Et elle se frappe le ventre, féroce et désespérée.
“Ne fais pas ainsi! Ne pleure pas, mère”
Jésus lui prend les mains dans une étreinte puissante et les retient de sa main gauche pendant qu’avec la droite il touche la litière en disant aux porteurs:
“Arrêtez-vous et posez-la à terre.”
Les porteurs obéissent et descendent le brancard qui reste soutenu par ses quatre pieds.
Jésus saisit le drap qui couvre le mort et le rejette en arrière, découvrant la dépouille. La mère crie sa douleur en appelant le nom de son fils, je crois:
“Daniel!”
Jésus, qui tient toujours les mains de la mère dans la sienne, se redresse, imposant par l’éclat de son regard, avec son visage des miracles les plus puissants et, abaissant sa main droite, il ordonne avec toute la puissance de sa voix:
“Jeune homme! Je te le dis: lève-toi!”
189.3 - Le mort, comme il est, avec ses bandelettes, se lève pour s’asseoir sur la litière et appelle:
“Maman!”
Il l’appelle avec la voix balbutiante et effrayée d’un enfant terrorisé.
“Il est à toi, femme. Je te le rends au nom de Dieu. Aide-le à se débarrasser du suaire. Et soyez heureux.”
Et Jésus va se retirer.
Mais, oui! La foule le bloque à la litière sur laquelle la mère s’est penchée et où elle s’embrouille au milieu des bandelettes pour faire vite, vite, vite, pendant que les lamentations de l’enfant ne cessent d’implorer:
“Maman! Maman!”
Le suaire est enlevé, les bandelettes sont enlevées, la mère et le fils peuvent s’embrasser et ils le font sans tenir compte du baume et qu’ensuite la mère essuie du cher visage, des chères mains, avec les bandelettes elles-mêmes. Puis, n’ayant rien pour l’habiller, la mère quitte son manteau et l’en revêt, et tout permet de le caresser…
189.4 - Jésus la regarde… il regarde ce groupe affectueux serré contre les bords de la litière qui maintenant n’est plus funèbre et il pleure. Judas Iscariote voit ces larmes et demande:
“Pourquoi pleures-tu, Seigneur?”
Jésus tourne vers lui son visage et dit:
“Je pense à ma Mère…”
Cette brève conversation ramène l’attention de la femme vers son Bienfaiteur. Elle prend son fils par la main et le soutient. En effet il est comme quelqu’un dont le corps supporte un reste de torpeur. Elle s’agenouille en disant:
“Toi aussi, mon fils, bénis ce Saint qui t’a rendu à la vie et à ta mère”
Et elle se penche pour baiser le vêtement de Jésus pendant que la foule chante l’hosanna à Dieu et à son Messie, désormais connu pour ce qu’il est. En effet les apôtres et les habitants d’En-Dor se sont chargés de dire qui a accompli le miracle.
Toute la foule maintenant s’écrie:
“Que soit béni le Dieu d’Israël! Que soit béni le Messie, son Envoyé! Que soit béni Jésus, fils de David! Un grand Prophète s’est élevé parmi nous! Dieu a vraiment visité son peuple! Alléluia! Alléluia!”
189.5 - Finalement Jésus peut se dégager de l’étreinte et entrer dans la ville. La foule le suit et le poursuit, exigeante dans son amour.
Un homme accourt et le salue profondément.
“Je te prie de rester sous mon toit.”
“Je ne peux. La Pâque m’interdit toute halte sauf celles qui sont fixées d’avance.”
“Dans quelques heures, ce sera le crépuscule et c’est vendredi…”
“Justement je dois, avant le crépuscule, avoir achevé mon étape. Je te remercie tout de même, mais ne me retiens pas.”
“Mais, je suis le chef de la synagogue.”
“Et avec cela, tu veux dire que tu en as le droit. Homme: il suffisait que je m’attarde une heure et cette mère n’aurait pas recouvré son fils. Je vais où d’autres malheureux m’attendent. Ne retarde pas leur joie par égoïsme. Je viendrai certainement une autre fois et je resterai avec toi à Naïm plusieurs jours. Pour l’instant, laisse-moi aller.”
L’homme n’insiste plus. Il dit seulement:
“C’est dit. Je t’attends.”
“Oui. La paix soit avec toi et avec les habitants de Naïm. À vous aussi d’En-Dor, paix et bénédiction. Retournez à vos maisons. Dieu vous a parlé par le miracle. Faites qu’il arrive en vous, à force d’amour, autant de résurrections au Bien qu’il y a de cœurs.”
Un dernier chœur d’hosannas, puis la foule laisse aller Jésus qui traverse en diagonale la ville et sort dans la campagne, vers Esdrelon.