“Toi”
“Et pourquoi ne m’as-tu pas cherché en ville?”
“Je n’osais pas… Si tu m’avais repoussé devant tout le monde, j’en aurais eu trop de douleur et de honte.”
“Tu pouvais m’appeler dès que j’ai été seul avec les miens.”
“J’espérais te rejoindre quand tu aurais été seul, comme Photinaï. J’ai aussi un grand motif d’être seul avec Toi…”
“Que veux-tu? Que portes-tu sur tes épaules avec tant de peine?”
“Ma femme. Un esprit en a pris possession et en a fait un corps mort et une intelligence éteinte. Je dois la faire manger, l’habiller, la porter comme une petite. Elle a été prise ainsi, sans maladie… Ils l’appellent la “possédée”. J’en souffre. Je peine et j’ai des dépenses. Regarde.”
L’homme dépose sur le sol son fardeau de chairs inertes enveloppées dans un manteau comme dans un sac et découvre un visage de femme encore jeune, mais qu’on pourrait croire morte si elle ne respirait pas. Les yeux clos, la bouche entrouverte… la physionomie d’une personne qui a rendu le dernier soupir.
Jésus se penche sur la malheureuse, couchée par terre; il la regarde, regarde l’homme:
“Tu crois que je puis? Pourquoi le crois- tu?”
“Parce que tu es le Christ.”
“Mais tu n’as rien vu qui le prouve.”
“J’ai entendu ta parole. Elle me suffit.”
147.3 – “Pierre, tu l’entends? Que dis-tu que je doive faire maintenant, devant une foi aussi parfaite?”
“Mais… Maître… Toi… Moi… Mais en somme, fais-le Toi.”
Pierre est très gêné.
“Oui. Je le fais. Homme, regarde.”
Jésus prend la femme par la main et commande:
“Quitte-la. Je le veux.”
La femme, jusqu’alors inerte, a une horrible convulsion d’abord muette et puis ce sont des cris et des lamentations qui se terminent par un grand cri durant lequel elle ouvre les yeux jusqu’alors fermés, se frottant les yeux, comme si elle s’éveillait d’un cauchemar.
Puis elle se calme, et un peu abasourdie regarde tout autour, dévisageant d’abord Jésus, l’Inconnu qui lui sourit… elle regarde la poussière du chemin sur lequel elle est allongée, une touffe d’herbe qui a poussé au bord du chemin et sur laquelle les têtes blanches-rouges des pâquerettes sont comme des perles tout près de s’épanouir C'est le début janvier, mais la végétation a un à deux mois d'avance en Palestine, et les premiers signes du printemps peuvent être précoces. . Elle regarde la haie de cactus, le ciel si azuré, et puis elle tourne les yeux et voit son homme… son homme qui la regarde avec anxiété et observe attentivement tous ses mouvements. Elle sourit et puis, avec la complète liberté qui lui est revenue, se dresse et se réfugie sur la poitrine du mari qui la caresse et l’embrasse en pleurant.
“Comment? Ici? Pourquoi? Quel est cet homme?”
“C’est Jésus, le Messie. Tu étais malade. Il t’a guérie. Dis-lui que tu l’aimes bien.”
“Oh! oui! Merci… Mais qu’est-ce que j’avais? Mes enfants… Simon… Je ne me souviens pas d’hier, mais je me rappelle que j’ai des enfants…”
Jésus parle: