Commentaires de l’épisode

L’épisode d’Éli le pharisien illustre ce Pouvoir qui fut hostile à Jésus jusqu’à la haine, comme le démontre la suite connue des évènements. Mais, par contraste, il permet de mieux saisir la personnalité de ceux qui, détenant aussi pouvoir ou richesses, décidèrent de les mettre au service de Jésus.

Si les puissants de l’époque furent majoritairement hostiles ou indifférents à Jésus, une fraction non-négligeable le soutint. Selon l’état établit par le Dictionnaire des personnages de l’Évangile, plus de la moitié du Sanhédrin combattit Jésus, mais une minorité fut acquise à sa cause (15 membres sur 71 = 20%), le reste étant indifférent.

Parmi cette minorité favorable à Jésus, l’Évangile et l’histoire connaissent des personnages puissants que Maria Valtorta aide à mieux cerner.

Les riches qui suivent Dieu. Selon le Talmud de Babylone, Nicodème était l’une des trois personnes les plus riches de Jérusalem au point qu’il «aurait pu nourrir tout le peuple d’Israël pendant dix jours». C’est lui qui vient trouver nuitamment Jésus (Jean 3,1-21), le défend ouvertement devant le Sanhédrin (Jean 7,50-52) et participe à son ensevelissement (Jean 19,39-42)

Gamaliel, de la classe des scribes, état une autorité morale qui s’impose à tout le Sanhédrin (Actes 5,34-39).

Lazare de Béthanie, est un ami dont la mort fait trembler d’émotion Jésus (Jean 11,35-38). Il est si puissant que le Tout-Jérusalem se déplace pour ses funérailles (Jean 11,19) et que Jésus peut, en toute impunité, célébrer sa dernière Pâque dans une de ses propriétés, à quelques centaines de mètres du Temple qui cherchait à le capturer.

Joseph d’Arimathie offre le tombeau tout neuf qu’il s’était fait creuser, pour accueillir la dépouille de Jésus (Jean 19,38-42). Ce membre du Sanhédrin faisait partie des Anciens, collège des gros propriétaires terriens.

De nombreuses femmes subvenaient aux besoins du groupe apostolique en continuels déplacements (Luc 8,1-3). Parmi elles, il y a Jeanne, la femme de l’Intendant d’Hérode Antipas. Maria Valtorta les connaît bien.

Il y avait donc aussi des riches et des puissants parmi les amis de Jésus et parmi ses disciples.

Mais ces riches n’étaient-ils là que pour servir leurs intérêts? ou par simple reconnaissance humaine envers leur bienfaiteur?

Nullement.

On pourrait, en poussant les limites, réduire la motivation des femmes mécènes de l’Évangile à la reconnaissance humaine, puisqu’elles avaient été guéries ou délivrées de démon, il n’en est pas de même pour Nicodème, Gamaliel, Joseph d’Arimathie ou même Lazare avant qu’il ne ressuscite.

Les femmes disciples montrent d’ailleurs une toute autre motivation au moment de la Passion où on les voit affronter l’hostilité au mépris d’elles-mêmes (Marc 15,40-41).

Éli, reçoit, lui aussi une grâce insigne qui aurait dû, humainement, entraîner une attitude de reconnaissance éternelle envers Jésus: ce ne fut pas le cas.

Pourquoi?

… et ceux qui suivent Mammon. Les cinq sanhédristes ont en commun une vision utilitariste et égocentrée de la société, de la religion et du Messie. Tout n’existe que par eux et pour eux.

De leur point de vue, l’occupation romaine n’est pas d’abord un malheur pour Israël, mais surtout une tutelle qui veut les dépouiller de leurs richesses. Plus qu’un lieu sacré de prière, la synagogue est d’abord pour eux un lieu protégé des oreilles indiscrètes.

Pour les sortir de cette vision, Jésus tente de les ouvrir aux autres:

- Ce qu’ils subissent, n’est que la réplique de ce qu’ils font subir aux plus pauvres, non en raison des lois romaines, mais en raison des préceptes pharisiens qui écrasent le peuple. Propos qu’il reprendra publiquement lorsque la rupture sera consommée avec le pharisaïsme:

(Les pharisiens et les scribes) attachent de pesants fardeaux, difficiles à porter, et ils en chargent les épaules des gens; mais eux-mêmes ne veulent pas les remuer du doigt (Matthieu 23,4).

- Ce qu’ils dissimulent de leurs impôts est pris par l’occupant romain dans la poche des plus pauvres qu’eux.

Vous l’avez dit: Dieu vous a donné beaucoup. À vous de donner beaucoup, dans une juste proportion. Pourquoi agir malhonnêtement, comme c’est malheureusement le cas, au point que le pauvre doive supporter des impôts sans rapport avec ses ressources? (EMV 163.4).

Enfin, ils dévoient le caractère sacré de la synagogue qu’ils transforment en abri sûr pour des préoccupations humaines (Idem). Elle est brièvement exprimée dans cet épisode, mais elle n’en est pas moins grave.

C’est en effet l’accusation qui tombe par deux fois dans l’Évangile: au début de la vie publique quand Jésus chasse les vendeurs du Temple en leur enjoignant «de ne pas faire de la maison de son Père une maison de commerce. Jean 2,16. », et à la fin de la vie publique quand il renouvèle ce geste en constatant qu’ils l’ont transformé en «caverne de bandits Matthieu 21,13 ; Marc 11,17 ; Luc 19,46. » malgré l’avertissement.