139 – Sur les monts d’Emmaüs. Le caractère de Judas et les qualités des bons
17 avril 1945
Le mardi 17 avril 1945.
139.1 – Jésus se trouve avec les siens dans un endroit très montagneux. La route est incommode et difficile Pour rejoindre Emmaüs depuis La Belle Eau, il faut traverser les monts au Nord de Jérusalem, soit 35 à 40 km que l'on parcoure en 1,5 jour de marche pénible. . Les plus âgés sont très fatigués. Les jeunes, au contraire, sont tous joyeux autour de Jésus et montent avec agilité, causant entre eux. Les deux cousins, les deux fils de Zébédée et André sont joyeux à la pensée de retourner en Galilée, et leur joie est telle qu’elle gagne même l’Iscariote qui depuis quelque temps est dans les meilleures dispositions d’esprit. Il se borne à dire:
“Cependant, Maître, pour la Pâque quand on vient au Temple… tu reviendras à Kérioth Jésus rappellera cette promesse faite à Judas en EMV 174.16. ? Ma mère espère toujours de t’avoir. Elle me l’a fait savoir. Et mes concitoyens aussi…”
“Certainement. À présent, même si on le voulait, la saison est trop dure pour aller sur ces routes difficiles. Voyez comme c’est fatigant, même ici Les jours sont courts, les chemins boueux et le temps froid ! . Et, si on ne me l’avait pas imposé, je n’aurais pas entrepris le voyage en ce moment… Mais, on ne pouvait plus rester…”
Jésus se tait, pensif.
“Et ensuite, je veux dire: pour la Pâque, pourra-t-on venir? Je voudrais montrer ta grotte à Jacques et à André.” dit Jean.
“Tu oublies l’amour de Bethléem pour nous? demande l’Iscariote. Pour le Maître, surtout.”
“Non, mais j’irais plutôt avec Jacques et André, Jésus pourrait rester à Yutta ou dans ta maison…” À Yutta, chez Joachim et Sara, ou à Kérioth dans la maison de Marie de Simon, la mère de Judas.
“Oh! Cela me plaît. Le feras-tu, Maître? Eux vont à Bethléem. Tu restes avec moi à Kérioth. En effet tu n’as jamais été seul avec moi Effectivement, Jésus n'a pas encore été seul à seul avec Judas. … et je désire tant de t’avoir tout pour moi…”
“Tu es jaloux? Ne sais-tu pas que je vous aime tous de la même façon? Ne crois-tu pas que je suis avec vous tous, même quand il vous semble que je suis loin de vous?”
“Je sais que tu nous aimes. Si tu ne nous aimais pas, tu devrais être bien plus sévère, avec moi du moins. Je crois que ton esprit veille toujours sur nous. Mais nous ne sommes pas qu’esprit. Il y a aussi l’homme, avec ses amours d’homme, ses désirs, ses regrets. Mon Jésus, je sais que je ne suis pas celui qui te rend le plus heureux. Mais je crois que tu sais comme il est vivant en moi le désir de te plaire et mon regret pour toutes les heures que je tu perds à cause de ma misère…”
“Non, Judas. Je ne perds pas. Je te suis plus près qu’aux autres et précisément parce que je sais qui tu es.”
139.2 – “Qui suis-je, mon Seigneur? Dis-le. Aide-moi à comprendre ce que je suis. Je ne me comprends pas. Il me semble être une femme troublée par des désirs de conception. J’ai des désirs saints et d’autres qui sont dépravés. Pourquoi? Que suis-je?”
Jésus le regarde d’un regard indéfinissable. Il est triste, mais d’une tristesse mélangée de pitié. Une telle pitié! On dirait un médecin qui se rend compte de l’état d’un malade et qui sait que c’est un malade qui ne peut guérir…Mais il ne parle pas.
“Dis-le, mon Maître. Ton jugement sera toujours le moins sévère de tous sur le pauvre Judas. Et puis… nous sommes frères. Il ne m’importe pas qu’ils sachent de quoi je suis fait. Au contraire, le sachant de Toi, ils corrigeront leur jugement et m’aideront. N’est-ce pas?”
Les autres sont gênés et ne savent que dire. Ils regardent leur compagnon. Ils regardent Jésus.
Jésus attire près de Lui l’Iscariote, à la place où était d’abord le cousin Jacques, et il dit:
“Tu es simplement désordonné. Tu as en toi tous les meilleurs éléments, mais ils ne sont pas bien fixés et le moindre souffle de vent les disloque. Tout à l’heure nous sommes passés par ce défilé et on nous a montré les dégâts causés aux pauvres maisons de ce petit pays par l’eau, la terre et les arbres C'est le glissement de terrain qui a causé la mort des parents de Marziam. On en reparle en EMV 191.3. Puis Jésus en évoque le souvenir en EMV 191.4. Ici l'information passe presque inaperçue ! . L’eau, la terre, les arbres sont des choses utiles et bénies, n’est-il pas vrai? Et pourtant elles sont devenues maudites. Pourquoi? Parce que l’eau du torrent n’avait pas un cours bien réglé, mais par suite de la nonchalance des hommes, il s’était creusé plusieurs lits en suivant son caprice. C’était beau, tant qu’il n’y eut pas de tempête. Alors c’était comme un travail de joaillerie cette eau claire qui se déversait sur la montagne en petites rivières, parures de diamant ou colliers d’émeraude suivant qu’elles reflétaient la lumière ou l’ombre des bosquets. Et les hommes s’en réjouissaient parce qu’elles étaient utiles, ces veines d’eau bruissantes, pour leurs petits champs. Comme ils étaient beaux, les arbres, poussés suivant les caprices des vents, çà et là en groupes imprévus, laissant des clairières pleines de soleil.
Et elle était belle, la terre légère déposée par je ne sais quelles lointaines alluvions parmi les nombreuses ondulations de la colline, si fertile pour la culture. Mais il a suffi que viennent les tempêtes d’il y a un mois On connaît précisément la date de cette journée : deux ou trois jours après la fin des Encénies, soit le 31/12/27. Or la période des pluies à la Belle Eau a eu lieu le 3e, 4e et 5e jour du séjour, soit vers le 20/11/27: c'est bien un mois avant ! pour que les capricieuses dérivations du torrent s’unissent et débordent en désordre en suivant un autre cours, entraînant les arbres en désordre et charriant en contrebas les monceaux de terre arrachés au terrain. Si on avait tenu bien régularisé le cours de l’eau, si les arbres avaient été groupés en bosquets réguliers, si on avait maintenu la terre par des terrasses bien disposées, voilà que ces trois bons éléments: eau, terre, arbres ne seraient pas devenus ruine et mort pour ce petit pays.
Tu possèdes l’intelligence, la hardiesse, l’instruction, la promptitude, la prestance. Tu as tant et tant d’avantages. Mais tout cela est sauvagement disposé en toi et tu laisses tout en cet état. Regarde: tu as besoin d’un travail patient et constant sur toi-même pour mettre de l’ordre. Cet ordre devient ensuite une force, au milieu de tes qualités, de façon que lorsque survient la tempête des tentations le bien qui est en toi ne devienne pas un mal pour toi et pour les autres.”
“Tu as raison, Maître. À chaque moment, je suis chaviré par le vent et tout se bouleverse. Et tu dis que je pourrais…”
“La volonté est tout, Judas.”
139.3 – “Mais, il y a des tentations si mordantes… On se terre de peur que le monde ne les lise sur le visage.”