135.5 – Je t’en prie. Ne reste plus longtemps dans un endroit. Va, tourne, sans leur fournir le moyen de te rejoindre C'est exactement ce que fera Jésus durant les deux années suivantes. . Sois comme un feu follet qui danse sur les tiges des fleurs, rapide, insaisissable, déconcertant dans ses démarches. Fais cela. Non par lâcheté, mais par amour du monde qui a besoin que tu vives pour être sanctifié. La corruption augmente. Oppose-lui la sanctification… La corruption!… Tu as vu la nouvelle citadine de Béthanie? C’est une Romaine mariée à un Juif. Lui est fidèle à la Loi, mais elle est idolâtre. Elle ne pouvait vivre comme elle le voulait à Jérusalem, car il y a eu des disputes avec ses voisins à cause de ses bêtes. Elle est venue ici. Sa maison est remplie d’animaux qui pour nous sont impurs et… la plus immonde, c’est elle, qui se rit de nous et se permet des choses… Moi, je ne puis la critiquer, puisque… Mais je dis qu’on ne met pas les pieds dans ma maison à cause de Marie dont le péché pèse sur toute la famille, mais dans la maison de cette femme, on y va sans scrupule.
C’est qu’elle est en faveur auprès de Ponce Pilate C'est la première mention de Pilate, dont l'Histoire nous informe qu'il a pris ses fonctions en 26. et elle vit séparée de son mari. Lui à Jérusalem. Elle ici. Lui et eux font semblant de ne pas se profaner en y venant et de ne pas constater qu’ils se profanent. Hypocrisie! Ils vivent plongés jusqu’au cou dans l’hypocrisie! Et il s’en faut de peu qu’ils s’y noient. Le sabbat, c’est le jour du festin… Et il y a même des membres du Conseil! C’est un fils d’Hanne qui est le plus assidu.”
“Je l’ai vue. Oui. Et laisse-la faire. Laisse-les faire. Quand un médecin prépare un médicament, il mélange les ingrédients, et l’eau semble corrompue car il les remue, et l’eau paraît trouble. Mais ensuite ce qui est mort se dépose, et l’eau redevient limpide tout en étant saturée des sucs de ces substances salutaires. Ainsi, maintenant. Tout se mélange, et je travaille avec tout le monde. Ensuite ce qui est mort se déposera et on le jettera, ce qui est vivant restera actif dans la grande mer du peuple de Jésus Christ. Descendons. On nous appelle.”…
135.6 – … La vision reprend lorsque Jésus revient sur la terrasse pour parler aux gens de Béthanie et des localités voisines, accouru pour l’entendre.
“Paix à vous. Quand bien même je me tairais, les vents de Dieu vous apporteraient les paroles de mon amour et de la rancœur d’autrui. Je sais que vous êtes en effervescence, car la raison de ma présence, parmi vous ne vous est pas inconnue. Mais que ce ne soit qu’une manifestation joyeuse et bénissez avec Moi le Seigneur qui utilise le mal pour réjouir ses enfants, ramenant par l’aiguillon du mal son Agneau parmi les agneaux pour le mettre à l’abri des loups.
Voyez comme le Seigneur est bon. À l’endroit où j’étais, sont arrivés, comme des eaux à la mer, un fleuve et une rivière. Un fleuve de douceur affectueuse, une rivière de brûlante amertume Le premier, c’était votre amour, depuis Lazare et Marthe, jusqu’au bout du pays; la rivière, c’était l’injuste machination de gens qui ne pouvant venir vers le Bien qui les invite, accusent le Bien d’être le Crime. Et le fleuve disait: “Reviens, reviens parmi nous. Nos eaux t’environnent, t’isolent, te défendent. Elles te donnent tout ce que te refuse le monde” La rivière empoisonnée était menaçante et voulait tuer avec son poison. Mais qu’est-ce qu’une rivière devant un fleuve, et qu’est-elle devant la mer? Rien.
Et le poison de la rivière a été réduit à rien car le fleuve de votre amour l’a annihilé et dans la mer de mon amour ne s’est jetée que la douceur de votre amour. Et même il a fait naître un bien. Il m’a ramené vers vous. Bénissons-en le Seigneur Très-Haut.”
La voix de Jésus se répand, puissante dans l’air calme et silencieux. Jésus, très beau dans la lumière du soleil, sourit avec de: gestes tranquilles du haut de la terrasse. En bas les gens l’écoutent pleins de joie: c’est une floraison de visages levés vers Lui et qui s’épanouissent au son de sa voix harmonieuse. Lazare est près de Jésus, et aussi Simon et Jean. Les autres sont dispersés dans la foule. Marthe aussi, monte sur la terrasse et s’assied par terre aux pieds de Jésus. Elle regarde vers sa maison que l’on voit au-delà du verger. Marthe craint la venue de sa sœur Marie Madeleine.
“Le monde appartient aux méchants. Le Paradis appartient aux bons. C’est la vérité et la promesse. C’est sur elle que s’appuie votre force tranquille. Le monde passe. Le Paradis ne passe pas. Celui qui par sa bonté le conquiert en jouit éternellement. Et alors? Pourquoi se troubler de ce que font les méchants! Vous rappelez-vous les lamentations de Job Job, chapitre 29 et suivants. ?
Ce sont les éternelles lamentations de ceux qui sont bons et que l’on opprime. Car la chair gémit, mais elle ne devrait pas gémir, et plus on la foule aux pieds, plus les ailes de l’âme devraient s’élever dans la joie du Seigneur.
Croyez-vous qu’ils soient heureux ceux qui le paraissent parce que licitement ou plutôt illicitement ils ont des monceaux de blé, des cuves toutes pleines, et leurs outres remplies d’huile? Non. Ils sentent le goût du sang et des larmes d’autrui dans toute leur nourriture, et leur lit leur paraît hérissé de ronces tellement ils y sont dévorés par leurs remords. Ils volent les pauvres et dépouillent les orphelins, pillent le prochain pour toujours amasser, ils oppriment ceux qui sont moins puissants et moins pervers qu’eux. N’importe. Laissez-les faire. Leur royaume est de ce monde. Et à la mort, que leur restera-t-il? Rien. À moins qu’on ne veuille appeler trésor le fardeau des fautes qu’ils portent avec eux et avec lequel ils se présentent à Dieu. Laissez-les faire. Ce sont les fils des ténèbres, révoltés contre la Lumière, et ils ne peuvent suivre ses lumineux sentiers. Quand Dieu fait briller l’Étoile du matin, ils l’appellent ombre mortelle et la croient contaminée. Ils préfèrent cheminer à la lueur ténébreuse de leur or et de leur haine qui ne luisent que parce que les réalités infernales ont la brillante phosphorescence des lacs de perdition…”
135.7 – “Ma sœur, Jésus… oh!”
Lazare découvre Marie qui se glisse derrière une haie du verger de Lazare pour arriver le plus près possible. Elle marche courbée, mais sa tête blonde brille comme de l’or contre le fond du buis sombre.
Marthe va se lever. Mais Jésus lui pose une main sur la tête et elle doit rester où elle est. Jésus élève plus fort encore sa voix.
“Que dire de ces malheureux? Dieu leur a donné le temps de faire pénitence et ils en abusent pour pécher. Mais Dieu ne les perd pas de vue, même quand il semble qu’Il le fasse. Un moment vient: comme la foudre qui brise même le roc, l’amour de Dieu brise leur cœur dur, ou bien encore l’accumulation de leurs fautes fait monter jusqu’à leur gueule et leurs narines la marée de leur fange. Et ils sentent - oh! oui finalement ils sentent le dégoût de cette saveur et de cette puanteur qui répugne aux autres et qui remplit leurs cœurs - il vient un moment où ils en ont la nausée et il s’élève en eux un commencement de désir pour le bien.
L’âme crie alors: “Et qui m’aidera à revenir au temps de ma jeunesse, quand mon âme était dans l’amitié de Dieu Job 29,2. ? Quand sa lumière brillait dans mon cœur et que je marchais dans son rayonnement Job 29,3. ? Quand, devant ma justice, le monde se taisait, plein d’admiration Job 29,7-10. et que quiconque me voyait proclamait mon bonheur Job 29,11. . Le monde buvait mon sourire Job 29,24. et l’on accueillait mes paroles comme les paroles d’un ange et le cœur tressaillait de fierté dans la poitrine de mes proches Job 29,21. . Et maintenant que suis-je? Objet de moquerie pour les jeunes, d’horreur pour les vieux Job 30,1. . Ils me chansonnent Job 30,9. et me crachent leur mépris au visage Job 30,10. ”. Oui, c’est ainsi que parle à certaines heures l’âme des pécheurs des vrais Job, car il n’y a pas de misère plus grande que celle-là, la misère de celui qui a perdu pour toujours l’amitié de Dieu et son Royaume. Et elles doivent faire pitié, seulement pitié.
Ce sont des âmes qui par désœuvrement ou par étourderie ont perdu l’Éternel Époux. “La nuit, dans mon lit, je cherchais l’amour de mon âme et ne le trouvais pas Cantique des cantiques 3,1. ”. En effet, dans les ténèbres, on ne peut distinguer l’époux, et l’âme, aiguillonnée par l’amour, inconsciente parce qu’elle est environnée par la nuit spirituelle cherche et veut trouver un rafraîchissement à son tourment.
Elle croit le trouver dans un amour quelconque. Non. Il n’y a qu’un amour pour l’âme: Dieu. Elles vont, ces âmes que l’amour de Dieu aiguillonne, cherchant l’amour. Il suffirait qu’elles veuillent en elles la lumière et elles auraient l’Amour pour époux. Elles vont comme des malades, cherchant à tâtons l’amour, et elles rencontrent tous les amours, toutes les choses dégoûtantes auxquelles l’homme a donné ce nom, mais elles ne trouvent pas l’Amour; car l’Amour, c’est Dieu et non pas l’or, la jouissance, le pouvoir.
Pauvres, pauvres âmes! Si moins paresseuses, elles s’étaient levées au premier appel de l’Époux Éternel pour aller vers Dieu qui dit: “Suis-Moi Cantique des cantiques 2,10-13. ”, vers Dieu qui dit: “Ouvre-Moi Cantique des cantiques 5,2. ”, elles ne seraient allées ouvrir la porte avec l’élan de leur amour réveillé quand l’Époux déçu est déjà loin. Disparu… Et elles n’auraient pas profané cet élan saint d’un besoin d’aimer dans une boue qui dégoûte l’animal immonde tant elle est inutile et couverte de ronces qui n’étaient pas des fleurs mais seulement des aiguillons qui la déchirent au lieu de la couronner. Et elles n’auraient pas connu le mépris des gardes de service, de tous les gens qui, comme Dieu mais pour des motifs opposés, ne perdent pas de vue le pécheur et le montrent du doigt pour le tourner en dérision et le critiquer.
Pauvres âmes frappées, dépouillées, blessées par tout le monde Seul Dieu ne s’unit pas à cette lapidation de mépris sans pitié.
Mais il fait tomber ses larmes pour guérir ses blessures et revêtir sa créature d’un vêtement qui brille comme le diamant. C’est toujourssa créature… Dieu seul… et avec le Père, les fils de Dieu. Bénissons le Seigneur. Il a voulu que pour les pécheurs je dusse revenir ici pour vous dire: “Pardonnez, pardonnez toujours. Faites sortir de tout mal un bien, de toute offense une grâce”.Je ne vous dis pas “faites” seulement. Je vous dis: répétez mon geste. J’aime, et je bénis mes ennemis puisque grâce à eux, j’ai pu revenir vers vous, mes amis.
La paix soit sur vous tous.”
Les gens agitent des voiles et des rameaux en l’honneur de Jésus et puis s’éloignent tout doucement.
135.8 – “Ils l’auront vue, cette impudente?”
“Non, Lazare. Elle était derrière la haie et bien cachée. Nous pouvions la voir d’ici, de la terrasse. Les autres, non.”
“Elle nous avait promis de…”
“Pourquoi ne devait-elle pas venir? N’est-elle pas une fille d’Abraham, elle aussi? Je veux que vous, frères, et vous, disciples, vous juriez de ne pas lui faire de réflexions. Laissez-la faire. Elle se moquera de Moi? Laissez-la faire. Elle pleurera? Laissez-la faire. Elle voudra rester? Laissez-la faire. Elle voudra fuir? Laissez-la faire. C’est le secret du Rédempteur et des rédempteurs: avoir patience, bonté, constance et prière. Rien de plus. Tout geste est de trop pour certaines maladies… Adieu, amis. Je reste pour prier. Pour vous, allez chacun à votre devoir. Et que Dieu vous accompagne.”
Et tout prend fin.