“Je te quitte, mon Fils. Voici Maximin qui va te conduire aux gentils” et Marie, qui pendant tout ce temps avait cheminé à côté de Jésus, se retire rapidement et va vers la maison du Zélote, alors que Jésus entre par un portillon de fer ouvert dans l’enceinte du jardin, dans une partie qui en est éloignée, là où le jardin se change en verger, près du lieu où, plus tard, serait la sépulture de Lazare.
Là se trouve aussi Lazare et personne d’autre: “Maître, je me suis permis de les recevoir…”
“Tu as bien fait. Où sont-ils?”
“Là, à l’ombre des buis et des lauriers. Comme tu le vois, ils sont éloignés au moins de cinq cent pas de la maison.” “Bon, bon…
204.3 - Que la Lumière vienne vers vous tous.”
“Salut, Maître!” dit Quintilianus qui est en civil.
Les dames se lèvent pour saluer. Il y a Plautina, Valéria et Lydia et en plus une autre, âgée, dont je ne sais qui elle est ni ce qu’elle est, si elle est du même rang ou inférieur. Elles sont toutes vêtues très simplement, sans rien qui les distingue.
“Nous avons voulu t’entendre. Tu n’es pas venu. J’étais de… garde à ton arrivée, mais je ne t’ai pas vu.”
“Moi non plus, je n’ai pas vu un soldat qui était mon ami, à la Porte des Poissons. Il s’appelait Alexandre…”
“Alexandre? Je ne sais pas si c’est lui précisément, mais je sais qu’il y a quelque temps nous avons dû, pour calmer les juifs, éloigner un soldat, coupable… d’avoir parlé avec Toi. Maintenant il est à Antioche mais peut-être il reviendra. Ouf! comme ils sont ennuyeux ces gens… qui veulent commander, même maintenant qu’ils sont sujets! Et il faut manœuvrer pour ne pas arriver à des affaires importantes… Ils nous rendent la vie difficile, crois-le… Mais Toi, tu es bon et sage. Tu vas nous parler? Peut-être que bientôt je vais quitter la Palestine. Je voudrais avoir quelque chose de Toi, en souvenir.”
“Je vais vous parler, oui. Je ne déçois jamais. Que voulez-vous savoir?”
Quintilianus regarde les dames d’un air interrogatif…
“Ce que tu veux, Maître” dit Valéria.
204.4 - Plautina se lève de nouveau et dit:
“J’ai beaucoup réfléchi… j’aurais tant à apprendre… tout, pour juger, Mais, s’il est permis de le demander, je voudrais savoir comment se construit une foi, en Toi par exemple, sur un terrain que tu as dit privé d’une vraie foi. Tu as dit que nos croyances sont vaines. Alors, nous restons sans rien. Comment arriver à avoir?”
“Je vais prendre l’exemple d’une chose que vous possédez: les temples. Vos édifices sacrés, vraiment beaux, dont l’unique imperfection est d’être dédiés au Néant, peuvent vous enseigner comment on peut arriver à avoir une foi et où placer la foi. Observez. Où sont-ils construits? Quel lieu choisit-on si possible pour eux? Comment sont-ils construits? L’endroit, généralement est spacieux, dégagé et élevé. Et s’il n’est pas spacieux et dégagé, on le fait tel en démolissant tout ce qui encombre ou limite le terrain. S’il n’est pas élevé, on le surélève sur un stéréobate plus élevé que celui de trois marches, utilisé pour les temples situés déjà sur un lieu naturellement élevé. Enfermés dans une enceinte sacrée, la plupart du temps, et formée de colonnades et de portiques à l’intérieur desquels sont renfermés des arbres consacrés aux dieux, des fontaines et des autels, des statues et des stèles, ils sont d’ordinaire précédés du propylée au-delà duquel se trouve l’autel où l’on fait les prières aux divinités. En face, il y a l’endroit du sacrifice car le sacrifice précède la prière. Souvent, et spécialement pour les plus grands, un péristyle les entoure d’une guirlande de marbres précieux. À l’intérieur il y a le vestibule antérieur, à l’extérieur ou à l’intérieur du péristyle, la chambre du dieu, le vestibule postérieur. Les marbres, les statues, les frontons, les acrotères et les tympans tous polis, précieux, décorés font du temple un édifice très noble, même pour la vue la plus grossière. N’est-ce pas ainsi?”
“C’est ainsi, Maître. Tu les as vus et très bien étudiés” confirme en le louant Plautina.
“Mais s’il est si bien établi qu’il n’a jamais quitté la Palestine!?” s’exclame Quintilianus.
“Je n’en suis jamais sorti pour aller à Rome ou à Athènes, mais je n’ignore pas l’architecture de la Grèce et de Rome.
Dans le génie de l’homme qui a décoré le Parthénon, j’étais présent, car je suis partout où il y a vie et manifestation de la vie. Là où un sage pense, un sculpteur sculpte, un poète compose, une mère chante sur un berceau, un homme se fatigue sur les sillons, un médecin lutte contre les maladies, un vivant respire, un animal vit, un arbre pousse, je suis là avec Celui de qui je viens.
Dans le grondement d’un tremblement de terre ou le fracas de la foudre, dans la lumière des étoiles et le mouvement des marées, dans le vol de l’aigle ou dans le sifflement du moustique, je me trouve avec le Créateur Très-Haut.”
“De sorte que… Toi… Toi, tu connais tout? Aussi bien les pensées que les œuvres humaines?” demande encore Quintilianus.
“Je sais.”
Les romains se regardent stupéfaits.