– Ça par exemple! Commente Pierre. La raison que le Maître vient de nous indiquer lui va comme un gant…

– Quelle raison?»

Judas est déjà rouge de colère.

«Que même parmi les prêtres, il y a des païens.

– En quoi cela a-t-il à voir avec le fait de payer un espion?

– C’est tout simple: pourquoi payent-ils? Pour abattre le Messie et assurer leur triomphe. Ils s’élèvent donc sur l’autel avec leur âme malpropre sous une apparence pure, répond Pierre avec son bon sens populaire.

– Bon, en somme, abrège Judas, cette femme est un danger pour nous ou pour la foule. Pour la foule si c’est une lépreuse, pour nous si c’est une espionne.

– Ou plutôt pour lui, tout au plus, réplique Pierre.

– Mais si lui tombe, nous tombons aussi…

– Ah! Ah! Fait Pierre en riant: si on tombe, l’idole tombe en morceaux, on a risqué son temps, sa réputation et peut-être sa peau, et alors ah! Ah!… et alors il vaut mieux chercher à empêcher sa chute ou… s’éloigner à temps, n’est-ce pas? Pour moi, au contraire, regarde. Je l’embrasse plus étroitement. S’il tombe, abattu par ceux qui sont traîtres de Dieu, je veux tomber avec lui.»

Pierre, de ses bras courts, enlace étroitement Jésus.

Tout attristé, Jean, qui est en face de Jésus, dit: «Je ne croyais pas avoir fait tant de mal, Maître. Frappe-moi, maltraite-moi, mais sauve-toi. Malheur si j’étais la cause de ta mort C'est la première prise de conscience par les apôtres de la possibilité d'un traître. Jésus en discutera en EMV 181.5. ! Ah, je ne pourrais plus retrouver la paix! Je sens que mon visage fondrait en larmes et que mes yeux en seraient brûlés. Qu’ai-je donc fait! Judas a raison: je suis un sot!

– Non, Jean, tu n’es pas sot et tu as bien agi. Laissez-la toujours venir.

Et respectez son voile. Elle peut l’avoir mis en guise de défense dans un combat entre péché et soif de rédemption. Savez-vous quelles blessures frappent un être quand de tels combats surviennent? Connaissez-vous ses pleurs et le rouge qui lui monte au front? Tu as dit, Jean, mon cher fils au bon cœur d’enfant, que ton visage se creuserait sous l’effet de tes pleurs intarissables si tu avais été pour moi une cause de mal. Mais sache que lorsqu’une conscience qui s’éveille commence à ronger une chair qui a été péché, pour la détruire et triompher par l’esprit, elle doit forcément consumer tout ce qui a été attraits de la chair, et la créature vieillit, se fane sous l’ardeur de ce feu qui la travaille. Ce n’est qu’après, une fois la rédemption achevée, qu’elle se refait une beauté nouvelle, sainte et plus parfaite, car c’est la beauté de l’âme qui affleure dans le regard, le sourire, la voix, l’honnête hauteur du front sur lequel est descendu et resplendit comme un diadème le pardon de Dieu.

– Alors, je n’ai pas mal agi?…

– Non, et Pierre non plus. Laissez-la faire.

116.4 - Et maintenant, que chacun aille se reposer. Moi je reste avec Jean et Simon auxquels je dois parler. Allez.»

Les disciples se retirent. Peut-être dorment-ils dans la pièce du pressoir à olives Gethsémani veut dire "pressoir à huile" . Je ne sais. Ils s’en vont et sûrement ne rentrent pas à Jérusalem, car les portes sont fermées depuis longtemps.

«Tu as dit, Simon, que Lazare t’a envoyé Isaac avec Maximin aujourd’hui, pendant que j’étais près de la tour de David La Tour de David est l'une des trois tours qui protégeaient le Palais d'Hérode, au nord-est de Jérusalem. . Que voulait-il?

– Il voulait te dire que Nicodème est chez lui et qu’il voulait te parler en secret. Je me suis permis de dire: “Qu’il vienne. Le Maître l’attendra de nuit.” Tu n’as que la nuit pour être seul. C’est pour cela que je t’ai dit: “Congédie tout le monde, sauf Jean et moi.” Jean devra se rendre au pont du Cédron, pour attendre Nicodème qui se trouve dans une des maisons de Lazare, hors les murs Lazare possède de nombreuses maisons dans et autour de Jérusalem (voir ci-après). Il est encore question de cette maison durant la Passion . Moi, j’ai servi à t’expliquer. Ai-je mal fait?

– Tu as bien fait. Jean, va prendre ta place.»

Simon et Jésus restent seuls. Jésus est pensif. Simon respecte son silence. Mais Jésus le rompt à l’improviste et, comme s’il terminait à haute voix quelque conversation intérieure, il dit:

«Oui, c’est bien d’agir ainsi. Isaac, Élie, les autres suffisent pour garder vivante l’idée qui déjà prend corps chez les bons et les humbles. Pour les puissants… il y a d’autres leviers. Il y a Lazare, Kouza, Joseph, d’autres encore… Mais les puissants… ne veulent pas de moi. Ils craignent et tremblent pour leur pouvoir. J’irai loin de ce cœur juif, toujours plus hostile au Christ.

– Nous rentrons en Galilée?

– Non, mais loin de Jérusalem. Il faut évangéliser la Judée. C’est aussi Israël. Mais ici, tu le vois… tout est bon pour m’accuser. Je me retire. C’est la seconde fois La première fois, c'était à Nazareth, après la mort d'Alphée