesser pour ouvrir. Et en vérité je vous dis que le cœur de l’apôtre qui est bon se blesse et saigne par la souffrance de devoir blesser pour ouvrir. Mais cette douleur aussi est féconde. C’est par le sang et les pleurs de l’apôtre que devient fertile la glèbe inculte.

Seconde qualité: Travailler même là où quelqu’un, qui comprendrait mal sa mission, s’enfuirait. Se briser en s’efforçant d’arracher: l’ivraie, le chiendent et les épines pour mettre à nu le terrain labouré et faire briller sur lui, comme un soleil, la puissance de Dieu et sa bonté, et en même temps en qualité de juge et de médecin être sévère et pourtant plein de pitié, s’arrêtant pour attendre, pour donner le temps aux âmes de surmonter la crise, de réfléchir, de décider.

Troisième point: Dès que l’âme qui dans le silence s’est repentie, en pleurant et en méditant ses erreurs, ose venir timidement vers l’apôtre, craignant d’être chassée, que l’apôtre ait un cœur plus grand que la mer, plus doux qu’un cœur demaman, plus énamouré qu’un cœur d’époux et qui l’ouvre tout grand pour en faire couler des flots de tendresse. Si vous avez Dieu en vous, Dieu qui est Charité, vous trouverez facilement les paroles de charité qu’il faut dire aux âmes. Dieu parlera en vous et par vous et comme le miel qui coule d’un rayon, comme le baume qui coule d’une ampoule, l’amour ira sur les lèvres brûlées et dégoûtées, ira aux esprits blessés et sera soulagement et remède.

234.9 - Faites que les pécheurs vous aiment, vous, docteurs des âmes. Faites qu’elles goûtent la saveur de la Charité céleste et en deviennent anxieuses de ne plus chercher d’autre nourriture. Faites qu’elles éprouvent en votre douceur un tel soulagement qu’elles le cherchent pour toutes leurs blessures. Il faut que votre charité écarte d’eux toute crainte parce que, comme le dit l’épître que tu as lue aujourd’hui: “La crainte suppose le châtiment. Celui qui craint n’est pas parfait en charité Première lettre de Jean 4,18. ”. Mais ne l’est pas non plus celui qui fait craindre.

Ne dites pas: “Qu’as-tu fait?” Ne dites pas: “Va-t-en”. Ne dites pas: “Tu ne peux pas goûter l’amour bon”. Mais dites, dites en mon nom: “Aime et je te pardonne”. Mais dites: “Viens, les bras de Jésus sont ouverts”. Mais dites: “Goûte ce Pain angélique et cette Parole et oublie la poix d’enfer et le mépris de Satan”. Faites-vous bêtes de somme pour les faiblesses d’autrui. L’apôtre doit porter son fardeau et celui d’autrui en même temps que ses croix et celles d’autrui. Et, quand vous venez à Moi chargés des brebis blessées, rassurez-les, ces brebis errantes, et dites: “Tout est oublié à partir de maintenant”; dites: “N’aie pas peur du Sauveur. Il est venu du Ciel pour toi, exprès pour toi. Je ne suis que le pont pour te conduire à Lui qui t’attend, outre le canal de l’absolution pénitentielle, pour t’amener à ses pâturages saints, dont le commencement est ici sur la terre, mais continuent ensuite, dans une Beauté éternelle qui nourrit et charme, dans les Cieux”.

234.10 - Voilà le commentaire. Il vous concerne peu, vous brebis fidèles au Bon Pasteur. Mais pour toi, petite épouse, il sera un accroissement de confiance, pour le Père (Migliorini) il sera encore plus de lumière dans sa lumière de juge, pour beaucoup il sera non pas l’aiguillon qui pousse au Bien, mais il sera la rosée dont j’ai parlé, qui pénètre et nourrit et qui fait se redresser les fleurs flétries. Levez la tête. Le Ciel est là-haut.

Va en paix, Maria. Le Seigneur est avec toi.”