189 – À Naïm. Résurrection du fils d’une veuve
14 juin 1945
Le jeudi 14 juin 1945.
189.1 - Naïm devait avoir une certaine importance au temps de Jésus. La ville n’est pas grande, mais bien construite, enfermée dans l’enceinte de ses murs, elle s’étend sur une colline basse et riante, un contrefort du petit Hermon, dominant de haut une plaine très fertile qui oblique vers le nord-ouest.
D’après un croquis de Maria Valtorta.
On y arrive, en venant d’En-Dor, après avoir traversé un cours d’eau qui est certainement un affluent du Jourdain. Pourtant, de cet endroit, on ne voit plus le Jourdain, et pas davantage sa vallée, parce que des collines le cachent en faisant vers l’est un arc en forme de point d’interrogation.
Jésus s’y rend par une grand-route qui unit la région du lac à l’Hermon et à ses pays. Derrière Lui marchent de nombreux habitants d’En-Dor qui n’arrêtent pas de parler entre eux.
La distance qui sépare le groupe apostolique des murs est maintenant très courte: deux cent mètres, au maximum. La grand-route entre directement dans la ville par une porte qui est ouverte en grand, car c’est plein jour. On peut voir ce qui arrive immédiatement après les murs. C’est ainsi que Jésus, qui parlait avec ses apôtres et le nouveau converti, voit venir, dans un grand bruit de pleureuses et un semblable apparat oriental, un cortège funèbre.
“Nous allons voir, Maître?” disent plusieurs. Et déjà parmi les habitants d’En-Dor, plusieurs se sont précipités pour voir.
“Allons-y” consent Jésus.
“Oh! ce doit être un enfant car tu vois combien de fleurs et de rubans il y a sur la litière?” dit Judas de Kérioth à Jean.
“Ou bien c’est une vierge” répond Jean.
“Non, c’est sûrement un jeune garçon à cause des couleurs qu’ils ont mises et puis, il n’y a pas de myrtes…” dit Barthélemy Autant d'indications sur les rites funéraires en usage à l'époque. Judas de Judée et Barthélemy de Galilée les identifient pareillement. .
Le cortège funèbre sort des murs. Ce qu’il y a sur la litière, que les porteurs tiennent bien haut sur leurs épaules, il n’est pas possible de le voir. On devine le corps étendu dans ses bandelettes et couvert d’un drap, seulement par la forme qu’il dessine et on se rend compte que c’est un corps qui a déjà atteint son développement complet car il est aussi long que la litière.
À côté une femme voilée, que soutiennent des parents ou des amies, chemine en pleurant. Ce sont les seules vraies larmes dans cette comédie larmoyante. Quand un porteur rencontre une pierre, un trou, une bosse de la route, cela donne une secousse à la litière et la mère gémit:
“Oh! non! Allez doucement! Il a tant souffert, mon petit!”
Et elle lève une main tremblante pour caresser le bord de la litière. Elle ne saurait faire plus et, dans cette impuissance, elle baise les voiles qui flottent et les rubans que le vent soulève parfois et qui viennent effleurer la forme immobile.
“C’est la mère” dit Pierre ému et dans son œil fin et bon brille une larme.
Mais il n’est pas le seul à avoir les larmes aux yeux devant ce déchirement: Le Zélote, André, Jean et jusqu’au toujours jovial Thomas ont dans les yeux la lueur d’une larme. Tous, tous sont profondément émus. Judas Iscariote murmure: “Si c’était moi! Oh! ma pauvre mère…”
189.2 - Jésus a dans les yeux une douceur intolérable, tant elle est profonde. Il se dirige vers la litière.
La mère sanglote plus fort car le cortège tourne en direction du tombeau déjà ouvert. Voyant que Jésus va toucher la litière, elle l’écarte violemment. Qui sait ce qu’elle peut craindre dans son délire? Elle crie; “Il est à moi!” et elle regarde Jésus avec des yeux hagards.
“Je le sais, mère. Il est à toi”.
“C’est mon fils unique! Pourquoi la mort pour lui, pour lui qui était bon et qui m’était si cher, ma joie de veuve? Pourquoi?”
La foule des pleureuses fait retentir plus haut ses cris funèbres et rétribués pour faire écho à la mère qui continue:
“Pourquoi lui et pas moi? Ce n’est pas juste que celle qui a engendré voit périr son fruit. Le fruit doit vivre, car autrement, car autrement à quoi servent ces entrailles qui se déchirent pour mettre au monde un homme?”