Et Simon est alors allé en souriant vers deux marins qui en sueur s’étaient assis sur une grosse balle parce qu’ils n’arrivaient pas à la hisser sur le bateau et il leur a dit:
“Elle est lourde, n’est-ce pas?”
“Plus que lourde, c’est que nous sommes à bout de forces. Et il faut avoir terminé le chargement, parce que le patron le veut. Il veut lever l’ancre, au moment de la morte eau car ce soir la mer sera plus forte et il faut avoir franchi les écueils pour ne pas être en danger”
“Des écueils en mer?”
“Oui, là où l’eau écume. Ce sont de mauvais passages”.
“Les courants, n’est-ce pas? Oui! Le vent du midi tourne la pointe et là se heurte au courant…”
“Tu es matelot?”
“Pêcheur en eau douce, mais l’eau c’est toujours l’eau, et le vent c’est toujours le vent. J’ai bu la tasse, moi aussi, plus d’une fois et le chargement s’en est allé au fond plus d’une fois. C’est un beau métier que le nôtre, mais il est dur. Mais en toute chose il y a le beau et le vilain côté, le bon et le mauvais. Il n’y a pas d’endroits où il n’y ait que des méchants, ni de race où tous sont cruels. Avec un peu de bonne volonté, on se met toujours d’accord et on trouve que partout il y a de braves gens. Allons! Je veux vous aider”
Et Simon a appelé Philippe en disant:
“Allons! prends de ce côté-ci et moi de celui-là et ces braves marins nous conduisent là sur le navire vers la cale”.
Ils ne voulaient pas les philistins. Puis ils nous ont laissé faire. Une fois la balle en place et d’autres encore qui étaient sur le pont, Simon s’est mis à vanter le bateau, comme il sait le faire, à louer la mer, la ville si belle vue de la mer, à s’intéresser à la navigation en mer, aux villes des autres nations. Et tous l’entouraient, le remerciaient et le louaient… Jusqu’à ce que quelqu’un demande:
“Mais toi, d’où es-tu? De la région du Nil?”
“Non, de la mer de Galilée, mais comme vous le voyez je ne suis pas un tigre”.
“C’est vrai. Tu cherches du travail?”
“Oui”
“Moi, je te prends si tu veux. Je vois que tu es un matelot capable” dit le patron.
“Au contraire, c’est moi qui te prends”.
“Moi? Mais ne m’as-tu pas dit que tu cherches du travail?”
“C’est vrai, mon travail c’est d’amener les hommes au Messie de Dieu. Tu es un homme, donc je suis chargé de toi ”.
“Mais moi, je suis philistin!”
“Et qu’est-ce que cela veut dire?”
“Cela veut dire que vous nous haïssez, nous persécutez depuis le temps des temps. Ils nous l’ont dit, vos chefs, toujours…”
“Les Prophètes hein? Mais maintenant les Prophètes sont des voix qui ne crient plus. Maintenant il n’y a plus que le seul, le grand, le saint Jésus. Lui ne crie pas, mais il appelle avec une voix amicale. Il ne maudit pas, mais il bénit. Il n’inflige pas d’infirmités, mais les fait disparaître. Il ne hait pas et ne veut pas que l’on haïsse, mais au contraire, il aime tout le monde et il veut que nous aimions même les ennemis. Dans son Royaume, il n’y aura plus de vaincus et de vainqueurs, plus de libres ni d’esclaves, plus d’amis et d’ennemis. Elles n’existeront plus ces catégories qui engendrent le mal, qui sont venues de la méchanceté humaine. Mais il n’y aura plus que ses disciples, c’est-à-dire des gens vivant dans l’amour, dans la liberté, dans la victoire sur tout ce qui est pesant et douloureux. Je vous en prie. Veuillez croire à mes paroles et le désirer, Lui.
Les prophéties ont été écrites, mais Lui est plus grand encore que les Prophètes, et pour ceux qui l’aiment, les prophéties n’existent plus. Voyez-vous cette belle ville qu’est la vôtre? Plus belle encore vous la retrouverez au Ciel si vous arrivez à aimer notre Seigneur, Jésus, le Christ de Dieu”.
Ainsi parlait Simon, familier et inspiré à la fois. Et tous l’écoutaient avec attention et respect. Oui, avec respect. Puis d’une rue ont débouché en hurlant des citadins armés de bâtons et de pierres. Ils nous ont vus et reconnus, à cause de notre vêtement, comme étant des étrangers, et des étrangers, je le comprends maintenant, de ta race, ô Judas, et ils ont cru que nous étions de ta bande. Si ceux du navire ne nous avaient pas protégés, nous étions frais! Ils ont descendu une chaloupe et nous ont emmenés en mer. Ils nous ont fait descendre sur la plage près des jardins où nous étions le midi et nous sommes revenus de là, en même temps que ceux qui cultivent des fleurs pour les riches du pays.