Mais n’avez-vous pas senti votre cœur se briser en rencontrant un vieillard que ses cheveux blancs rendaient respectable, à la pensée que vous avez jeté le déshonneur sur ceux de votre père comme de la boue prise à pleines mains et avec le déshonneur le mépris de son pays natal?

Mais ne sentez-vous pas le regret vous étreindre les entrailles en voyant le bonheur d’une épouse ou l’innocence d’une jeune fille, et de devoir vous dire: “Moi, j’ai renoncé à tout cela et je ne l’aurai jamais plus!”?

Mais ne sentez-vous pas la honte qui vous défigure lorsque vous rencontrez le regard d’un homme plein de convoitise ou de mépris?

Mais ne ressentez-vous pas votre misère quand vous avez soif du baiser d’un bébé et que vous n’osez plus dire: “Donne-le-moi” parce que vous avez tué des vies qui devaient naître, rejetées par vous comme un fardeau ennuyeux et une gêne inutile, détachées de l’arbre qui les avait conçues, et jetées au fumier, et maintenant ces petites vies vous crient: “assassines!”?

Mais ne tremblez-vous pas surtout à la pensée du Juge qui vous a créés et qui vous attend pour vous demander: “Qu’as-tu fait de toi-même? Est-ce pour cela que je t’ai donné la vie? Nid de vermine et pourriture, comment oses-tu te tenir en ma présence? Tu as eu tout de ce qui était pour toi un dieu: la jouissance. Va au lieu de l’éternelle malédiction”.

123.5 – Qui pleure? Personne? Vous dites: personne? Et pourtant mon âme va à la rencontre d’une autre âme en pleurs. Pourquoi y va-t-elle? Pour jeter l’anathème à une prostituée? Non. Parce que son âme me fait pitié. Tout en Moi est répulsion pour son corps souillé, qui transpire une sueur immonde. Mais, son âme!

Oh! Père! Père! C’est pour cette âme aussi que j’ai pris chair et que j’ai quitté le Ciel pour être son Rédempteur et celui de tant d’âmes, ses sœurs! Pourquoi ne devrais-je pas recueillir cette brebis errante, l’amener au bercail, la purifier, l’unir au troupeau, lui donner des pâturages et un amour qui soit parfait comme seul le mien peut l’être? Si différent de ce à quoi jusqu’ici elle donnait le nom d’amour, alors que ce n’était que haine, un amour si compatissant, si complet, si doux pour qu’elle ne pleure plus le temps passé, ou qu’elle le pleure seulement pour dire: “J’ai perdu trop de jours loin de Toi, Éternelle Beauté. Qui me rendra le temps perdu? Comment goûter, dans le peu de temps qui me reste à vivre, ce que j’aurais goûté si j’étais toujours restée pure?”

Et pourtant ne pleure pas, âme foulée aux pieds par toute la luxure du monde. Écoute: tu es une loque dégoûtante, mais tu peux devenir une fleur. Tu es un fumier, mais tu peux devenir un parterre fleuri. Tu es un animal immonde, mais tu peux devenir un ange. Un jour tu l’as été. Tu dansais sur les prés en fleurs, rose parmi les roses, fraîche comme elles, exhalant le parfum de ta virginité. Tu as chanté sereine tes chansons de bambine, et puis tu courais vers la mère, vers le père et tu leur disais: “Vous êtes mes amours”. Et l’invisible gardien que toute créature a à son côté souriait devant la blancheur azurée de ton âme…

Et puis? Pourquoi? Pourquoi as-tu arraché tes ailes de petite innocente? Pourquoi as-tu foulé aux pieds un cœur de père et de mère pour courir vers d’autres cœurs dont tu n’étais pas sûre? Pourquoi as-tu abaissée ta voix pure en lui faisant dire de mensongères paroles d’un faux amour? Pourquoi as-tu brisé la tige de la rose en te violant toi-même?

Repens-toi, fille de Dieu. Le repentir est renouvellement, purification, élan vers les hauteurs. L’homme ne peut-il pas te pardonner? Même ton père ne le pourrait-il pas? Mais Dieu le peut. Car la bonté de Dieu ne peut se comparer à la bonté humaine et sa miséricorde est infiniment plus grande que la misère de l’homme. Honore toi-même, en rendant par une vie honnête, ton âme, digne d’honneur. Justifie-toi auprès de Dieu, en ne péchant plus contre ton âme. Fais-toi un nom nouveau auprès de Dieu. Voilà ce qui a de la valeur. Tu es le vice. Deviens l’honnêteté. Deviens le sacrifice. Deviens la martyre de ton repentir. Tu as bien su martyriser ton cœur pour faire jouir la chair. Maintenant, sache martyriser ta chair pour donner une paix éternelle à ton cœur.

Va. Allez tous. Chacun avec votre fardeau et votre pensée. Réfléchissez. Dieu vous attend tous et ne rejette aucun de ceux qui se repentent. Que le Seigneur vous donne la lumière pour connaître votre âme. Allez.”

123.6 – Beaucoup vont vers le pays. D’autres entrent dans la pièce. Jésus va vers les malades et les guérit …

Un groupe d’hommes discutent dans un coin. Partagés entre des opinions différentes, ils gesticulent et s’animent. Certains accusent Jésus, d’autres le défendent, d’autres encore conseillent à tous plus de maturité dans le jugement. Finalement, les plus acharnés, peut-être parce que peu nombreux par rapport aux deux autres groupes, prennent un chemin intermédiaire. Ils vont vers Pierre qui, en même temps que Simon, transporte les brancards désormais inutiles de trois miraculés, et l’assaillent, autoritaires, à l’intérieur de la pièce devenue une hôtellerie de pèlerins. Ils disent: “Homme de Galilée, écoute.”

Pierre se retourne et les regarde comme des bêtes rares. Il ne parle pas, mais son visage est tout un poème. Simon se contente de jeter un regard vers les cinq énergumènes et puis il sort, les laissant tous en plan.

Un des cinq reprend:

“Je suis Samuel le scribe; celui-ci, c’est l’autre scribe, Sadoq, et celui-là le juif Eléazar, très connu et influent; cet autre, c’est Callascebona l’ancien; et ce dernier pour terminer, Nahum. Tu saisis? Nahum!”

Le ton est tout à fait emphatique.

Pierre s’incline légèrement à chaque nom, mais au dernier il ne s’incline qu’à moitié, et il dit, avec la plus grande indifférence: “Je ne sais pas… jamais vu. Et puis… je ne comprends rien.”

“Rustre de pêcheur! Sache que c’est l’homme de confiance d’Hanne!”

“Je ne connais pas Anne Pierre fait semblant de ne pas comprendre. En effet Anne (Hanne) était déjà un prénom mixte (épicène) et assez courant effectivement. Anne, la grand-mère de Jésus en est un exemple. Ce prénom signifie « grâce, faveur ». . C’est à dire je connais beaucoup de femmes qui s’appellent Anne. Il y en a une vraie champignonnière On trouve le champignon représenté sur un tombeau de pharaon, dès 1 450 avant J.C. Ce seraient les grecs qui auraient inventé la culture des champignons de couche en 200 avant J.C. La mention est donc plausible. , même à Capharnaüm. Mais je ne sais de quel Anne, celui-ci est l’homme de confiance.”

“Celui-ci? C’est à moi que tu dis: “celui-ci”?”

“Mais que veux-tu que je te dise? Âne ou oiseau? Quand j’allais à l’école, le maître m’a appris à dire “celui-ci” en parlant d’un homme et, si je n’ai pas la berlue, tu es un homme.”

L’homme s’agite comme si cette parole l’écorchait vif. L’autre, le premier qui a parlé, explique: “Mais Hanne est le beau-père de Caïphe…”

“Ah!… Compris!!! Et bien?”

“Et bien sache que nous sommes indignés!”