“Parle” lui redit-il.

“Je suis l’aîné et j’aide mon père dans son commerce. Il m’a envoyé à Jéricho plusieurs fois pour parler avec ses clients et l’un… l’un avait une belle jeune femme… Elle m’a… m’a plu. J’allais aussi plus qu’il n’était nécessaire… Je lui plus… Nous nous sommes désirés et… nous avons péché pendant les absences du mari… Je ne sais comment cela est arrivé, car elle était saine. Oui. Non seulement j’étais sain et la voulais… Mais elle était saine et me voulais.

Je ne sais pas si… si en même temps que moi, elle a eu d’autre amants et s’est contaminée… Je sais que sur elle la lèpre se développa aussitôt, et déjà elle est au milieu des tombeaux, condamnée à mourir vivante… Et moi… et moi… Maman! Tu l’as vu. Il y a peu de chose, mais on dit que c’est la lèpre… et j’en mourrai. Quand?… Plus de vie… plus de maison… plus de maman!… Oh maman! Je te vois et ne puis te donner un baiser!… Aujourd’hui ils viennent déchirer mes vêtements et me chasser de la maison du pays… C’est pire que la mort. Et je n’aurai même pas les larmes de ma maman sur mon cadavre…”

Le jeune homme pleure. La mère semble une plante brisée par le vent tant elle est secouée par les sanglots. Les gens discutent et se partagent en sentiments opposés.

128.2 - Jésus est triste. Il parle:

“Et quand tu as péché, tu n’as pas pensé à ta mère? Tu as été fou au point de ne plus te souvenir que tu avais une mère sur la terre et qu’il y avait un Dieu au Ciel. Et si la lèpre n’était pas apparue, tu ne te serais jamais souvenu que tu offensais Dieu et le prochain? Qu’as-tu fait de ton âme… de ta jeunesse?”

“J’ai été tenté…”

“Es-tu un enfant pour ignorer que ce fruit est maudit? Tu mériterais de mourir sans que j’aie pitié.”

“Oh! Pitié! Toi seul, tu peux…”

“Pas Moi. Dieu. Et si tu jures, sur le champ de ne plus pécher.”

“Je le jure. Je le jure. Sauve-moi, Seigneur. Je n’ai plus que quelques heures avant la condamnation. Maman!… Maman! Aide-moi de tes pleurs!… Oh! ma maman! ”

La femme n’a même plus de voix. Elle s’attache seulement aux jambes de Jésus et lève son visage aux yeux dilatés par la douleur, le visage tragique de quelqu’un qui se noie et qui sait que c’est l’unique soutien qui le retient et peut le sauver.

Jésus la regarde. Lui sourit avec pitié.

“Lève-toi, mère. Ton fils est guéri. Mais à cause de toi, pas à cause de lui.”

La femme hésite encore. Il lui semble qu’ainsi, à distance, il ne puisse avoir été guéri, et au milieu de ses sanglots, elle fait des signes de dénégation.

“Homme, ôte la tunique de ta poitrine. C’était là que tu avais la tache. Que ta mère soit consolée.”

Le jeune descend son vêtement, apparaissant nu aux yeux de tous. Il n’a que la peau unie et lisse d’un jeune homme en bonne santé.

“Regarde, mère.” dit Jésus, et il se penche pour relever la femme. C’est un mouvement qui sert aussi à la retenir quand son amour de mère et la vue du miracle la pousserait contre son fils sans attendre qu’il soit purifié. Se rendant compte de l’impossibilité d’aller là où la pousse l’amour maternel, elle s’abandonne sur la poitrine de Jésus et Lui donne un baiser dans un vrai délire de joie. Elle pleure, rit, embrasse, bénit… et Jésus la caresse avec pitié. Puis il dit au jeune homme:

“Va trouver le prêtre. Et rappelle- toi que Dieu t’a guéri à cause de ta mère et pour que tu sois juste, à l’avenir. Va!”

Le jeune homme s’en va après avoir béni le Sauveur et, à distance, le suivent la mère et celles qui l’accompagnaient. La foule pousse des cris d’hosanna.

128.3 - Jésus retourne à sa place.

“Lui aussi avait oublié qu’il y a un Dieu qui ordonne l’honnêteté dans la conduite. Il avait oublié qu’il est défendu de se faire des dieux qui ne sont pas Dieu. Il avait Oublié de sanctifier le sabbat comme je l’ai enseigné. Il avait oublié le respect affectueux pour sa mère. Il avait oublié qu’on ne doit pas commettre l’impureté, qu’on ne doit pas voler, être faux, que l’on ne doit pas désirer la femme d’autrui, qu’on ne doit pas se tuer ni tuer son âme, qu’on ne doit pas commettre l’adultère. Il avait tout oublié, Voyez comme il avait été frappé.

“Ne pas désirer la femme d’autrui Exode 20,17 - Deutéronome 5,21. ” cela ne fait qu’un avec “ne pas commettre l’adultère Exode 20,14 - Deutéronome 5,18. ”. Car le désir précède toujours l’action. L’homme est trop faible pour pouvoir désirer sans satisfaire son désir. Et, ce qui est suprêmement triste, l’homme ne sait pas faire de même dans ses justes désirs. Dans le mal, le désir et puis l’accomplissement. Dans le bien le désir, puis on s’arrête, quand on ne revient pas en arrière.

Comme je le lui ai dit, je le dis à vous tous, car le péché de désir est répandu comme le chiendent qui se propage tout seul: êtes-vous des enfants pour ne pas savoir que cette tentation est un poison et qu’il faut la fuir? “J’ai été tenté”. C’est l’antique parole Genèse 3,13. ! Mais, puisque c’est aussi un exemple ancien, l’homme devrait se souvenir de ses conséquences et savoir dire: “Non”. Notre histoire ne manque pas d’exemples d’une chasteté qui a su se garder malgré les séductions du sexe et les menaces des violents.

La tentation est-elle un mal? Elle ne l’est pas. C’est l’œuvre du Malin, mais elle se change en gloire pour celui qui en triomphe.