– Judas!… Peux-tu jurer sur notre Dieu que tu n’as pas de paganisme dans ton cœur? Et que les juifs les plus en vue en sont indemnes?

– Mais, Maître… pour ce qui est des autres, je n’en sais rien… mais moi… je peux le jurer en ce qui me concerne.

– Dans ta pensée, qu’est-ce que le paganisme? demande encore Jésus.

– C’est suivre une religion qui n’est pas vraie, adorer les dieux, réplique vivement Judas.

– Quels dieux?

– Les dieux de la Grèce, de Rome, ceux d’Égypte… en somme les dieux aux mille noms, des êtres imaginaires qui, selon les païens, peuplent leur Olympe.

– Il n’y a pas d’autres dieux? Seulement les dieux de l’Olympe?

– Et quels autres? Ne sont-ils pas déjà trop nombreux?

– Oui, bien trop nombreux. Mais il en est d’autres, sur les autels desquels tous les hommes viennent brûler de l’encens, même des prêtres, des scribes, des rabbins, des pharisiens, des saducéens, des hérodiens, qui tous appartiennent à Israël, n’est-ce pas? Non seulement eux, mais même mes disciples.

– Ah, pour cela, non! Affirment-ils tous unanimement.

– Non? Mes amis… Lequel d’entre vous n’a pas un culte secret, si ce n’est plusieurs? Pour l’un, c’est la beauté et l’élégance. Pour un autre, l’orgueil de ses connaissances. Un troisième encense l’espoir de devenir grand, humainement. Un autre encore adore la femme. Certains, l’argent…

Un autre se prosterne devant son érudition… et ainsi de suite. En vérité, je vous dis qu’il n’y a pas d’homme qui ne soit marqué par l’idolâtrie. Alors comment mépriser ceux qui sont païens par malchance, lorsque, malgré l’appartenance au Dieu vrai, on reste volontairement païen?

– Mais nous sommes des hommes, Maître, s’exclament plusieurs.

– C’est vrai. Mais alors… ayez de la charité pour tous, car moi, je suis venu pour tous et vous n’êtes pas au-dessus de moi.

– Mais, en attendant, ils nous accusent, et ta mission en est entravée.

– Elle ira quand même de l’avant.»

116.3 - Pierre, peut-être parce qu’il est assis à côté de Jésus, est tellement aux anges qu’il en est tout miel:

«À propos de femmes, voici quelques jours qu’une femme toute voilée ne cesse de nous suivre C'est Aglaé qui suit Jésus depuis Jéricho, il y a un mois , en fait depuis que tu as parlé la première fois à Béthanie, après le retour de Judée. J’ignore comment elle fait pour connaître nos intentions. Je sais qu’elle est presque toujours là, soit après les derniers rangs de gens qui t’écoutent si tu parles, soit derrière ceux qui te suivent si tu marches, ou encore derrière nous, quand nous allons t’annoncer dans les campagnes. À Béthanie, la première fois, elle m’a murmuré derrière son voile:

“Cet homme qui va parler, c’est bien Jésus de Nazareth?” Je lui ai répondu que oui et le soir même elle était derrière un tronc d’arbre à t’écouter. Puis je l’avais perdue de vue. Mais, maintenant, ici, à Jérusalem, je l’ai vue deux ou trois fois. Aujourd’hui, je lui ai demandé: “As-tu besoin de lui? Tu es malade? Tu veux une obole?” Elle m’a toujours répondu non par un signe de tête, car elle ne parle avec personne.

– Un jour elle m’a demandé: “Où habite Jésus?”, dit Jean. Et je lui ai répondu: “À Gethsémani.”

– Bravo, imbécile! Lance Judas, en colère. Il ne fallait pas. Tu aurais dû lui répliquer: “Dévoile-toi. Fais-toi connaître et je te le dirai.”

– Mais depuis quand devons-nous demander cela?! S’exclame Jean, simple et innocent.

– Les autres, on les voit. Celle-là est toute voilée. C’est peut-être une espionne, ou une lépreuse. Elle ne doit pas nous suivre et savoir quoi que ce soit. Si c’est une espionne, c’est pour nous faire du mal. Peut-être est-elle payée par le Sanhédrin …

– Ah, le Sanhédrin utilise de tels procédés? demande Pierre. En es-tu sûr?

– Absolument certain. J’ai appartenu au Temple, et je sais La corruption du sanhédrin à cette époque est citée même par le Talmud .