– Je me souviens que je suis la Miséricorde.»
Le vieil Éli, échevelé, bouleversé, les vêtements en désordre, court vers Jésus bras tendus et s’écroule à ses pieds en criant:
«Pitié! Pitié! Pardon! Ne te venge pas de ma dureté de cœur sur un innocent. Toi seul peux le sauver! Dieu, ton Père, t’a conduit ici. Je crois en toi! Je te vénère! Je t’aime! Pardon! Je me suis montré injuste et menteur! Mais me voilà puni. Ces heures sont à elles seules une punition. À l’aide! C’est le garçon, le seul fils de mon garçon qui est mort. Et elle m’accuse de l’avoir tué.»
Il pleure en se frappant la tête contre terre en cadence.
«Allons, ne pleure pas comme ça. Veux-tu mourir sans plus te soucier de voir grandir cet enfant?
– Il meurt! Il meurt! Il est peut-être déjà mort. Fais-moi mourir, moi aussi. Que je n’aie pas à vivre dans cette maison vide! Oh, mes tristes derniers jours!
– Éli, relève-toi et allons-y…
– Tu… tu viens vraiment? Mais sais-tu qui je suis?
– Un malheureux. Allons.»
Le vieil homme se lève et dit:
«Je pars en avant, mais toi, cours, cours, dépêche-toi!»
Et il s’en va d’autant plus rapidement que le désespoir lui aiguillonne le cœur.
«Seigneur, crois-tu que cela puisse le faire changer? Ah! quel miracle inutile! Laisse donc mourir ce petit serpent! Le vieux mourra aussi de chagrin et… ça en fera un de moins sur ta route. C’est Dieu qui a pensé à…
– Simon! En vérité, en ce moment c’est toi le serpent.»
Repoussant sévèrement Pierre, qui reste tête basse, Jésus va de l’avant Cette scène n'est pas sans rappeler le "Arrière Satan !" que prononcera Jésus quand Pierre lui suggèrera de ne pas accomplir son destin de Rédemption selon Matthieu 16,22-23 et Marc 8,33 – Maria Valtorta EMV 346.6. .
161.4 - Près de la place la plus grande de Capharnaüm se trouve une belle maison devant laquelle la foule fait grand bruit… Jésus s’y rend et il est sur le point d’y arriver lorsque, par la porte grande ouverte, sort le vieillard, suivi d’une femme échevelée qui serre dans ses bras un petit être à l’agonie.
Le venin paralyse déjà ses organes et la mort est proche. Sa menotte blessée pend avec la marque de la morsure à la base du pouce. Éli ne cesse de crier:
«Jésus, Jésus!»
Jésus, serré, écrasé par la foule qui l’empêche presque de faire le moindre geste, prend cette menotte, la porte à sa bouche, suce la blessure, puis souffle sur le petit visage cireux aux yeux vitreux à demi clos. Puis il se redresse en disant:
«Voilà, l’enfant s’éveille. Ne l’effrayez pas par tous vos visages bouleversés. Il aura déjà bien assez peur au souvenir du serpent.»
De fait, l’enfant, dont le visage reprend couleur, ouvre la bouche et bâille longuement, se frotte les yeux puis les ouvre et paraît ébahi de se trouver au milieu de tant de monde; puis il se souvient et tente de fuir en faisant un bond si soudain qu’il serait tombé si Jésus ne l’avait reçu promptement dans ses bras.
«Du calme! De quoi as-tu peur? Regarde ce beau soleil! Voilà le lac, ta maison, et ici ta maman et ton grand-père.
– Et le serpent?
– Disparu. C’est moi qui suis là.
– Toi, oui…»
L’enfant réfléchit… puis, se faisant naïvement la voix de la vérité, il ajoute:
«Mon grand-père me disait de te traiter de “maudit”. Mais je ne le fais pas. Moi, je t’aime bien.
– Moi, j’ai dit cela? Cet enfant délire! N’en crois rien, Maître. Je t’ai toujours respecté.»
Une fois sa peur surmontée, sa vieille nature réapparaît La guérison du jeune Élisée n'est pas sans rappeler l'un des signes qui accompagnent le Messie tels qu'annoncés par Isaïe 11,8. Éli, qui connait nécessairement les Écritures, aurait pu y réfléchir : il ne le fera pas. .
«Les paroles ont de la valeur ou non. Je les prends pour ce qu’elles valent. Adieu, mon petit, adieu, femme, adieu Éli. Aimez-vous bien et aimez-moi, si vous le pouvez.»
Jésus tourne le dos et se dirige vers la maison où il habite C'est-à-dire dans la maison d'un ami de sa famille, Thomas de Capharnaüm. .
161.5 - «Pourquoi, Maître, ne pas avoir accompli un miracle éclatant? Tu aurais dû ordonner au venin de quitter l’enfant, tu aurais dû te montrer Dieu. Au lieu de cela tu as sucé le venin comme l’aurait fait le premier venu.»
Judas n’est pas très content. Il aurait voulu quelque chose de sensationnel.
Mais d’autres sont du même avis:
«Tu devais écraser cet ennemi de toute ta puissance. Tu as entendu, hein? Son venin est aussitôt réapparu…
– Peu importe le venin. Observez plutôt que, si j’avais agi comme vous l’auriez souhaité, il aurait dit que Béelzéboul m’aidait. Dans son âme en ruines, il peut encore admettre mon pouvoir de médecin. Pas davantage. Le miracleamène à la foi ceux qui sont déjà sur cette route. Mais chez ceux qui n’ont pas d’humilité – la foi prouve toujours l’existence de l’humilité dans une âme –, le miracle les pousse au blasphème. Par conséquent, mieux vaut éviter ce risque en recourant à des procédés apparemment humains.
C’est la misère des incrédules, leur misère inguérissable. Il n’y a pas d’argent qui la fasse disparaître, car aucun miracle ne porte à croire ni à être bons. Peu importe. Je fais mon devoir, eux suivent leurs tendances mauvaises.
– Mais alors, pourquoi l’avoir fait?
– Parce que je suis la Bonté et afin que l’on ne puisse dire que j’ai été vindicatif à l’égard de mes ennemis et provocateur vis-à-vis de ceux qui le sont. J’accumule sur leur tête des charbons ardents Par allusion à Proverbes 25,22 (Repris par St Paul dans Romains 12, 20) . Et ce sont eux qui me la présentent pour que je les accumule. Judas, fils de Simon, sois bon, ne cherche pas à agir comme eux. Mais cela suffit. Allons chez ma Mère. Elle sera heureuse de savoir que j’ai guéri un enfant.»