234 – Commentaire en trois points sur la conversion de Marie-Madeleine
13 août 1944
Catéchèse du dimanche 13 août 1944.
Jésus dit:
234.1 - “Depuis Janvier, depuis le moment où je t’ai fait voir le souper dans la maison de Simon le lépreux, toi et celui qui te guide, vous avez désiré connaître davantage Marie de Magdala et les paroles que je lui avais adressées. Sept mois après, je vous découvre ces pages du passé pour vous faire plaisir et pour donner une règle de conduite à ceux qui doivent savoir se pencher sur ces âmes lépreuses, et une voix qui s’adresse à ces malheureux qui étouffent dans leur tombeau de vice, pour qu’ils en sortent.
234.2 - Dieu est bon. Avec tout le monde, Il est bon. Il ne se sert pas des mesures humaines. Il ne fait pas de différence entre péché et péché mortel. Le péché, quel qu’il soit, l’afflige. Le repentir le rend joyeux et prêt à pardonner. La résistance à la Grâce le rend inexorablement sévère car la Justice ne peut pardonner à l’impénitent qui meurt en cet état malgré tous les secours qu’il a eus pour se convertir.
Mais, dans les conversions manquées, il y en a sinon la moitié, au moins quatre sur dix, qui ont pour cause première la négligence de ceux qui sont chargés des conversions, un zèle mal compris et menteur qui est un voile qu’ils mettent sur un réel égoïsme et sur leur orgueil qui leur permet de rester tranquilles dans leur propre asile, sans descendre dans la boue pour en arracher un cœur. “Moi, je suis pur, je suis digne de respect. Je ne vais pas là où il y a de la pourriture et où on peut me manquer de respect”. Mais celui qui parle ainsi n’a pas lu l’Evangile où il est dit que le Fils de Dieu alla convertir les publicains et les prostituées pas seulement les honnêtes gens de l’ancienne Loi? Mais ne pense-t-il pas celui-là que l’orgueil est une impureté de l’esprit, que le manque de charité est une impureté du cœur? Tu seras vilipendé? Moi, je l’ai été avant toi et plus que toi, et j’étais le Fils de Dieu.
Tu devras mettre ton vêtement au contact de l’impureté? Et Moi, ne l’ai-je pas touchée de mes mains, cette impureté, pour qu’elle se redresse et que je lui dise: “Marche sur ce nouveau chemin”?
Ne vous souvenez-vous pas de ce que j’ai dit à vos premiers prédécesseurs? “Dans n’importe quel cité ou village où vous entrerez, renseignez-vous s’il y a quelqu’un qui le mérite, et demeurez près de lui” Cf. Matthieu 10,11-14 - Marc 6,10-11 - Luc 10,5-6 – Voir aussi EMV 265. . Cela pour que le monde ne jase pas. Le monde est trop disposé à voir le mal en toutes choses. Mais j’ai ajouté: “En entrant ensuite dans les maisons - j’ai dit ‘maisons’ et non pas ‘maison’ - saluez en disant: “Paix à cette maison”. Si la maison en est digne, la paix viendra sur elle, si elle ne l’est pas, la paix reviendra vers vous!’, Cela pour vous enseigner que jusqu’à la preuve certaine de l’impénitence, vous devez avoir pour tous le même cœur. Et j’ai complété l’enseignement en disant: “Et si quelqu’un ne vous reçoit pas et n’écoute pas vos paroles, en sortant de ces maisons et de ces cités secouez la poussière qui est restée attachée à vos semelles”. La fornication, sur les bons que la Bonté aimée avec constance transforme pour ainsi dire en un bloc poli de cristal, n’est que de la poussière. Une poussière qu’il suffit de secouer ou de souffler sur elle pour qu’elle s’envole sans laisser de blessure.
Soyez vraiment bons, un seul bloc, avec la Bonté éternelle au centre, et aucune corruption ne pourra monter pour vous souiller au-dessus des semelles qui s’appuient sur le sol. L’âme est tellement au-dessus! L’âme de celui qui est bon et de qui n’est qu’une chose avec Dieu. L’âme est au Ciel. Là n’arrive pas la poussière et la boue, même, si elle est lancée avec rancœur contre l’esprit de l’apôtre.
Elle peut atteindre la chair, vous blesser matériellement et moralement en vous persécutant parce que le Mal hait le bien, ou en vous offensant. Et qu’est-ce que cela fait? N’ai-je pas été offensé, Moi? N’ai-je pas été blessé? Mais est-ce que ces coups et ces paroles obscènes ont fait impression sur mon Esprit? L’ont-ils troublé? Non. Comme un crachat sur un miroir et comme un caillou lancé contre la pulpe juteuse d’un fruit, ils ont glissé sans pénétrer ou bien ils ont pénétré, mais seulement en surface, sans blesser le germe renfermé dans le noyau, en favorisant, au contraire, la germination car il est plus facile pour le germe de sortir d’une masse entrouverte que de celle qui est entière. C’est en mourant que le grain germe et que l’apôtre devient fécond. En mourant matériellement parfois, en mourant presque journellement au sens métaphorique parce que le moi humain n’en est que brisé. Et ce n’est pas la mort: c’est la Vie. C’est le triomphe de l’esprit sur ce qui n’est qu’humain.
234.3 - Elle est venue à Moi par un caprice d’oisive qui ne sait comment occuper ses heures de loisir. À ses oreilles assourdies par les adulations mensongères de ceux qui la berçaient par des hymnes à la sensualité pour l’avoir comme esclave, à ses oreilles a résonné la voix limpide et sévère de la Vérité. De la Vérité qui n’a pas peur qu’on la méprise et qu’on la méconnaisse et qui parle en regardant Dieu. Et comme un carillon un jour de fête, toutes les voix se sont fondues dans la parole. Les voix habituées à résonner dans les cieux, dans le libre azur de l’air, en se propageant par les vallées et les collines, les plaines et les lacs pour rappeler les gloires du Seigneur et ses festivités.
Ne vous rappelez-vous pas le carillon de fête qui, en temps de paix, rendait si gai le jour dédié au Seigneur? La grosse cloche donnait, avec son battant, le premier son, au nom de la Loi divine. Elle disait: “Je parle au nom de Dieu, Juge et Roi”. Mais ensuite les plus petites arpégeaient: “Qui est bon, miséricordieux et patient” jusqu’à ce que la cloche la plus argentine disait d’une voix angélique: “Sa charité pousse au pardon et à la compassion pour vous enseigner que le pardon est plus utile que la rancœur et la compassion que inexorabilité. Venez à Celui qui pardonne, ayez foi en Celui qui compatit”.
Moi aussi, après avoir rappelé la Loi, piétinée par la pécheresse, j’ai fait chanter l’espérance du pardon. Comme une bande soyeuse de vert et d’azur, je l’ai secouée parmi les teintes noires pour y mettre ses paroles réconfortantes.
Le pardon! La rosée sur la brûlure du coupable. La rosée ce n’est pas comme la grêle qui frappe comme une flèche, blesse, rebondit et s’en va sans pénétrer, en tuant les fleurs. La rosée descend si légère que même la fleur la plus délicate ne la sent pas se poser sur ses pétales de soie. Mais ensuite, elle en boit la fraîcheur et se restaure. Elle se pose près des racines, sur la glèbe brûlée et la pénètre… C’est une moiteur de larmes, les pleurs des étoiles, les pleurs aimants d’une nourrice sur ses enfants qui ont soif, et qui descend, en les restaurant en même temps que le lait doux et nourrissant. Ah! le mystère des éléments qui agissent même quand l’homme repose ou pèche! Le pardon est comme cette rosée. Il amène avec lui non seulement la netteté, mais les sucs vitaux qu’il prend non aux éléments mais aux foyers divins.
Puis, après la promesse du pardon, voici la Sagesse qui parle et qui dit ce qui est licite et ce qui ne l’est pas, et rappelle et secoue. Pas par dureté mais par souci maternel de sauver. Que de fois votre silex ne se rend-il pas plus impénétrable et plus tranchant envers la Charité qui sur vous se penche!… Que de fois vous vous enfuyez alors qu’Elle vous parle!… Que de fois vous vous moquez d’Elle! Que de fois vous la haïssez!… Si la Charité en usait avec vous comme vous le faites avec Elle, malheur à vos âmes! Au contraire, vous le voyez! Elle est l’Infatigable Marcheuse qui va à votre recherche. Elle va vous rejoindre même si vous vous enfouissez dans de dégoûtantes tanières.
234.4 - Pourquoi ai-je voulu aller dans cette maison? Pourquoi n’y ai-je pas opéré le miracle? Cf. EMV 183, la scène du meurtre de l'amant de Marie de Magdala. C’est pour enseigner aux apôtres comment ils doivent agir, en défiant les préventions et les critiques pour accomplir un devoir si élevé qu’il échappe à ces choses du monde.
Pourquoi ai-je dit à Judas ces paroles? Les apôtres s’en tenaient beaucoup à leur tempérament d’hommes. Tous les chrétiens en sont là, même les saints de la terre, à un moindre degré. Quelque chose en survit, même. chez ceux qui sont parfaits. Mais les apôtres n’en étaient pas encore là. Leur pensée était pénétrée d’humain. Je les élevais, mais le poids de leur humanité les ramenait en bas. Pour les faire monter toujours plus, je devais mettre sur le chemin de la montée des choses capables d’arrêter leur descente de façon qu’ils s’arrêtent contre elles à réfléchir et prendre du repos pour ensuite monter plus haut que la fois précédente, des choses qui fussent d’un niveau capable de les persuader que Moi j’étais un Dieu. Pour cela des introspections d’âmes, pour cela la victoire sur les éléments, pour cela des miracles, pour cela la transfiguration, la résurrection et des ubiquités.
Je me trouvai sur le chemin d’Emmaüs alors que j’étais au Cénacle et l’heure des deux présences, confrontée entre les apôtres et les disciples, fut une des raisons qui les secoua le plus en les arrachant à leurs biens et en les lançant sur la voie du Christ Cf. EMV 625. .
Plus que pour Judas, membre qui couvait déjà en lui la mort, je parlais pour les onze autres. Je devais nécessairement faire briller à leurs yeux que j’étais Dieu, non par orgueil mais parce que c’était nécessaire pour leur formation. J’étais Dieu et Maître. Ces mots indiquaient qui j’étais.
Je me suis révélé par une puissance qui dépassait l’humain et j’enseignais une perfection: de ne pas avoir des conversations mauvaises même en notre intérieur. Parce que Dieu voit et Dieu doit voir un intérieur pur pour pouvoir y descendre et y faire sa demeure.
Pourquoi n’ai-je pas opéré le miracle en cette maison? Pour faire comprendre à tous que la présence de Dieu exige une ambiance pure, par respect pour la grandeur de sa majesté. Pour parler sans remuer les lèvres, mais avec une parole plus pénétrante, à l’esprit de la pécheresse et lui dire: “Le vois-tu, malheureuse? Tu es tellement souillée que tout, autour de toi en est souillé, tellement souillé que Dieu ne peut y agir. Toi, tu es plus souillée que celui-ci parce que tu renouvelles la faute d’Eve et que tu offres le fruit aux Adams, en les tentant et en les enlevant à leur Devoir. Toi, ministre de Satan”.
Pourquoi, cependant, je ne veux pas qu’elle soit appelée “satan” par la mère angoissée? EMV 183. Parce qu’aucune raison ne justifie l’insulte et la haine. La première nécessité qui s’impose et la première condition pour avoir Dieu avec nous, c’est de n’avoir pas de rancœur et de savoir pardonner. La deuxième nécessité, c’est de savoir reconnaître qu’en nous aussi et en ce qui est nôtre il y a de la culpabilité. Ne pas voir seulement les fautes d’autrui. La troisième nécessité, c’est de savoir se conserver reconnaissants et fidèles après avoir eu la grâce, par justice envers l’Eternel. Malheureux ceux qui, après avoir obtenu la grâce, sont pires que des chiens et ne se souviennent pas de leur Bienfaiteur, alors que le chien s’en souvient!
234.5 - Je n’ai pas dit une parole à Marie-Madeleine. Comme si elle avait été une statue, je l’ai regardée un instant, et puis je l’ai laissée. Je suis revenu aux “vivants” que je voulais sauver. Elle, matière morte comme et davantage qu’une statue de marbre, je l’ai enveloppée d’une négligence apparente. Mais je n’ai pas dit une parole ni fait un acte qui n’eût pas pour principal but sa pauvre âme que je voulais racheter. Et ma dernière parole: “Moi, je n’insulte pas. N’insulte pas. Prie pour les pécheurs. Rien d’autre” comme une guirlande de fleurs que l’on forme, elle est allée se souder à la première que j’avais dite sur la montagne: “Le pardon est plus utile que la rancœur, et la compassion plus que l’inexorabilité Cf. EMV 174. ”
Et elles l’ont enfermée, la pauvre malheureuse, dans un cercle velouté, frais, parfumé de bonté, en lui faisant sentir combien l’amoureux service de Dieu est différent de l’esclavage féroce de Satan, combien est suave le parfum céleste en comparaison de la puanteur de la faute et combien il est reposant d’être aimé saintement plutôt que d’être possédé sataniquement.