“Il a la tête ouverte, devant et derrière. On voit le cerveau C’est tendre, la tête à cet âge, et le cheval était fort et venait d’être ferré.” explique Alexandre.
Jésus est près de la femme qui ne parle pas non plus, elle est l’agonie elle aussi, près de son fils qui se meurt. Il lui met la main sur la tête.
“Ne pleure pas, femme, dit Jésus avec la douceur dont il est capable, une douceur infinie. Aie foi. Donne-moi ton petit.”
La femme le regarde, hébétée. La foule s’en prend aux Romains et plaint le mourant et sa mère. Alexandre se débat entre les sentiments de colère que lui font éprouver des accusations injustes, la pitié et l’espoir.
Jésus s’assoit près de la femme après avoir vu qu’elle ne sait plus faire un geste. Il se penche, prend dans ses longues mains la petite tête blessée, se penche encore davantage, s’approche du minois de cire, souffle sur la petite bouche qui râle… Un instant. Puis il a un sourire que l’on voit à peine à travers les mèches de cheveux qui pendent sur le front. Il se redresse. L’enfant ouvre les yeux et essaie de s’asseoir. La mère craint que ce soit le suprême effort et crie en le tenant sur son cœur.
“Laisse-le aller, femme. Bébé, viens vers Moi.” dit Jésus toujours assis à côté de la femme lui tendant les bras avec un sourire. Et l’enfant se jette, rassuré, dans ces bras. Il pleure non pas de douleur, mais par la peur que lui rappelle le souvenir de la scène.
26o> “Il n’y a plus de cheval. Il n’y en a plus, dit Jésus pour le rassurer. Tout est passé. Ça te fait encore mal ici?”
“Non. Mais j’ai peur, j’ai peur!”
“Tu le vois, femme, il n’y a plus que la peur. Maintenant, c’est fini. Apportez-moi de l’eau. Le sang et la bande l’impressionnent. Donne-moi une de tes pommes, Jean… Prends, petit. Mange. C’est bon …”
On apporte de l’eau, ou plutôt c’est le soldat Alexandre qui l’apporte dans son casque.
Jésus s’apprête à détacher la bande. Alexandre et la mère disent:
“Non! Il revient bien à la vie… mais la tête est ouverte!…”
Jésus sourit et enlève la bande. Une, deux, trois, huit tours. Il enlève le linge ensanglanté. Du milieu du front à la nuque, à droite, il y a un seul grumeau de sang encore mou parmi les cheveux du bambin. Jésus trempe une bande et lave.
“Mais, par dessous il y a la blessure… si tu enlèves le grumeau, elle va se remettre à saigner.” insiste Alexandre.
La mère ferme les yeux pour ne pas voir.
Jésus lave, lave, lave. Le grumeau se détache… voici les cheveux nettoyés. Ils sont humides, mais par dessous il n’y a pas de blessure. Le front aussi est guéri. Il y a juste une petite marque rouge là où la cicatrice s’est formée.
Les gens crient de stupeur. La femme ose regarder, et quand elle voit, elle ne se retient plus. Elle s’écroule sur Jésus, l’embrasse en même temps que son petit, et pleure. Jésus supporte cet épanchement et cette pluie de larmes.
“Je te remercie, Jésus, dit Alexandre. Je souffrais d’avoir tué cet innocent.”
“Tu as eu bonté et confiance. Adieu, Alexandre. Va à ton service.”
115.3 – Alexandre va s’en aller lorsque tout à coup arrivent comme un cyclone des officiers du Temple et des prêtres.
“Le Grand Prêtre t’intime, par notre intermédiaire, l’ordre de sortir du Temple, Toi et le païen profanateur. Et tout de suite. Vous avez troublé l’offrande de l’encens. Celui-ci a pénétré dans un lieu réservé à Israël. Ce n’est pas la première fois qu’à cause de Toi, le Temple est en rumeur. Le Grand Prêtre, et avec lui les Anciens de service, t’ordonnent de ne plus mettre les pieds ici, à l’intérieur. Va et reste avec tes païens.”
“Nous ne sommes pas des chiens, nous, non plus. C’est Lui qui le dit: “Il n’y a qu’un seul Dieu qui a créé les Juifs et les Romains”. Si c’est sa Maison et si je suis sa créature, j’y puis entrer moi-aussi” répond Alexandre, blessé par le mépris avec lequel le: prêtres disent “païens”.
“Tais-toi, Alexandre. Je vais parler.” interrompt Jésus qui, après avoir baisé le petit, l’a rendu à sa mère et s’est levé.
Il dit au groupe qui vient le chasser:
“Personne ne peut défendre à un fidèle, à un vrai Israélite, dont personne ne peut prouver qu’il est en état de péché, de prier près du Saint.”