“Mais, êtes-vous liés par contrat ou bien pouvez-vous quitter votre emploi n’importe quand?”
“Voilà, en réalité nous sommes des serviteurs libres, mais quitter tout d’un coup, maintenant que les troupeaux réclament tant de soins et qu’il est difficile de trouver des bergers, cela ne nous paraît pas beau.”
“Non, ce ne serait pas beau, mais il n’est pas nécessaire que ce soit tout de suite. Je vous le dis à l’avance pour que vous prépariez un juste arrangement. Je vous veux libres pour vous unir aux disciples et m’apporter votre aide…”
“Oh! Maître…!”
Les trois sont dans une extase de joie.
“Mais, serons-nous capables?” disent-ils ensuite.
“Je n’en doute pas. Alors, c’est entendu. Dès que possible, vous vous unissez à Isaac.”
“Oui, Maître.”
“Allez, vous aussi, avec les autres.
209.5 – Je parlerai aux gens.”
Et, les bergers congédiés, il se tourne vers la foule.
“La paix soit avec vous.
Hier, j’ai entendu parler deux grands infortunés. L’un à l’aurore de la vie, l’autre à son crépuscule Marziam et Élise. : deux âmes que faisait pleurer leur désolation. Et j’ai pleuré en mon cœur avec eux en voyant combien de souffrances il y a sur la terre et comment Dieu seul peut les soulager. Dieu! La connaissance exacte de Dieu, de sa grande, de son infinie bonté, de sa présence continuelle, de ses promesses. J’ai vu comment l’homme peut être torturé par l’homme et comment il peut être entraîné par la mort en des désolations sur lesquelles travaille Satan pour augmenter la douleur et pour créer des ruines. Je me suis dit alors: “Les fils de Dieu ne doivent pas souffrir de cette torture dans leurs tortures. Donnons la connaissance de Dieu à celui qui l’ignore, rendons-la à celui qui l’a oubliée sous les bourrasques de la douleur”. Mais j’ai vu aussi que Moi seul je ne suffis plus aux besoins infinis des frères. Et j’ai décidé d’en appeler beaucoup, un nombre toujours plus grand pour que tous ceux qui ont besoin du réconfort de la connaissance de Dieu puissent l’avoir.
Ces douze sont les premiers. En m’aidant, ils sont capables d’amener à Moi, et par conséquent au réconfort, tous ceux qu’accable le poids trop grand de la douleur. En vérité, je vous le dis: venez à Moi, vous tous qui êtes affligés, dégoûtés, qui avez le cœur blessé, qui êtes fatigués, et je partagerai votre douleur et vous donnerai la paix Voir Matthieu 11,28-29. . Venez, par l’intermédiaire de mes apôtres, de mes disciples, hommes et femmes, dont le nombre s’accroît chaque jour de nouveaux volontaires. Vous trouverez le réconfort dans vos douleurs, une compagnie dans vos solitudes, l’amour des frères, pour vous faire oublier la haine du monde. Vous trouverez, élevé au-dessus de tous, suprême consolateur, compagnon parfait, l’amour de Dieu. Vous ne douterez plus de rien. Vous ne direz jamais plus: “Tout est fini pour moi!”, Mais vous direz: “Tout pour moi commence dans un monde spirituel qui abolit les distances et supprime les séparations”, un monde où les orphelins seront unis à leurs parents montés jusqu’au sein d’Abraham, où les pères et mères retrouveront les enfants qu’ils ont perdus, où les épouses et les veufs retrouveront leur conjoint.
209.6 – C’est en cette terre de Judée, proche encore de la Bethléem de Noémi, que je vous rappelle comment l’amour soulage la douleur et rend la joie.
Regardez, vous qui pleurez, la désolation de Noémi Ruth 1,1-14. après que sa maison resta sans hommes. Écoutez ses paroles d’adieu découragé à Orpha et Ruth: “Retournez à la maison de votre mère, que le Seigneur use de miséricorde envers vous comme vous avez usé de miséricorde avec ceux qui sont morts et avec moi…” Écoutez ses paroles lasses et insistantes. Elle n’espérait plus rien de la vie, elle qui autrefois était la belle Noémi et qui maintenant était la Noémi tragique, brisée par la douleur. Elle pensait seulement à retourner, pour y mourir, aux lieux où elle avait été heureuse au temps de sa jeunesse entre l’amour de son mari et les baisers de ses fils. Elle disait: “Allez, allez. Inutile de venir avec moi… Je suis comme une morte… Ma vie n’est plus ici, mais là-bas dans la vie de l’au-delà où eux se trouvent. Ne sacrifiez plus votre jeunesse à côté d’une chose qui meurt, car réellement je ne suis plus qu’une ‘chose’. Tout m’est indifférent. Dieu m’a tout pris… Je suis une angoisse. Et je ferais votre angoisse… et elle me pèserait sur le cœur. Et le Seigneur m’en demanderait réparation, Lui qui m’a déjà tant frappée, car vous retenir vous qui êtes vivantes près de moi qui suis morte serait de l’égoïsme. Retournez chez vos mères…”
Mais Ruth resta pour soulager cette douloureuse vieillesse. Ruth avait compris qu’il y a des douleurs plus grandes que celles qu’on a à supporter et que sa douleur de jeune veuve était moins lourde que la douleur de celle qui, en plus de son mari, avait perdu ses deux fils. Comme la douleur de l’orphelin, réduit à vivre de mendicité sans jamais plus de caresses, sans jamais plus de bons conseils, est bien plus grande que celle de la mère qui a perdu ses enfants. Comme la douleur de celui qui, par un ensemble de motifs, arrive à haïr le genre humain et voit en tout homme un ennemi dont il a à se défendre et qu’il doit craindre, est encore plus grande que les autres douleurs parce qu’elle affecte non seulement la chair, le sang, la mentalité, mais l’esprit avec ses devoirs et ses droits surnaturels et l’amène à sa perdition.
Combien, dans le monde, il y a de mères sans enfants et d’enfants sans mères! Combien il y a de veuves sans enfants qui pourraient assister les vieillesses solitaires! Combien il y en a qui, privés d’amour parce que ce sont tous des malheureux, pourraient employer leur besoin d’aimer et combattre la haine en donnant, donnant, donnant de l’amour à l’Humanité malheureuse qui souffre toujours plus parce qu’elle hait toujours plus!
209.7 – La douleur est une croix, mais elle est aussi une aile. Le deuil nous dépouille, mais pour nous revêtir. Debout, vous qui pleurez! Ouvrez vos yeux, sortez des cauchemars, des ténèbres, des égoïsmes! Regardez… Le monde est une lande où l’on pleure et où l’on meurt. Et le monde crie: “Au secours!” par la bouche des orphelins, des malades, des solitaires, de ceux qui doutent, par la bouche de ceux qu’une trahison, une cruauté font prisonniers de la rancune. Allez vers ceux qui crient! Oubliez-vous au milieu de ceux qui sont oubliés! Guérissez-vous au milieu des malades! Espérez au milieu des désespérés! Le monde est ouvert à toutes les bonnes volontés qui veulent servir Dieu dans le prochain et conquérir le Ciel: s’unir à Dieu et s’associer à ceux qui pleurent. Ici c’est l’entraînement fécond, là c’est le triomphe. Venez. Imitez Ruth auprès de toutes les douleurs. Dites, vous aussi: “Je serai avec vous jusqu’à la mort”. Même s’ils vous répondent ces infortunés qui se croient incurables: “Ne m’appelez plus Noémi, mais appelez-moi Mara car Dieu m’a remplie d’amertume Ruth 1,20. Mara signifie "amère", alors que Noémi signifie "ma douceur". ”, persistez. Et Moi, je vous dis qu’en vérité un jour, grâce à votre insistance, ces malheureux s’exclameront: “Béni soit le Seigneur qui m’a sorti de l’amertume, de la désolation, de la solitude par les soins d’une créature qui a su faire fructifier sa douleur en bonté. Que Dieu la bénisse éternellement car elle a été pour moi le salut”.
La bonté de Ruth, à l’égard de Noémi, pensez-y, a donné au monde le Messie parce que le Messie vient de David GÉNÉALOGIE DE JÉSUS : Cf. Matthieu 1,1-16 et Luc 3,23-38. qui vient de Jessé, venu d’Obed OBED : Il est ainsi appelé dans Ruth 4,17,22 | 1Chroniques 2,12-15 | Matthieu 1,5 (dans la Vulgate). Seul Luc 3,32 l'appelle Jobed (dans la Vulgate). , lui-même venu de Booz et de Ruth. Booz de Salmon, Salmon de Nahasson, Nahasson d’Aminadab, Aminadab d’Aram, Aram d’Esron, Esron de Pharès. Ce furent eux qui vinrent peupler les campagnes de Bethléem et préparer les ancêtres du Seigneur. Tout acte de bonté est l’origine de grandes choses auxquelles vous ne pensez pas et l’effort que fait quelqu’un contre son propre égoïsme peut provoquer une telle marée d’amour qu’elle est capable d’élever, d’élever en gardant dans sa limpidité celui qui l’a provoqué, jusqu’à le porter au pied de l’autel, jusqu’au cœur de Dieu.
Dieu vous donne la paix.”
Et Jésus, sans retourner dans le jardin par le portillon ouvert dans la haie, veille à ce que personne ne s’approche de la haie à travers laquelle vient une longue plainte… C’est seulement quand tous les gens de Bet-Çur s’en sont allés qu’il s’éloigne avec les siens sans troubler ces pleurs salutaires…