Mais Jacques ne répond pas. Bien plus*,* il met un clou entre les dents et cloue des planches avec tant d’énergie que les grognements de Judas se perdent dans le bruit.
118.3 - Quelque temps passe, puis voilà qu’arrivent ensemble Isaac et André. Le premier avec des œufs et une corbeille de miches toutes chaudes et l’autre avec des poissons dans une nasse.
“Voilà, dit Isaac. C’est le régisseur qui l’envoie. Il demande s’il ne manque rien. Il a des ordres pour cela.”
“Tu vois qu’on ne va pas mourir de faim?” dit Thomas à l’Iscariote. Et puis il ajoute: “Donne-moi les poissons, André. Comme ils sont beaux! Mais comment les prépare-t-on? Pour ça je ne sais pas le faire.”
“J’y pense, moi, dit André. Je suis pêcheur” et il se met dans un coin à vider ses poissons encore vivants.
“Le Maître est en train de venir. Il a fait un tour dans le pays et les campagnes. Vous allez voir qu’il va être bientôt ici. Il a déjà guéri des yeux malades. Et puis moi j’avais déjà parcouru ces campagnes et les gens étaient déjà au courant…”
“Eh! bien sûr! Moi, moi!… Les bergers eux seuls… Nous avons quitté, moi du moins, une vie tranquille et nous avons fait ceci et cela, mais ça ne compte pas…”
Isaac regarde, étonné, l’Iscariote… mais, philosophiquement s’abstient de répondre. Les autres aussi se taisent… mais ça bout à l’intérieur.
118.4 - “La paix soit à vous tous.” Jésus est sur le seuil, souriant, bon. On dirait que le soleil brille davantage, depuis qu’il est là. “Les braves! Tous au travail! Puis-je t’aider, cousin?”
“Non, repose-toi, j’ai fini.”
“Nous sommes chargés de nourriture. Tout le monde a voulu donner. Si tous les gens avaient le cœur des humbles!” dit Jésus un peu triste.
“Oh! mon Maître! Que Dieu te bénisse!”
C’est Pierre qui entre avec un fagot sur les épaules et qui, sans le déposer, salue ainsi son Jésus.
“Que le Seigneur te bénisse, toi aussi, Pierre. Vous avez beaucoup travaillé!”
“Et puis nous travaillerons davantage aux heures de liberté. Nous avons une maison de campagne, nous!…Et il nous faut en faire un Eden. Entre temps j’ai arrangé le puits, pour qu’on voie la nuit où il se trouve, et pour être sûrs de ne pas perdre les brocs en les descendant. Et puis… Tu vois le travail de tes braves cousins? Tout ce qu’il faut pour vivre longtemps dans un endroit. Moi, pêcheur je n’aurais pas su. Ils sont vraiment braves. Et aussi Thomas. Il pourrait être chef cuisinier chez Hérode. Judas aussi est brave. Il a fait des fouaces merveilleuses…”
“Et inutiles. Il y a du pain.” répond Judas de mauvaise humeur. Pierre le regarde et je m’attends à une réponse salée, mais Pierre secoue la tête, arrange les cendres chaudes et étend les fouaces dessus.
“Tout va être prêt.” dit Thomas en riant.
118.5 - “Parleras-tu aujourd’hui?” demande Jacques de Zébédée.
“Oui, entre la sixième et la neuvième heure, Vos compagnons l’ont dit. Mangeons donc sans tarder.”
Encore un moment, et puis Jean met le pain sur la table, prépare les sièges, apporte les coupes et les amphores. Thomas apporte les légumes cuits et les poissons grillés.
Jésus est au centre. Il offre et bénit. Il fait la distribution et tous mangent de bon appétit.
Ils sont encore en train de manger quand, dans la cour, s’amènent des personnes. Pierre se lève et va à la porte: “Que voulez- vous?”
“Le Rabbi. Ne parle-t-il pas ici?”
“Il va parler mais, à présent il mange car il est homme, Lui aussi. Asseyez-vous là dessous et attendez.”
Le petit groupe s’en va sous le hangar rustique.