“Il y venait des foules, bien que ce fût l’hiver. Pourquoi le déçois-tu?”

“Ce n’est pas Moi. Les purs d’Israël en ont décidé ainsi.” C'est ainsi que se présentaient les pharisiens et les scribes, au temps de Jésus.

“Quoi? Pourquoi? Quel mal faisais-tu? La Palestine a beaucoup de rabbis qui parlent où ils veulent. Pourquoi cela ne t’est-il pas permis, à Toi?”

“Ne cherche pas, Cléophas. Tu es âgé et sage. Ne te mets pas au cœur le poison de cette amère connaissance.”

“Mais peut-être, tu disais des doctrines nouvelles, estimées dangereuses, oh! certainement par erreur d’appréciation par les scribes et les pharisiens? Tout ce que nous savons de Toi ne nous semble pas… est-ce vrai Simon? Mais nous ne connaissons pas tout, peut-être. En quoi consiste pour Toi la Doctrine?” demande Hermas.

“Dans la connaissance précise du Décalogue, dans l’amour et la miséricorde. L’amour et la miséricorde, cette respiration, ce sang de Dieu, c’est la règle de ma Doctrine et de ma conduite. Et j’en fais l’application dans toutes les situations de ma journée.”

“Mais, ce n’est pas une faute! C’est de la bonté!”

“Les scribes et les pharisiens jugent que c’est une faute, mais Moi, je ne puis mentir à ma mission ni désobéir à Dieu qui m’a envoyé sur la terre comme “Miséricorde”. Il est venu le temps de la Miséricorde totale, après des siècles de Justice. Elles sont sœurs, comme nées d’un même sein. Mais d’abord la Justice a été plus forte et l’autre adoucissait seulement sa rigueur - car Dieu ne peut s’empêcher d’aimer - maintenant, c’est la Miséricorde qui est reine et combien s’en réjouit la Justice qui souffrait tant de devoir punir! Si vous y regardez de près, vous voyez aisément qu’elles ont toujours existé à partir du moment où l’Homme a contraint Dieu à être sévère. L’existence de l’humanité n’est que la preuve de ce que je dis. La miséricorde est mélangée à la punition même d’Adam. Il pouvait les réduire en cendres du fait de leur péché. Il leur a donné l’expiation Genèse 3,23. . Aux yeux de la femme, cause de tout le mal, humiliée pour cette raison, Il a fait briller la figure d’une Femme, cause du bien. À eux deux il a accordé des enfants et les connaissances nécessaires à l’existence. À Caïn assassin, en même temps que le frappait la justice Genèse 4,11-12. , Il a accordé un signe qui était miséricorde pour qu’on ne le tuât pas Genèse 4,15. .

Et à l’humanité corrompue, Il a accordé Noé, pour la conserver dans l’arche Genèse 6,17-18. . Et à partir de là Il a promis un pacte éternel de paix. Plus de Déluge impitoyable, plus. La Justice a été influencée par la Miséricorde Genèse 9,8-11. . Voulez-vous remonter avec Moi l’Histoire Sacrée jusqu’à mon arrivée! Vous verrez toujours, et toujours plus larges se répandre les ondes de l’amour. Maintenant c’est la pleine marée de Dieu, et elle te soulève, ô humanité, sur ses eaux douces et calmes, elle te soulève jusqu’au Ciel, pure, belle, et elle te dit: “Je te rends à mon Père”.

Les trois sont absorbés dans l’étonnement d’une telle lumière d’amour. Puis Cléophas soupire:

140.4 – “C’est ainsi. Mais Toi seul Tu es ainsi! Qu’en sera-t-il de Joseph? Il devrait déjà avoir été entendu? L’aura-t-il été?”

Personne ne répond. Cléophas se tourne vers Jésus:

“Maître, il s’agit de quelqu’un d’Emmaüs. Son père, autrefois a répudié son épouse qui alla à Antioche s’établir avec un frère, propriétaire d’un magasin. Cet homme est tombé dans une faute grave. Lui n’avait jamais connu cette femme, qui avait été chassée après quelques mois de mariage, et je n’en cherche pas les raisons. Il n’avait rien su d’elle, parce que naturellement son nom était banni de cette maison. Arrivé à âge d’homme, et ayant hérité de son père son commerce et ses biens, il pensa à se marier. Il avait connu à Joppé une femme propriétaire d’un riche magasin et l’avait épousée. Or, je ne sais pas comment on sut ni comment on fit à savoir que cette femme était une fille de l’épouse de son père. Donc, péché grave Lévitique 18,9. , bien qu’à mon avis, la filiation de cette femme soit très incertaine. Joseph, frappé de condamnation, a perdu à la fois sa tranquillité de fidèle et de mari. Malgré son chagrin, il répudia sa femme, sa prétendue sœur, qui de douleur fut prise par la fièvre et en mourut. Malgré cela, on ne lui a pas pardonné. Moi je dis qu’en conscience, s’il n’y avait pas d’ennemis autour de son bien, il n’aurait pas été ainsi frappé. Toi, que ferais- tu?”

“Le cas est très grave, Cléophas. Quand tu es venu vers Moi, pourquoi ne m’en as-tu pas parlé?”

“Je ne voulais pas t’éloigner d’ici…”

“Oh! mais des choses de ce genre ne me chassent pas! Maintenant, écoute. Matériellement, c’est l’inceste et par conséquent la punition. Mais la faute, pour être moralement une faute, doit avoir pour base la volonté de pécher. Cet homme a-t-il sciemment commis un inceste? Tu dis que non. Alors, où est la faute? Je veux dire: la faute d’avoir voulu pécher? Il reste celle de la vie commune avec une fille de son propre père. Mais tu dis que cette parenté est incertaine. Et même si elle était établie, la faute cesse avec l’interruption de la vie commune. Ici, l’interruption est certaine non seulement par la répudiation mais du fait que la mort est survenue. Je dis donc qu’on devrait pardonner à cet homme même ce semblant de péché. Je dis: puisqu’il n’y a pas de condamnation pour l’inceste royal qui dure au vu et su de tout le monde Allusion à l'inceste d'Hérode Antipas et d'Hérodiade, sa nièce et sa belle-sœur. Il aurait du être condamné en application de la Loi. , on devrait avoir pitié de ce cas douloureux, dont l’origine remonte à l’autorisation accordée par Moïse de répudier sa femme, pour éviter des maux plus nombreux, sinon plus graves. Cette permission, je la condamne, car l’homme, bien ou mal marié doit vivre avec son épouse et ne pas la répudier, ce qui favorise des adultères et des situations semblables à celle-ci. En outre, je le répète, en matière de sévérité, il faut l’exercer avec une égale mesure à l’égard de tous. Et surtout à l’égard de soi-même et des grands. Maintenant, personne, que je sache, à part le Baptiste, n’a élevé la voix contre le péché du roi C'est en tout cas ce qui nous est transmis par l'Histoire. . Ceux qui condamnent sont-ils exempts de fautes semblables ou pires, ou bien leur nom et leur puissance servent-ils à les voiler, comme leur somptueux manteau dérobe la vue de leur corps que le vice rend souvent malade?”

“Tu as bien parlé, Maître. C’est bien cela. Mais Toi, en somme, qui es-tu?…” demandent ensemble les deux amis du chef de la synagogue.

140.5 – Jésus ne peut répondre, car on ouvre la porte que franchit Simon Deuxième compagnon d'Emmaüs. Pour Origène, un Père de l'Église du IIIème siècle (185-253) il est évident que le deuxième pèlerin d'Emmaüs s'appelle Simon. Il écrit (Origène, Contre Celse, Livre II, § 62) : "Et in evangelio Lucae, ad invicem Simone et Cleopha de omnibus quae sibi acciderant colloquentibus , superveniens Jesus ambulabat cum eis" (Et dans l'évangile de Luc, Simon et Cleophas discutaient entre eux de tout ce qui leur était arrivé, quand Jésus se mit à marcher avec eux). , beau-père de Cléophas fils.

“Bon retour? Et bien?”

La curiosité est si vive que personne ne pense plus au Maître.

“Et bien… condamnation absolue. Ils n’ont même pas accepté l’offrande du sacrifice Offrande du sacrifice en cas de faute inintentionnée, voire Lévitique 5,17-19. . Joseph est séparé d’Israël.”

“Où est-il?”

“Là, dehors, et il pleure. J’ai cherché à parler avec les plus puissants. Ils m’ont chassé comme un lépreux. Maintenant… Mais… C’est la ruine de cet homme. Les biens et l’âme. Que voulez-vous qu’il fasse?”

Jésus se lève et se dirige vers la porte sans une parole.

Le vieux Cléophas croit que Lui s’est offensé de sa négligence et il dit: