“Voilà l’erreur! Ce serait justement le moment de ne pas se terrer. Mais de rechercher la compagnie: celle des bons pour en recevoir une aide. Le simple contact avec la paix des bons calme la fièvre. Et rechercher aussi la compagnie de ceux qui critiquent, car, cause de cet orgueil qui pousse à se cacher pour qu’on ne déchiffre pas le secret de nos âmes tentées, cela réagirait contre la faiblesse morale et on ne tomberait pas.”
“Toi, tu es allé au désert…”
“Parce que je pouvais le faire. Mais malheur à ceux qui sont seuls s’ils ne sont pas, dans leur solitude, multitude contre la multitude.”
“Comment? Je ne comprends pas.”
“Multitude de vertus contre la multitude des tentations. Quand il y a peu de vertu, il faut faire comme ce lierre inconsistant s’accrocher aux branches des arbres robustes pour monter.”
“Merci, Maître. Je m’attache à Toi et aux compagnons. Mais aidez-moi tous. Vous êtes tous meilleurs que moi.”
“Meilleur a été le milieu frugal et honnête où nous avons grandi, ami. Mais maintenant, tu es avec nous et nous t’aimons bien Tu verras… Ce n’est pas pour critiquer la Judée, mais crois qu’en Galilée, au moins dans nos pays, il y a moins de richesse et moins de corruption. Tibériade, Magdala, d’autres endroits où l’on se réjouit, sont près de nous. Mais nous, nous vivons avec notre âme simple, grossière, si tu veux, mais laborieuse, saintement satisfaite de ce que Dieu nous a accordé.” dit Jacques d’Alphée.
“Mais, sais-tu, Jacques? La maman de Judas est une sainte femme. On voit la bonté peinte sur son visage” objecte Jean.
Judas de Kérioth lui sourit, heureux du compliment et son sourire s’épanouit quand Jésus ajoute:
“Tu l’as bien dit, Jean. C’est une sainte créature.”
“Eh! oui, mais le rêve de mon père était de faire de moi un grand du monde et il m’a séparé bien vite et trop profondément de ma mère…” Conforme aux informations données par Judas à Jésus en EMV 71.2.
139.4 – “Mais qu’avez-vous à dire, vous qui ne cessez de parler? demande de loin Pierre. Arrêtez-vous! Attendez-nous. Ce n’est pas gentil d’aller ainsi sans penser à moi qui ai les jambes courtes. ” Pierre et les plus âgés (Simon, Nathanaël…) peinent en montagne (voir le début du chapitre). Ils auront souvent du mal à suivre l'allure de Jésus.
Ils s’arrêtent jusqu’à ce que l’autre groupe les ait rejoints.
“Ouf! Comme je t’aime bien, ma petite barque! Ici, on peine comme des esclaves… Que disiez-vous?”
“Nous parlions des qualités pour être bons” répond Jésus.
“Et à moi, tu ne les dis pas, Maître?”
“Mais oui: ordre, patience, constance, humilité, charité… Je l’ai dit beaucoup de fois!” Déjà évoqué en EMV 94.8 à propos de Samson, puis lors de l'appel de Mathieu, en EMV 97.2 ; puis à nouveau à Béthanie, chez Simon, en EMV 135.6.
“Mais, l’ordre, non. Que vient-il faire?”
“Le désordre n’est jamais une bonne qualité. Je l’ai expliqué à tes compagnons. Ils te le diront. Et je l’ai mis en tête alors que j’ai mis pour terminer la charité, car ce sont les deux extrémités d’une droite parfaite. Or tu sais qu’une droite tracée sur un plan n’a pas de commencement ni de fin. Les deux extrêmes peuvent s’interchanger. Alors que pour une spirale ou un dessin quelconque qui ne se ferme pas sur lui-même, il y a toujours un commence ment et une fin. La sainteté est linéaire, simple, parfaite et n’a que deux extrémités, comme la droite.”
“C’est facile de faire une droite…”
“Tu crois? Tu te trompes. Dans un dessin, même compliqué, un petit défaut peut passer inaperçu, mais dans une droite, on voit tout de suite chaque erreur: ou de pente ou d’incertitude. Quand Joseph m’apprenait le métier, il insistait beaucoup pour que les tables soient bien planes et, avec raison, il me disait: “Vois-tu, mon fils? Une légère imperfection dans un enjolivement ou un travail fait au tour, ça peut encore passer, car un œil qui n’est pas très habitué, s’il observe un point ne voit pas l’autre. Mais si une planche n’est pas aplanie comme il faut, même pour le travail le plus simple, comme une table de paysan, c’est un travail manqué. Ou elle penche, ou elle est boiteuse. Elle n’est plus bonne que pour le feu”. Nous pouvons dire cela aussi pour les âmes. Pour ne plus servir à autre chose qu’au feu de l’enfer, c’est-à-dire pour conquérir le Ciel, il faut être parfait comme une planche rabotée et dressée comme il faut. Celui qui commence son travail spirituel dans le désordre, en commençant par des choses inutiles, en sautant, comme un oiseau inquiet, d’une chose à une autre, lorsqu’il veut joindre les différentes parties de son travail, il n’arrive plus à rien. Pas d’assemblage possible. Par conséquent l’ordre. Par conséquent la charité. Puis, en gardant fixées entre les deux étaux ces deux extrêmes, qu’ils ne bougent plus du tout, travailler à tout le reste: que ce soit ornements ou sculptures. As-tu compris?”
139.5 – “J’ai compris.”
Pierre digère en silence la leçon qui lui est donnée et conclut tout à coup:
“Alors mon frère est plus brave que moi. Lui est vraiment ordonné. Un pas après l’autre, silencieux, calme. Il semble ne pas bouger, et, au contraire… Je voudrais faire vite et beaucoup de choses, et je ne fais rien. Qui va m’aider?”
“Ton bon désir. Ne crains pas, Pierre. Tu fais, toi aussi. Tu te fais.”
“Et moi?”
“Toi aussi, Philippe.”
“Et moi? Il me semble n’être absolument bon à rien, moi.”
“Non Thomas, toi aussi tu te travailles. Tous, tous vous vous travaillez. Vous êtes des arbres sauvages, mais greffés vous changez lentement et sûrement et Moi, j’ai en vous ma joie.”
“Voilà: nous sommes tristes et tu nous consoles. Faibles et tu nous fortifies. Peureux, et tu nous donnes le courage. Pour tous, et dans tous les cas, tu as tout de suite le conseil et le réconfort. Comment fais-tu, Maître, pour être toujours si prompt et si bon?”
“Mes amis, c’est pour cela que je suis venu sachant à l’avance ce que j’aurais trouvé et ce que je devrais faire. Quand on n’a pas d’illusions, on n’est pas déçu, on ne perd pas haleine. On va de l’avant. Rappelez-vous-le, pour quand, vous aussi, vous devrez travailler l’homme animal pour en faire l’homme spirituel.”