“Voleur! Ce sont des œufs d’or, peut-être que pondent tes poules?”
“Non. Mais ce n’est pas appétissant d’être au milieu de la puanteur des poulets et cela se paie. Et puis, est-ce que vous n’êtes pas juifs? Payez.”
“Garde-les. Ainsi tu es bien payé”.
Et Thomas lui tourne le dos.
“Hé! l’homme! Viens. Je te les fais meilleur marché. Trois pour un denier.”
“Pas même quatre. Bois-les et qu’ils te restent dans la gorge.”
“Viens, écoute. Combien veux-tu m’en donner?”
Le maraîcher suit Thomas.
“Rien. Je n’en veux plus. Je voulais casser la croûte avant d’aller en ville. Mais c’est mieux ainsi. Je ne perdrai pas ma voix et mon appétit pour chanter les histoires du roi et faire un bon repas à l’hôtellerie.”
“Je te les donne pour un didrachme le couple Il doit s'agir du couple de douzaines que l'on voit dans les bras de Thomas, car s'il s'agissait de deux œufs, la négociation serait revenue au point de départ. .”
“Ouf! tu es pire qu’un taon. Donne-les-moi tes œufs et qu’ils soient frais autrement je reviens et je te fais le museau plus jaune qu’il ne l’est”
Thomas y va et revient avec au moins deux douzaines d’œufs dans le pli de son manteau.
“Tu as vu? Les achats, c’est moi qui les fais à partir de maintenant dans ce pays de voleurs. Je sais comment les prendre. Ils viennent avec de l’argent plein les poches faire des achats chez nous pour leurs femmes, et les bracelets ne sont jamais assez gros et ils marchandent à n’en plus finir. Je me venge.
218.3 – Maintenant allons trouver cet autre scorpion. Viens, Pierre, et toi, Jean, prends les œufs.”
Ils vont trouver le vieux qui a son terrain le long de la grand-route qui du côté nord, en longeant les maisons du faubourg, conduit à la ville. C’est une belle route, bien pavée, certainement faite par les Romains. La porte de la ville, du côté de l’orient, est maintenant proche et au-delà on voit que la route continue tout droit, avec un cachet artistique car elle se transforme en un double portique ombragé soutenu par des colonnes de marbre.
Les gens cheminent dans son ombre fraîche, laissant le milieu de la route aux ânes, chameaux, chiens et chevaux.
“Salut! Tu nous vends du pain?” demande Thomas.
Le vieux, ou bien n’entend pas, ou bien ne veut pas entendre. Vraiment le grincement de la noria est tel qu’on ne peut s’entendre.
Pierre perd patience et crie:
“Arrête ton Samson! Laisse-le au moins souffler pour qu’il ne meure pas sous mes yeux, et écoute-nous!”
L’homme arrête sa bourrique et regarde de travers son interlocuteur, mais Pierre le désarme en disant:
“Hé! est-ce que Samson n’est pas un nom approprié pour une bourrique? Si tu es philistin cela doit te plaire, car c’est une insulte pour Samson. Si tu es d’Israël cela doit te plaire, car cela rappelle une défaite des philistins Nous trouvons le récit des entreprises de Samson contre les Philistins en Juges, chapitres 14 à 16. En outre, les combats entre Israël et les Philistins dont il est fait mention dans ce chapitre et dans les suivants (jusqu'en EMV 221.9) sont le sujet dominant de 1 Samuel, chapitres 4 à 7 (Samuel)| Chapitres 13, 14 et 17 (Saül)| Chapitres 23 et 28 (David) | Chapitre 31 (mort de Saül). . Tu vois donc…”
“Je suis philistin et je m’en vante.”
“Tu fais bien. Je te vanterai moi aussi si tu nous donnes du pain.”
“Mais, n’es-tu pas juif?”