“En fait, il est difficile de remonter aux sources. L’homme est désormais enfoncé depuis des siècles et des millénaires dans la boue, et ces sources sont si haut sur les cimes! Puis la première est une source qui vient d’une hauteur abyssale: Dieu… Mais je vous prends par la main et je vous conduis aux sources. Je sais où elles sont…”

196.6 - “Et les autres amours?” demandent en même temps Simon le Zélote et l’homme d’En-Dor.

“Le premier de la seconde série est celui du prochain. En réalité, c’est le quatrième en puissance. Puis vient l’amour de la science et puis l’amour du travail.”

“Et c’est tout?”

“C’est tout.”

“Mais il y a beaucoup d’autres amours!” s’exclame Judas Iscariote.

“Non, il y a d’autres faims, mais ce ne sont pas des amours. Ce sont des “absences d’amour”. Elles nient Dieu, elles nient l’homme. Pour cette raison elles ne peuvent être des amours car ce sont des négations, et la Négation c’est la Haine.”

“Si je refuse de consentir au mal, est-ce encore de la Haine?” demande encore Judas Iscariote.

“Pauvres de nous! Mais tu es plus ergoteur qu’un scribe! Dis-moi ce que tu as? Est-ce l’air vif de la Judée qui t’excite les nerfs, comme une crampe?” s’exclame Pierre.

“Non. J’aime m’instruire et avoir beaucoup d’idées et qui soient claires. Ici, il est facile de parler justement avec les scribes. Je ne veux pas rester à court d’arguments.”

“Et crois-tu pouvoir au bon moment sortir l’effilochure de la couleur réclamée du sac où tu conserves tous ces chiffons?” demande Pierre.

“Chiffons, les paroles du Maître? Tu blasphèmes!”

“Ne fais pas le scandalisé. Dans sa bouche à Lui, ce ne sont pas des chiffons. Mais, une fois que nous avons déformé ses paroles, c’est ce qu’elles deviennent… Essaie de mettre du byssus précieux dans les mains d’un enfant… Après peu de temps, c’est une loque sale et déchirée. C’est ce qui nous arrive à nous… Maintenant, si tu prétends pêcher au bon moment la loque qu’il te faut qui n’est qu’une loque et qui est sale… hum! je ne sais pas ce que tu en feras.”

“N’y pense pas. Ce sont mes affaires.”

“Oh! sois bien tranquille que je n’y pense pas! J’en ai assez des miennes. Et puis!… Je me contente que tu ne fasses pas subir de dommage au Maître car, dans ce cas, je penserais aussi à tes affaires…”

“Quand j’agirai mal, tu le feras: Mais cela n’arrivera pas car je sais y faire… Je ne suis pas un ignorant, moi…”

“Je le suis, moi, je le sais. Mais c’est parce que je le sais que je ne fais pas de réserves, pour les sortir ensuite au bon moment. Je me recommande à Dieu, et Dieu m’aidera pour l’amour de son Messie dont je suis le serviteur le plus insignifiant et le plus fidèle.”

“Fidèles, nous le sommes tous!” réplique Judas avec arrogance.

“Oh! méchant!” dit Yabeç avec sévérité, rompant le silence qu’il gardait attentivement. “Pourquoi offenses-tu mon père? Il est âgé, il est bon. Tu ne dois pas. Tu es un homme méchant, et tu me fais peur.”

“Et de deux!” dit à voix basse Jacques de Zébédée en donnant un coup de coude à André

Il a parlé doucement, mais l’Iscariote a entendu.

“Tu vois, Maître, si les paroles de cet imbécile d’enfant de Magdala ont laissé un souvenir? Benjamin de Magdala (cf. EMV 184.7) qui n'a pas mâché ses mots pour dire ses sympathies et ses antipathies, dont le "Tu me fais peur" adressé à Judas. ” dit Judas, rouge de dépit.

196.7 - “Mais ne vaudrait-il pas mieux continuer la leçon du Maître, au lieu de sembler être des petits boucs coléreux?” demande le pacifique Thomas.

“Mais oui: Maître” s’exclame Matthieu. “Parle-nous encore de ta Mère. Elle est si lumineuse son enfance! Son reflet nous rend l’âme vierge et moi, pauvre pécheur, j’en ai tant besoin!”

“Que dois-je dire? Il y a tant d’épisodes, tous plus doux l’un que l’autre…”