“Judas, que veux-tu? Va-t-en Marziam… Parle, que veux-tu?”
“Je suis en faute… Je n’ose aller vers le Maître, ni affronter les compagnons. Aide-moi…”
“Je t’aiderai. Mais ne penses-tu pas à la douleur que tu causes? Mon Fils a pleuré à cause de toi, et les compagnons en ont souffert. Mais viens. Personne ne te dira rien. Et, si tu le peux, ne retombe plus dans ces fautes. C’est indigne d’un homme, et un sacrilège à l’égard du Verbe de Dieu.”
“Et toi, Mère, tu me pardonnes?”
“Moi? Moi, je ne compte pas auprès de toi qui t’estimes si grand. Je suis la plus petite des servantes du Seigneur, Comment peux-tu te préoccuper de moi, si tu n’as pas pitié de mon Fils?”
“C’est que moi aussi j’ai une mère, et si j’ai ton pardon, il me semble avoir le sien.”
“Elle n’est pas au courant de cette faute.”
“Mais elle m’avait fait jurer d’être bon avec le Maître. Je suis parjure. Je sens le reproche de l’âme de ma mère.”
“Tu le sens? Et le chagrin et le reproche du Père et du Verbe, tu ne le sens pas? Tu es un malheureux, Judas! Tu sèmes la douleur en toi et en ceux qui t’aiment.”
Marie est très sérieuse et affligée. Elle parle sans amertume mais avec beaucoup de sérieux. Judas pleure.
“Ne pleure pas, mais deviens meilleur. Viens”
Et elle le prend par la main et entre ainsi dans la cuisine. C’est pour tous la plus vive stupeur. Mais Marie prévient toute sortie peu charitable. Elle dit:
“Judas est revenu. Faites comme l’aîné après le discours du père. Jean, va prévenir Jésus.”
Jean de Zébédée part en vitesse.
Un silence pèse dans la cuisine… Puis Judas dit:
“Pardonnez-moi, et toi Simon pour commencer. Tu as un cœur si paternel. Je suis un orphelin, moi aussi.”
“Oui, oui, je te pardonne. Je t’en prie n’en parle plus. Nous sommes frères… et ces hauts et bas de pardons implorés et de rechutes ne me plaisent pas. C’est de l’avilissement pour qui les reçoit et pour qui les accorde. Voici Jésus. Va le trouver. Et cela suffit.”
Judas y va pendant que Pierre, ne pouvant rien faire d’autre, se met avec ardeur à casser du bois sec.