“Mais d’expliquer la Loi dans le Temple, oui. Tu en as pris le droit sans l’avoir et sans le demander. Qui es-tu? Qui te connaît? Comment usurpes-tu un nom et une place qui ne t’appartiennent pas?”

115.4 – Jésus les regarde avec des yeux! puis il dit:

“Judas de Kérioth avance ici.”

Judas ne paraît pas enthousiaste de l’invitation. Il avait cherché à s’éclipser dès la venue des prêtres et des officiers du Temple (ils n’ont pas une tenue militaire, ce doit être une charge civile). Mais il lui faut obéir car Pierre et Jude d’Alphée le poussent en avant.

“Judas, réponds, dit Jésus. Et vous, regardez-le. Vous le connaissez. Il est du Temple. Le connaissez-vous?”

Ils doivent répondre forcément:

“Oui.”

“Judas, qu’est-ce que je t’ai fait faire quand j’ai parlé ici la première fois Cf. EMV 68.1/2. ? Dis ton étonnement et comment j’y ai répondu. Parle et sois franc.”

“Il m’a dit: “Appelle l’officier de service pour que je puisse demander la permission de faire l’instruction”. Il se nomma et donna des preuves de son identité et de sa tribu… Moi j’en étais étonné, jugeant que c’était une formalité inutile puisque Lui se dit le Messie. Et m’a dit: “Ce que je fais est nécessaire et, quand ce sera l’heure, rappelle-toi que je n’ai pas manqué de respect au Temple ni à ses officiers”. Oui. C’est ainsi qu’il a parlé. Pour la vérité, je dois le dire.”

Judas, au début, parlait sans beaucoup d’assurance, comme si la chose l’ennuyait. Mais ensuite, par l’effet de ces brusques revirements qui lui sont propres, il a pris de l’aplomb et presque au point de devenir arrogant.

“Je suis surpris que tu le défendes. Tu as trahi la confiance que nous avions en toi.” reproche un prêtre à Judas.

“Je n’ai trahi personne. Combien parmi vous appartiennent au Baptiste! Sont-ils traîtres pour cela? Moi, j’appartiens au Christ. Voilà.”

“Et bien. Celui-ci ne doit pas parler ici. Qu’il vienne comme fidèle. C’est déjà trop pour un ami des païens, des prostituées, des publicains…”

“Répondez-moi, maintenant, dit Jésus sévère mais calme. Quels sont les Anciens de service?”

“Doras et Félix, juifs. Joachim de Capharnaüm et Joseph de l’Iturée.”

“J’ai compris, Allons. Rapportez au trois accusateurs, car l’Ituréen n’a pas qualité pour l’être, que le Temple n’est pas tout Israël et qu’Israël n’est pas le monde entier. Que la bave des reptiles, pour très venimeuse qu’elle soit, ne submergera pas la Voix de Dieu, ni son venin ne paralysera pas mes allées et venues parmi les hommes, tant que ce ne sera pas l’heure. Et puis… oh! dites-leur qu’ensuite les hommes feront justice des bourreaux et exalteront la Victime en faisant d’Elle leur unique amour. Allez. Et quant à nous, allons.”

Jésus se revêt de son pesant manteau foncé, et sort au milieu des siens.

115.5 – Derrière eux se trouve Alexandre qui est resté pendant la discussion; en dehors de l’enceinte, près de la Tour Antonia, il dit:

“Je te salue, Maître. Et je te demande pardon d’avoir été pour Toi une cause de réprimande.”

“Oh! ne t’afflige pas! Ils cherchaient un prétexte. Ils l’ont trouvé. Si ce n’avait pas été toi, ç’aurait été un autre… Vous, à Rome, vous faites des jeux au Cirque avec des fauves et des serpents, n’est-ce pas? Eh bien, je te dis qu’il n’y a pas de fauve plus féroce et plus perfide que l’homme qui veut tuer un autre homme.”

“Et moi, je te dis qu’au service de César j’ai parcouru toutes les régions romaines. Mais je n’ai jamais, à l’occasion de mille et mille rencontres, trouvé quelqu’un de plus divin que Toi. Non nos dieux ne sont pas divins comme Toi! Ils sont vindicatifs cruels, bagarreurs, menteurs. Toi, tu es bon. Tu es vraiment un Homme mais qui n’est pas seulement homme. Salut, Maître.”

“Adieu, Alexandre. Avance dans la Lumière.”

Tout prend fin.