118 – Débuts de vie commune avec les disciples à la Belle Eau et discours d’inauguration

118.1 - Si on veut faire une comparaison entre cette maisonnette basse et rustique et la maison de Béthanie, certes c’est un bercail, comme dit Lazare. Mais si on la compare aux maisons Maisons vues en EMV 89.1 et EMV 109.11. des paysans de Doras, c’est une habitation assez belle.

Très basse et très large, solidement construite, elle a une cuisine, c’est à dire une cheminée dans une pièce toute enfumée où se trouvent une table, des sièges, des amphores et un rustique égouttoir, avec des plats et des coupes, Une large porte de bois brut sert d’entrée et laisse pénétrer la lumière. Puis, sur la même paroi où elle s’ouvre, il y a trois autres portes qui donnent accès à trois grandes chambres, longues et étroites dont les murs sont blanchis à la chaux. Comme dans la cuisine, le sol est en terre battue. Dans deux d’entre elles, il y a maintenant des couchettes On dirait des petits dortoirs. Les nombreux crochets fixés dans les murs indiquent qu’on y accrochait des outils et peut-être des sacs de produits agricoles. Maintenant ils servent de porte-manteaux et on y suspend aussi les besaces. La troisième chambre (c’est plutôt un couloir qu’une chambre car la longueur et la largeur sont disproportionnées) est vide. Elle devait servir aussi à abriter des animaux car elle a une mangeoire et des anneaux au mur, elle présente ces trous particuliers aux terrains frappés par des sabots ferrés. À présent, il n’y a rien.

Au dehors, près de ce dernier local, il y a un large portique rustique. Il est couvert d’un toit de fascines et d’ardoises qui s’appuie sur des troncs d’arbres à peine équarris. Ce n’est même pas un portique. C’est un appentis, car il est ouvert sur trois côtés: deux de dix mètres, le troisième plus étroit, de cinq mètres pas plus. En été une vigne doit déployer ses rameaux d’un tronc à l’autre sur le côté qui est situé au midi. Maintenant les feuilles sont tombées et elle montre ses rameaux squelettiques. Il y a aussi, pareillement dégarni, un figuier gigantesque qui, en été, ombrage le bassin qu’on a installé au milieu de la cour pour abreuver les animaux. Et, à côté, un puits rudimentaire - ou plutôt un trou dans le sol - à peine signalé par un cercle de pierres plates et blanches.

Voici la maison qui abrite Jésus et les siens, au lieu nommé ”La Belle Eau”. Il y a aussi des champs: des prés et des vignes l’entourent et à environ trente mètres (ne pas prendre mes indications comme des articles de foi) on voit une autre maison au milieu des champs, plus belle, car elle possède une terrasse que l’autre n’a pas. Plus loin que cette autre maison il y a des bosquets d’oliviers et d’autres arbres, en partie dépouillés, certains avec leur feuillage, qui coupent la vue.

118.2 - Pierre, avec son frère et Jean, travaillent activement à balayer la cour et les chambres, à mettre en ordre les lits, à puiser de l’eau. Mais encore, Pierre fait tout un remue-ménage autour du puits pour ajuster et renforcer les cordes pour qu’il soit plus pratique et plus commode pour puiser l’eau. De leur côté, les deux cousins de Jésus travaillent, marteau et lime en main, aux fermetures et aux volets et Jacques de Zébédée les aide en travaillant de la scie et de la hache comme un ouvrier d’arsenal.

Dans la cuisine, Thomas est tout affairé et semble un cuisinier de métier, tant il sait régler le feu et la flamme et éplucher vivement les légumes que le beau Judas a daigné apporter du pays voisin. Je comprends qu’il s’agit d’un pays plus ou moins important, car Judas explique qu’on y fait le pain deux fois seulement par semaine et que ce jour-là il n’y en a pas.

Pierre l’entend et dit:

“Nous ferons des fouaces sur la flamme. Il y a là de la farine. Vite, quitte ton vêtement et fais la pâte, je me charge ensuite de la cuisson. Je sais m’y prendre.”

Je ne puis m’empêcher de rire en voyant l’Iscariote, en bras de chemise, qui humecte la farine en s’enfarinant copieusement.

Jésus est absent ainsi que Simon, Barthélemy, Matthieu et Philippe.

“C’est aujourd’hui le plus dur.” répond Pierre à Judas de Kériot qui bougonne. “Mais demain, ça ira déjà mieux et au printemps ce sera très bien…”

“Au printemps? Mais va-t-on rester toujours ici!” dit Judas épouvanté.

“Pourquoi pas? N’est-ce pas une maison? S’il pleut, on est à l’abri. Il y a de l’eau potable. Le combustible ne manque pas. Et, que veux-tu de plus? Je me trouve très bien ici. Et puis je ne sens pas la puanteur des pharisiens et des autres de même acabit…”

“Pierre, allons lever les filets.” dit André et il emmène Pierre dehors, avant que la discussion éclate entre lui et l’Iscariote.

“Cet homme ne peut pas me voir.” s’exclame Judas.

“Non. Tu ne peux pas dire cela. Il est aussi franc avec tout le monde. Mais il est bon. C’est toi qui es toujours mécontent.” répond Thomas qui, au contraire, est toujours de bonne humeur.

“C’est que moi, je me figurais autre chose…”

“Mon cousin ne t’empêche pas d’aller vers d’autres choses” dit tranquillement Jacques d’Alphée. “Je crois que tous, par sottise, nous nous imaginions que de le suivre, c’était autre chose. Mais c’est parce que nous avons la nuque raide et que nous sommes très orgueilleux. Lui ne nous a jamais caché le danger et la peine qu’il y a à le suivre.”

Judas grommelle quelque chose entre ses dents. C’est Jude Thaddée qui lui répond. Il travaille autour d’une console de la cuisine pour en faire un petit placard: “Tu as tort. Même selon les coutumes, tu as tort. Tout Israélite doit travailler. Et nous travaillons. Est-ce que le travail te pèse tant? Moi, je ne le sens pas car, depuis que je suis avec Lui, toute fatigue perd son poids.”

“Moi aussi, je ne me plains de rien et je suis content d’être ici et tout à fait comme en famille maintenant.” dit Jacques de Zébédée.

“Nous allons faire des merveilles, ici!…” observe ironiquement Judas de Kériot.

“Mais, en somme, qu’est-ce que tu veux donc? Qu’est-ce que tu demandes? dit en éclatant Thaddée. Une cour de satrape? Je ne te permets pas de critiquer ce que fait mon cousin. Compris?”

“Tais-toi, frère, dit Jacques d’Alphée. Jésus ne veut pas de ces disputes. Parlons le moins possible et agissons le plus possible. Ce sera beaucoup mieux pour tous. D’ailleurs, si Lui ne réussit pas à changer les cœurs… peux-tu l’espérer, toi, avec tes paroles?”

“Le cœur qu’on ne peut changer c’est le mien, n’est-ce pas?” dit l’Iscariote agressif.