Et Pierre lave et essuie les petits pieds qui depuis longtemps n’ont pas eu pareilles caresses.

L’enfant le regarde, hésite, mais ensuite se penche sur l’homme qui relace ses sandales. Il l’entoure de ses petits bras amaigris et dit:

“Comme tu es bon!” et il baise ses cheveux grisonnants.

Pierre s’émeut. Il s’assoit par terre, sur le sol humide, tel qu’il l’est. Il prend l’enfant sur ses genoux et lui dit:

“Alors appelle-moi “père”.

Ils forment un petit groupe charmant. Jésus s’avance avec les autres, mais auparavant les deux petits orgueilleux de tout à l’heure qui étaient restés en curieux, demandent:

“Mais, ce n’est pas ton père?”

“Il est père et mère pour moi” dit Yabeç avec assurance.

“Oui, chéri! Tu as bien dit: père et mère. Et, mes chers petits messieurs, je vous certifie qu’il n’ira pas mal vêtu à la cérémonie. Il aura lui aussi un vêtement de roi rouge comme le feu et avec une ceinture verte comme l’herbe et un thalet blanc comme la neige.”

Bien que l’ensemble ne soit pas harmonieux, il stupéfie les deux vaniteux et les met en fuite.

“Que fais-tu Simon, dans cette humidité?” demande Jésus avec un sourire.

“Humidité? Ah! oui, je m’en aperçois maintenant. Ce que je fais? Je me refais agneau avec l’innocence sur le cœur. Ah! Maître! Maître! Bien, allons. Mais laisse-moi faire avec ce petit. Plus tard, je le cèderai, mais tant qu’il n’est pas un véritable israélite, il est à moi.”

“Mais oui! Et tu en seras toujours le tuteur, comme un vieux père. D’accord? Partons pour être ce soir à En-Gannim sans trop faire courir l’enfant.”

“Je vais le porter. Il pèse moins que mon filet. Il ne peut marcher avec ces deux sandales usées. Viens.”

Et ainsi chargé du petit garçon, Pierre reprend gaiement la route désormais toujours plus ombragée, au milieu des bosquets aux fruits variés. Ils gravissent des collines en pente douce d’où la vue s’étend sur la fertile plaine d’Esdrelon.

192.5 - Les voilà dans les environs d’En-Gannim. Ce devait être une belle petite ville bien alimentée en eau qui lui arrivait des collines par un aqueduc aérien, sans doute construit par les Romains. Un détachement de soldats qui arrive les oblige à se réfugier sur le bord du chemin. Les sabots des chevaux retentissent sur la route qui ici, dans les environs de la ville, montre un pavage rudimentaire qui émerge de la poussière qui s’est accumulée avec des détritus sur la route qui n’a jamais vu un balai.

“Salut, Maître! Toi, ici?” crie Publius Quintilianus en descendant de cheval et en s’approchant de Jésus, souriant franchement et tenant son cheval par la bride. Ses soldats se mettent au pas pour tenir compte de l’arrêt de leur chef.

“Je vais à Jérusalem pour la Pâque.”

“Moi aussi. On renforce la garnison pour les fêtes, aussi parce que Ponce Pilate vient à la cité pendant leur durée et il y a ici Claudia. Nous l’escortons. Les chemins sont si peu sûrs! Les aigles mettent en fuite les chacals” dit en riant le soldat et il regarde Jésus. Il continue plus doucement:

“Double garnison cette année pour protéger ce dégoûtant d’Antipas. Il y a beaucoup de mécontentement à cause de l’arrestation du Prophète. Mécontentement en Israël et… par conséquent mécontentement parmi nous. Mais… nous avons déjà pensé à faire arriver un… bienveillant petit air de… flûtes aux oreilles du Grand Prêtre et de ses compères”

Et il termine à voix basse:

“Vas-y en toute sûreté. Ils ont tous rentré leurs griffes. Ah! Ah! Ils ont peur de nous. Il suffit qu’on tousse pour s’éclaircir la voix qu’ils prennent cela pour un rugissement. Parleras-tu à Jérusalem? Viens près du Prétoire. Claudia parle de Toi comme d’un grand philosophe, et c’est bon pour Toi parce que… c’est Claudia le proconsul.”

192.6 - Il regarde autour et voit Pierre chargé, rouge, en sueur.

“Cet enfant?”

“Un orphelin que j’ai pris avec Moi.”