Jésus se retourne et regarde ses apôtres. Judas s’avance.
“Non pas toi” commande Jésus.
“Toi, Mathieu. Va et informe-toi.”
“C’est une rixe, Maître. Il y a un homme mourant. Un juif. Le meurtrier s’est échappé: c’était un romain Probablement l'amant romain de Marie Madeleine. Il a été entrevu durant le sermon sur la montagne (EMV 174.12). . La femme, la mère et les petits enfants sont accourus… Mais il meurt.”
“Allons.”
“Maître… Maître… Le fait s’est produit dans la maison d’une femme… qui n’est pas l’épouse.”
“Allons-y.”
183.3 - Ils entrent par la porte ouverte dans un large et long vestibule qui donne ensuite sur un beau jardin. La maison semble divisée par cette espèce de péristyle très riche en plantes vertes dans des vases, en statues Toutes ces statues seront supprimées par Marie Madeleine après sa conversion (voir EMV 277.1). et en objets de marqueterie. Quelque chose d’intermédiaire entre la salle et la serre. Dans une pièce, dont la porte est ouverte sur le vestibule, se trouvent des femmes en pleurs. Jésus entre sans hésiter. Il ne donne pourtant pas son salut habituel.
Parmi les hommes présents, il y a un marchand qui doit connaître Jésus car, à peine il le voit, il dit:
“Le Rabbi de Nazareth!”
Et il le salue respectueusement.
“Joseph, qu’y a-t-il?”
“Maître, un coup de poignard au cœur… Il meurt.”
“Pourquoi?”
Une femme aux cheveux gris et défaits se lève - elle était à genoux près du mourant dont elle tenait une main déjà inerte - et avec des yeux de folle elle crie:
“À cause d’elle, à cause d’elle!… Elle me l’a rendu satanique… Plus de mère, plus d’épouse, plus d’enfants, il n’y avait plus rien pour lui! L’enfer doit te posséder, satan!”
Jésus lève les yeux en suivant la main tremblante qui accuse et il voit dans un coin, contre le mur rouge foncé, Marie de Magdala, plus provocante que jamais, je dirais vêtue… de rien jusqu’à mi-corps, car elle est à moitié nue au-dessus de la taille, enveloppée d’une sorte de filet à mailles hexagonales avec des petites boules qui me paraissent des perles. Mais elle est dans la pénombre et je ne vois pas bien. Cf. les commentaires de Jésus sur cette scène en EMV 234.4.
Jésus baisse de nouveau les yeux. Marie, excitée par son indifférence, se redresse alors qu’auparavant elle était comme accablée, et elle se donne une contenance.
“Femme” dit Jésus à la mère. “Pas d’imprécations. Réponds. Pourquoi ton fils était-il dans cette maison?”
“Je te l’ai dit. Parce qu’elle l’avait rendu fou. Elle.”
“Silence. Lui aussi était donc en état de péché puisque adultère et père indigne de ces innocents. Il mérite donc son châtiment. En cette vie et dans l’autre, il n’y a pas de miséricorde pour qui ne se repent pas. Mais j’ai pitié de ta douleur, femme, et de ces innocents.
183.4 - Ta maison est loin?”
“Une centaine de mètres.”
“Soulevez l’homme et portez-le là.”
“Ce n’est pas possible, Maître, dit le marchand Joseph. Il est sur le point de mourir.”
“Fais ce que je dis.”
Ils passent une planche sous le corps du moribond et le cortège sort lentement. Il traverse la rue et pénètre dans un jardin ombragé. Les femmes continuent de pleurer bruyamment. Lorsqu’ils sont à l’intérieur du jardin, Jésus se tourne vers la mère:
“Peux-tu pardonner? Si tu pardonnes, Dieu pardonne. Il faut se faire un cœur bon pour obtenir grâce. Celui-ci a péché et péchera encore. Pour lui mieux vaudrait mourir car en vivant il retombera dans le péché et il devra en plus répondre de son ingratitude envers Dieu qui le sauve. Mais toi et ces innocents (il indique l’épouse et les enfants) tomberiez dans le désespoir. Je suis venu pour sauver et non pour perdre Rappel des paroles dites par Jésus un peu plus tôt (Cf. note 4 ci-dessus). . Homme, je te le dis: lève-toi et sois guéri.”
L’homme reprend vie et ouvre les yeux. Il voit sa mère, ses enfants, sa femme. Il baisse la tête, honteux.
“Fils, fils!” dit la mère. “Tu étais mort s’il ne t’avait pas sauvé. Reviens à toi. Ne délire pas pour une…”
Jésus interrompt la vieille:
“Femme, tais-toi. Montre la même miséricorde dont tu as profité. Ta maison est sanctifiée par le miracle En EMV 234.4/5, Jésus revient longuement sur ce miracle et sur son contexte. qui est toujours une preuve de la présence de Dieu. C’est pour cela que je n’ai pu l’accomplir dans la maison du péché. Toi, au moins, garde ta maison telle, même si lui ne le sait pas. Soignez-le, maintenant. Il est juste qu’il souffre quelque peu. Sois bonne, femme. Et toi. Et vous, les petits. Adieu.”
Jésus a posé la main sur la tête des deux femmes et des petits.
183.5 - Puis il sort en passant devant Marie de Magdala qui a suivi le cortège jusqu’au bout de la rue et est restée adossée contre un arbre. Jésus ralentit comme pour attendre les disciples, mais je crois qu’il le fait pour donner à Marie la possibilité de faire un geste. Mais elle ne le fait pas.
Les disciples rejoignent. Jésus et Pierre ne peut se retenir de dire à Marie, entre les dents, une épithète appropriée. Et elle pour se donner une contenance éclate de rire ce qui est pour elle un bien pauvre triomphe.
Mais Jésus a entendu la parole de Pierre. Il se retourne et lui dit sévèrement:
“Pierre, Moi, je n’insulte pas. N’insulte pas Cette réprimande de Pierre est aussi un enseignement pour Marie Madeleine, comme Jésus l'explique ensuite en EMV 234.5. . Prie pour les pécheurs. Rien d’autre.”
Marie cesse de rire, baisse la tête et s’enfuit comme une gazelle vers sa maison.