À écouter la teneur de leur conversation, le Messie est l’instrument de leur ambition. S’ils entourent Jésus, ce n’est pas par reconnaissance, mais pour inciter le Messie, qui fait de si grand miracles, à restaurer l’ordre ancien en chassant le Romain. Ce que Jésus décline en précisant que son Royaume n’est pas terrestre.
Les cinq sanhédristes tentent donc de détourner le pouvoir de Jésus à leur profit, mais ils le craignent. Éli l’avoue: la mort du vieux Doras, foudroyé par la Parole de Dieu, les a marqués. Ils craignent, mais n’aiment pas. Ils tentent de le retenir, mais c’est pour le circonvenir, non pour l’écouter. Ils sont donc le contraire des puissants qui suivent Jésus.
Leur visage est celui du mauvais riche que met en scène Jésus dans la parabole relatée par Luc 16,19-31. Il la dira six semaines après cette rencontre avec les pharisiens de Capharnaüm (EMV 191).
Enfin, leur fortune est accaparée, comme l’explicite la fin de l’épisode. ‘Eli s’est emparé de l’argent des plus pauvres à son profit. Il n’ose affronter la colère de ceux qu’il a spolié: tout le contraire de Zachée, le percepteur d’impôts de Jéricho, par exemple.
Le témoignage des riches disciples. On peut être puissant, riche et ami de Jésus, … mais pas à n’importe quelle condition.
Abraham «était extrêmement riche en troupeaux, en argent et en or.» (Genèse 13,2), mais on sait qu’il mit l’obéissance à Dieu au-dessus de tout à l’occasion d’une épreuve insigne: le sacrifice de son fils unique. Job fut aussi mis à l’épreuve. C’était un homme riche «intègre et droit, craignant Dieu» (Job 1,1). Il ne retrouve richesses et abondance qu’au terme de l’épreuve qu’il surmonte avec foi. Voilà pour les temps anciens.
Plus proche de nous, Lazare fut le premier évêque de Marseille (France) et l’ami de Jésus. Par héritage, il était “puissamment riche, dit Nicodème. Une bonne partie de la ville de Jérusalem lui appartient ainsi que beaucoup de terres de Palestine (EMV 116). Comment a-t-il pu être, en même temps, disciple du Christ? Jésus répond: ”… Lazare est une exception parmi les riches. Il est arrivé à cette vertu qu’il est très difficile de trouver sur la terre et encore plus difficile à pratiquer pour l’enseigner à autrui. La vertu de la liberté à l’égard des richesses” (EMV 206.10). Il avait l’esprit des Béatitudes.
Nicodème, une des grandes fortunes d’Israël, a des élans de générosité envers les indigents: “Cette année, il nous a fait savoir que tout est pour nous, parce que c’est une année de grâce” Jésus plus tard lui demande: “Quelle voix t’a dit que c’est une année de grâce, et pas l’année qui vient, par exemple?” - “Je ne sais pas, répond Nicodème. Je ne suis pas prophète. Mais à mon intelligence s’est unie une lumière du Ciel. Je voulais que les pauvres jouissent des dons de Dieu, pendant que Dieu est encore parmi les pauvres…” (EMV 407.2).
Non loin de là, et à la même période, Joseph d’Arimathie ordonne de distribuer sans compter à des nécessiteux, les fruits de sa moisson. Son régisseur, récrimine: il y a trop de quémandeurs! Joseph lui répond par un acte de foi et ordonne de doubler les rations distribuées. Le miracle de la multiplication des gerbes a lieu (EMV 408).
Ces riches servent Dieu, et non Mammon.
La richesse de Dieu et celle des hommes. Alors faut-il souhaiter la richesse? Plusieurs considérations mettent en garde contre ce désir pris en tant que tel.
Le Catéchisme de l’Église catholique est sans ambiguïté: Le précepte du détachement des richesses est obligatoire pour entrer dans le Royaume des cieux (CEC 2544).
Le Seigneur se lamente sur les riches, rajoute-t-il, parce qu’ils trouvent dans la profusion des biens leur consolation (Luc 6, 24). “L’orgueilleux cherche la puissance terrestre, tandis que le pauvre en esprit recherche le Royaume des Cieux Saint Augustin, De sermone Domini in monte 1, 1, 3. ”. L’abandon à la Providence du Père du Ciel libère de l’inquiétude du lendemain (cf. Matthieu 6,25-34). La confiance en Dieu dispose à la béatitude des pauvres. Ils verront Dieu. (CEC 2547).
La Bible rejette également la richesse comme la pauvreté pour ne garder que l’abondance du pain quotidien:
Seigneur, je n’ai que deux choses à te demander, ne me les refuse pas avant que je meure! Éloigne de moi mensonge et fausseté, ne me donne ni pauvreté ni richesse, accorde-moi seulement ma part de pain. Car, dans l’abondance, je pourrais te renier en disant: «Le Seigneur, qui est-ce?» Ou alors, la misère ferait de moi un voleur, et je profanerais le nom de mon Dieu! (Proverbes 30,7-9).
Philippe, de Canata, le jeune homme riche de l’Évangile Matthieu 19,16-30 ; Marc 10,17-31 ; Luc 18,18-27. , fait l’expérience de ses liens qui entravent l’âme. C’était pourtant un jeune homme droit, tourné vers Dieu: tout le contraire d’Éli et des pharisiens de Capharnaüm. Mais le désir de Dieu est combattu par l’attrait des richesses.
Ce dilemme est souvent celui des sociétés d’abondance où nous vivons. C’est pourquoi la conclusion du jeune homme riche retentit avec plus de force en notre époque qui peut perdre son âme dans sa préoccupation des richesses. L’homme qui amasse de grands biens se dit en lui-même:
«Te voilà donc avec de nombreux biens à ta disposition, pour de nombreuses années. Repose-toi, mange, bois, jouis de l’existence.» Mais Dieu lui dit: «Tu es fou: cette nuit même, on va te redemander ta vie.» (Luc 12,19-21).
Mise à jour le 19/11/2022.
Cf. Matthieu 6,24 et Luc 16,13.